The Dukes - Victory On ne va pas tourner cent ans autour du pot : ce qui a la saveur du meilleur des groupes de rock US, la puissance mélodique du meilleur des groupes de rock US et l'efficacité tubesque du meilleur des groupes de rock US, est forcément un groupe... français. Non il n'y a pas de défaut dans l'énoncé : The Dukes est bien frenchy, enfin en partie en réalité, puisque composé de Shanka (Destruction Inc., No One Is Innocent), Gaspard Murphy (le fils d'Elliott Murphy), Greg Jacks (No One Is Innocent aussi) et d'un certain Stephen Galtera. Mouais, donc français mais à moitié. Bref, toujours est-il que Victory, le premier album du projet, produit par le suédois Magnus Lindberg (Cult of Luna entre autres), sonne par conséquent très... américain avec les bons côtés (et les quelques mauvais) inhérents au concept et style ici pratiqué.

Première mise en jeu avec "Low men" et un ace mélodique directement sur la ligne. The Dukes la joue pop aux accents rock indie typiquement 90's, refrains fédérateurs à l'appui et font le boulot comme personne. Efficacité redoutable et première marque au score, on appelle ça avoir la classe. Tout comme sur "The Dukes" (c'est aussi le nom de l'un des morceaux) qui après quelques échanges d'amabilité bien groovy avec les enceintes, fait volleyer sa mélodie pour coller l'auditeur au filet. On appelle aussi ça prendre un smash. Et accessoirement ici un tube. Petit hic, on peut aussi à ce jeu-là se risquer au retour de manivelle façon passing-shot en fond de ligne de cours si jamais on y va un peu trop mollo dans la conduite du jeu ("Resilient lovers").
Cela dit, pour un petit raté, le groupe sait réagir dans l'instant et enquiller un "The mangler" façon service-volée de plomb avec un pur titre de rock burné et foudroyant, avant d'enchaîner avec aisance sur des morceaux du calibre ravageur d'un "Where angels fear to tread" ou du très dansant "The stooge". Pas complètement transcendant mais fort bien troussé quand même avec quelques fulgurances assez monstrueuses au passage.

Là on s'incline et le groupe empoche déjà la première manche sans avoir eu l'air de réellement forcer son talent. On joue en deux sets et le second va aller au jeu décisif, la faute à un "Sugar cut" très (trop ?) light, mais dont on se demande encore pourquoi il est placé là sur le tracklisting de l'album, notamment à cause d'un manque de cohérence artistique certain. Ou à la ballade "Heirs of Icarus", assez faiblarde et sans âme en forme d'amorti raté, voire au très punk-rock "Morphine", clairement trop convenu pour surprendre et scorer. Quelques baisses de tension ponctuelles qu'il faudra sans doute que le quartet corrige à l'avenir pour s'affirmer un peu plus. A contrario, c'est quand il met l'accent sur sa fougue électrique que le groupe cartonne les enceintes bien comme il faut. On en prend pour preuve le ténébreux "Nothing in this world", l'éponyme et country/western rock "Victory" ou l'intense et hargneux "Aftermath". On l'a compris, la seconde moitié de l'album est, certes, un peu moins gorgée de bombes à fragmentations rock mais réserve toujours quelques moments de bravoure à savourer les enceintes poussées au maximum. Un album régulièrement excellent donc (mais pas toujours), marqué par une poignée de singles power-(pop)rock de très haute volée qui sonnent comme autant de coups gagnants mettant l'auditeur à terre... et accessoirement un savoir-faire de premier choix : mention spéciale à l'énorme "Laughter" qui fracasse les enceintes comme trop rarement.

Jeu, set et match The Dukes.