earth_pentastar.jpg Pentastar : In the style of Demons est un bon petit album de stoner, bien cool. Un fond sonore parfait pour road-trip dans le grand ouest américain, sous un soleil de plomb. Un album sentant bon les 70s, les hallucinogènes et la marie-jeanne où se cotoient riffs groovy sabbathiens et passages aériens dans la droite lignée de groupe comme. Eh ! Attendez une minute, c'est quoi ce bordel ?! C'est bien le nom de Earth que je vois sur l'autocollant de la bagnole de la pochette ? Les mêmes Earth qui trois ans auparavant nous délivraient le godzillesque (coypright déposé) Earth 2 : Special low frequency version et se faisaient connaître pour leur amour des vibrations distordues s'étendant à l'infini ? Eux mêmes. En effet, après l'album de transition Phase 3 : Thrones and dominion, Dylan Carlson va s'entourer de Ian Dickson (Basse), Sean McElligot (Guitare lead), Michael Deming (Orgue) et Mike McDaniels (Batterie) pour former le premier véritable line-up "rock" de Earth et sortir en 1996 (comme d'habitude chez SubPop) leur album le plus accessible en date.

Car c'est bien de rock dont il est question ici, un rock aux forts relents désertiques et stoner, mais n'allons pas croire que Carlson renie pour autant ses antécédents expérimentaux et se vautre dans la facilité. Non. Pentastar : In the style of Demons reste fidèle à l'esprit de Earth, il choisit juste d'en faire évoluer le langage. Le premier morceau "Introduction" (ça ne s'invente pas.) en est le parfait exemple. Certes, la parole est au stoner/rock (quoi qu'on est bien loin de Kyuss, disons plutôt un stoner sous tranxène.), mais l'aspect contemplatif et rituel est toujours là. La recette est simple : tu prends un bon riff 70s de derrière les fagots, groovy à souhait, tu l'assaisonnes de temps à autres quelques petits soli bien sentis et cools ainsi que de vocaux nonchalants (assurés par le père Carlson lui même), et tu le fais tourner encore et encore jusqu'à l'hypnose. Puis quand t'en as marre, et ben tu t'en trouves un autre (de riff) et tu recommences. Et le pire c'est que ça marche bien ! Dans cet esprit défilent "High Command", "Thallahassee" et la massive reprise de Hendrix "Peace in Mississippi", 6 minutes de solo de guitare en hommage au maître. Entre chacun de ces trois plats principaux s'intercalent "Crooked Axis for Straight Quartet", "Charioteer (Temple Song)" et "Sonar and Depht Charge", trois plages minimalistes et répétitives respectivement aux claviers, aux guitares et au piano. Dépourvues de tout rythme et de toute agressivité, elles sont d'agréables intermèdes aériens et méditatifs, et leur alternance avec leurs voisines rock donne un relief vraiment appréciable à l'ensemble.

Comme souvent chez Earth, on a gardé le meilleur pour le dessert. Le riff sur lequel commence "Coda Maestoso in F(flat) minor" est le même que celui du morceau d'introduction. On se dit alors "Ah tiens, ils nous font le vieux coup typique de l'outro, la boucle est bouclée, tout ça... Mais bon, finalement c'est tant mieux, il passe vraiment bien ce petit riff. ". Et on se laisse prendre par la main tout au long de ces trois premières minutes, quand tout à coup, et de manière parfaitement inattendue, c'est l'explosion. Notre esprit était bien ralenti par le mouvement perpétuel et tournoyant des guitares, quand les claviers nous sortent soudainement de notre torpeur en rentrant en action, toutes nappes dehors, tout en étant appuyés par un épique solo de guitare hendrixien du meilleur goût. L'album s'achève alors sur cette magnifique pièce dont le seul et principal défaut aura été d'être bien trop courte ! Carlson reprendra d'ailleurs "Coda Maestoso in F(flat) minor" avec le nouveaux line-up sur le splendide album de reprises Hibernaculum (sorti en 2007). Pour conclure, que dire de ce Pentastar : In the style of Demons ? Il y a sûrement eu des puristes pour regretter la lourdeur vibratoire et l'avant-gardisme des premiers albums, et reprocher à Earth une approche plus "traditionnelle" dans leur musique. Personnellement, je vois surtout ici un album particulièrement réussi, qui s'écoute et se réécoute le plus agréablement du monde, et un groupe qui, tout en restant fidèle à sa vision artistique, a réussi a éviter les écueils du "tout conceptuel" et cherche avant tout à se faire plaisir. Cet album est en tout cas une vraie réussite et prépare la voie à ce qui sera le nouveau son de Earth, près de 9 ans plus tard avec l'album Hex ; or printing in the infernal method.