earth_hex.jpg Désertique. C'est le premier mot qui vient à l'esprit à l'écoute de Hex; Or Prtinting in the infernal method. Un de ces déserts du grand ouest américain à la chaleur écrasante, peuplé de vautours, coyotes, serpents à sonnette et servant de théâtre aux affrontements de cow-boys et d'indiens. Un désert dont on nous propose pourtant ici la traversée à pied et en proie à la soif, au soleil de plomb, à la poussière rouge qui emplit nos poumons, aux mirages etc... Une chose est sûre, Earth a changé. Après avoir exploré les bienfaits vibratoires de la distorsion et le mysticisme des musiques répétitives et neuf ans après son dernier album en date (le manifeste stoner Pentastar : In the style of demons), Dylan Carlson décide de s'intéresser à un tout autre univers. Il s'entoure de sa compagne Adrienne Davies (à la batterie, formant à eux deux le noyau dur du nouveau Earth), enfile son chapeau de cow-boy, ses bottes en cuir, et s'en va explorer le racines de la musique traditionnelle américaine. Le résultat est on ne peut plus surprenant et original. On a affaire ici à une espèce de musique country instrumentale, très cinématographique, marquant une rupture flagrante et brutale avec les précédents efforts de Earth, mais gardant cependant cet aspect hypnotique et contemplatif, à la fois rituel et mélancolique, qui aura été le fil conducteur de leur discographie.
Ici, donc, tout évoque les grands paysages de l'ouest. Les guitares au son clair (grande première chez Earth) sont noyées de reverb, chaque coup de batterie semble résonner sur des kilomètres et on entend même de temps à autre le bruit du vent sur les caillasses. Pour un peu, on visualiserait presque la "tumbleweed" qui roule (vous savez cette petite boule de broussailles qu'on voit dans tous les westerns avant le duel final). L'ensemble est une sorte de voyage intérieur qui évoque à la fois le rock atmosphérique, le western spaghetti et la country (rhâaa, cette steel-guitar qui s'invite ça et là...), un peu comme une rencontre improbable entre Ennio Morricone (époque Il était une fois dans l'ouest), une guitare et une dizaine de boîtes de valium (au moins !). Car s'il y a un point marquant sur cet album, c'est bien son extrême lenteur. Certes Earth n'a jamais été célèbre pour ses shreddings forcenés et ses rythmes inhumains, mais là ils y vont quand même fort ! Les tempi sont tellement lents qu'ils relèvent presque de la prouesse technique, les beats de batterie flirtant continuellement avec les 50 bpm (voir nettement en dessous sur "Raiford (the felon wind)"). Cependant, et à l'instar d'autres styles musicaux lents tels que le dub ou le post-rock, le tout est contrebalancé par une production et un travail du son exemplaires. Le contour de chaque petite note est peaufiné à l'extrême, ce qui rend l'ensemble vraiment magnifique.
Hélas, malgré un concept nouveau sympathique et une production excellente, nos amis semblent encore se chercher quelque peu et l'album en souffre sur la longueur. Il faut le dire, malgré quelques passages bien sympas ("An inquest concerning teeth", "Raiford (the felon wind)") et malgré tout le respect et l'estime que je voue à Dylan Carlson, on se fait quand même dans l'ensemble pas mal chier... Ah, je dis pas que c'est désagréable à écouter, ça non. C'est beau, ça détend, c'est agréable, mais en musique de fond quoi... En effet, contrairement à des groupes comme Sigur Ros (avec qui ils partagent le même goût de la lenteur), le tout n'arrive que rarement à attirer l'attention de l'auditeur et à créer une réelle intensité émotionnelle, la faute sans doute à des riffs qui ne sont pas toujours d'une inventivité à toute épreuve. Un album intéressant, mais petite déception donc. Fort heureusement pour nous, il semblerait que cette période de rodage de ce nouveau son ne fût que passagère. Car pour l'instant depuis ce Hex, que ce soit avec l'album de reprises Hibernaculum ou avec le petit nouveau The bees made honey in the lion's skulls, Earth ne nous a pondu que de magistrales petites perles.