earth_earth_2.jpg Arriver à pondre cette chronique m'aura été particulièrement difficile, et cela pour deux raisons. D'abord, aborder ce Earth 2 : Special low frequency version, le cerner et ne serait-ce qu'essayer de décrire les émotions qui s'en dégage est loin d'être un chose facile. Et puis deuxièmement, au bout de 5 minutes d'écoutes, je tombe systématiquement dans une espèce d'état second contemplatif, cessant progressivement mes activités pour sombrer dans une profonde méditation involontaire (et comme j'aime bien écouter un album tout en le chroniquant, vous comprendrez mon problème.). Ca ne manque jamais ! D'ailleurs, les tibétains l'avaient bien compris : les basses fréquences aident grandement la méditation. Et qu'est-ce que cette galette, sinon un gigantesque "Commmmmmmmm..." ?
Earth 2 est un voyage. Avec ce disque, qui est à la fois le moins accessible et le plus reconnu de sa discographie, Earth (réduit au duo Dylan Carlson/Dave Harwell) a réussi un coup de maître, un chef d'oeuvre dont les vibrations mystiques influenceront de façon définitive toute une génération de musiciens (cf : petite liste non exhaustive dans la bio). "Seven Angel" reprend les hostilités là où "Ouroboros is broken (Problems)" les avait laissé, soit un lent et inquiétant riff de guitare sursaturé en basse et tournoyant à l'infini. Cependant on ne peut s'empêcher de remarquer que quelque chose a changé depuis Extra-capsular extraction. Quoi donc ? Ah oui, tiens, il n'y plus de percus. Soit. Mais c'est pas le plus frappant finalement. Le gros, le colossal changement, c'est le son !! Ici, on a carrément changé de registre, que dis-je, de dimension dans le travail des textures sonores. Dès les premiers accords, la guitare semble venir d'en dessous, des tréfonds de la Terre (un peu à la manière de l'intro du Dopesmoker de Sleep, un autre monolithe génial). Sa complainte est lointaine, rampante et terriblement grave. Puis, petit à petit la puissance augmente (tellement progressivement qu'on ne le remarque qu'en revenant 10 minutes en arrière), le drone remonte et se fait plus présent. Comme dans "Ouroboros", le riff se simplifie également pour se muer en pure vibration. Puis arrive "Teeth of lions rule the divine" et l'intensité, déjà bien forte, remonte d'un cran tandis que le jeu se ralentit encore (au passage, cette chanson aura donné son nom à un excellent groupe regroupant Stephen O'Malley, Greg Anderson (Sunn O))), Burning Witch, entre autres), Justin Greaves (Iron Monkey, Electric Wizard) et Lee Dorian (Cathedral, Napalm Death). Sans qu'on n'ait trop pu dire comment, la musique de Earth s'est transformée en une sorte de "matière" sonore, d'une densité à couper le souffle. De temps à autres, le riff familier de "Seven Angel", ralenti à l'extrême, revient se rappeler à notre bon souvenir. Mais nous n'y faisons guère attention car nous sommes loin, très loin, perdus dans le ciel immense (représenté sur la pochette), et respirant avec délice ce magma de basses qui nous entoure. Ca faisait un bon moment que la notion du temps n'avait déjà plus beaucoup de sens pour nous (c'est que "Teeth of lions... dure tout de même 27 minutes) quand arrive "Like gold and faceted" pour lui donner le coup de grâce. Comme sur leur premier effort, c'est à mon humble avis la dernière piste qui se révèle la plus extrême, ainsi que la plus intéressante (toutes proportions gardées, bien sûr, les deux précédentes étant quand même des références du genre). Un accord, oui, un SEUL accord est tenu pendant les 30 minutes 21 secondes que dure cette piste. Paradoxalement, la puissance dégagée est énorme. L'oreille s'étant complètement et depuis longtemps habituée à ce bourdonnement continu, chaque petit changement de son, chaque modification dans les fréquences, aussi infime soit-elle, ressort comme sublimée par un orchestre symphonique (j'exagère à peine...). On se surprend alors à entendre et à apprécier des mélodies dont il est impossible de dire si elles ont été réellement enregistrées, où créées de toute pièce par notre imagination. De plus, et à l'inverse de Extra-capsular extraction, cette dernière piste est la seule à contenir des percussions. Mais ces dernières sont sporadiques et surtout lointaines dans le mixe, extrêmement lointaines. Un peu comme si nous avions quitté notre corps il y a longtemps et que, volant dans cette atmosphère de vibrations, quelques échos lointains nous parvenaient de cette bonne vieille Terre, échos cependant bien trop faible pour pouvoir espérer nous faire redescendre de notre transe. Et enfin, après un temps en réalité bien plus long qu'il n'y parait, le drone meurt doucement et s'éteint accompagné d'un léger roulement de cymbales final. On a alors l'impression de s'éveiller d'un rêve, ou plutôt de revenir d'un long trip qui aura été ma foi fort agréable.
On aura beaucoup écrit et beaucoup parlé de ce disque atypique et unique, surtout après l'émergence et le relatif succès de groupes comme Sunn O))) et Boris, mais Earth 2 reste avant tout un superbe voyage. Et si le concept est intéressant, comme souvent dans les disques de musiques expérimentales, l'écoute se révèle formidable expérience sonore et introspective. Un disque hors norme, qui m'a clairement fait changer ma conception de la musique et de la richesse des émotions qui peuvent s'en dégager. Un disque intemporel dont l'obtention est plus que recommandée à tous les amoureux de son.


P.S. : Par contre un conseil, écoutez-le en format non compressé et sur un matos décent, afin d'en profiter pleinement. Et puis comme dirait l'autre, MAXIMUM VOLUME YIELDS MAXIMUM RESULTS !