Pendant une bonne dizaine d'écoutes si ce n'est plus, ce Lifer de Dope Body nous en touchait une sans toucher l'autre : les passages mous du glands, quasi "rock à papa et maman avec des fleurs dans les cheveux", ne capitalisaient pas sur les phases pêchues influencées par le punk et la noise. Mais comme c'est une sortie Drag City, label au passif (Scout Niblett, Will Oldham, Pavement, Smog, Shellac...) et à l'héritage énorme, et que ce groupe a partagé un split avec les excellents Child Bite, on a persévéré et persévéré et persévéré (au fait, on t'a dit qu'on avait persévéré ?) Grand bien nous en a pris, c'est au final vraiment cool.
Pourtant, dès la piste introductive, il y avait de quoi être emballé par les grosses guitares et le propos méchamment puissant. Saut que ce n'est qu'une piste introductive. Dès la deuxième piste et son orientation psyché à la Psychic Ills, la tension retombe immédiatement même si le morceau reprend parcimonieusement de la vigueur et vire comme du Pissed Jeans, en mode noise vindicative, sur les refrains. Le troisième titre, "Hired gun", est un excellent exemple de brûlot noise-punk scandé qu'est capable de produire Dope Body : c'est efficace et ça squatte les neurones en deux écoutes. La suite reprend la tendance des premières pistes, à savoir tenter de marier le psyché, les expérimentations, avec des coups de sang jouissifs. Et quand on parcourt Lifer en entier, on a parfois l'impression de parcourir une étape de montagne à tricycle et l'obtention du maillot à pois n'est pas forcément aisé : les montées de cols sont fastidieuses tandis que les descentes sont foncièrement grisantes. Passé ce postulat et l'acceptation que Lifer est un album dont les reliefs prononcés peuvent être un atout sur la longueur, on a là un album réellement intéressant à écouter. Bref, va falloir que tu le mérites un peu. Et en fonction de tes goûts, c'est pas exclu qu'il te séduise plus rapidement que ton humble serviteur.


