Do Not Machine Salut les gars ! Alors, Do Not Machine, c'est qui ? c'est quoi ? Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs même si il y a des têtes connues chez vous !
Etienne (guitare) : Nous sommes un groupe d'Angers qui s'est monté en 2018 autour de Ben (Last Time Voodoo), Cam (LANE, Daria), Alex (Zenzile, Glass) et moi (LANE, Daria), nous avions l'envie de jouer ensemble des riffs avec des accordages de guitares bien bas, avec quelques références comme Torche ou Floor. Ces formations nous fascinent par leur son très gras et gros avec ce côté pop derrière. Alors on a commencé comme ça, en désaccordant les guitares mais sans savoir ce que ça donnerait, et puis deux ans plus tard, ça donne Heart beat nation. Comme quoi un accordage en open de "Si", ça peut mener à tout.

La première écoute de votre disque m'a rempli de sentiments mêlés de nostalgie des années 90 et d'excitation avec ces guitares sombres et mélodiques (pour ne pas dire mélodieuses) : à l'heure où le rock est soi-disant mort, faut-il avoir vécu ces fameuses années 90 pour saisir toutes les subtilités de Heart beat nation ?
Etienne : Si tes sentiments en écoutant le disque ont été l'excitation des guitares et la nostalgie d'un style musical «soi-disant mort», alors c'est flatteur ! Merci !
Après, il est évident que nous sommes d'une génération qui a baigné et fait son éveil à la musique par celle des années 90 notamment ! Et on en est tous là aujourd'hui : Nirvana, Killing Joke, Fugazi, Jawbox sont des références pour nous quatre. Et c'est assurément qu'on en distille dans Do Not Machine, mais toutefois pas sûr qu'il faille avoir nos âges pour écouter notre disque et j'espère l'apprécier.

Comment se déroule le processus créatif chez Do Not Machine ? Vous composez ensemble ou les morceaux sont-ils apportés clé en main en répétition par l'un de vous ? Et les guitares, ont-elles vocation à être accordées toujours très bas ?
Etienne : Une réponse de normand ! Un peu de tout. Parfois ensemble en partant d'un riff émergent dans le local, parfois d'idées pondues individuellement. Ce qui est certain, c'est que le chant (ligne mélodique et paroles) arrive après la musique.
Quant aux guitares, oui je pense qu'on va garder cet accordage. Après deux ans, on commence à avoir des repères, c'est pas pour en changer de suite.
Ben (guitare et chant) : Sur la plupart des morceaux, on est parti de riffs qu'Etienne a composé et enregistré sur ordinateur, on les a joués en répète et agrémentés à la sauce de chacun. Pour ce qui est du chant, je compose en général mes mélodies à part, souvent à la maison à partir des enregistrements qu'on a faits en répète et le texte en découle. L'accordage en open-tuning de "Si" est quand même la marque de fabrique du groupe, c'est notre identité, on n'a pas dans l'idée de faire autrement. On a encore pas mal de choses à explorer avec ce mode d'accordage, ça ouvre un univers qu'on a peut-être déjà pas mal épuisé avec l'accordage standard.

Vous avez tous ou presque tous groupes en activité dans des styles assez différents (dub pour Zenzile, indie pop pour Daria, indie noise pour LANE, stoner pop pour Last Time Voodoo) : quel a été l'élément déclencheur pour créer ce nouveau groupe d'indie rock ? Do Not Machine est-il un side project sans lendemain ou a-t-il vocation à perdurer ?
Etienne : L'amitié, le passif qu'on a entre nous (on se connaît depuis longtemps, on a déjà joué les uns avec les autres dans divers groupes) et le plaisir de jouer ensemble une musique comme celle-là ! Malgré nos vies personnelles et professionnelles déjà bien chargées et les groupes dans lesquels on joue tous par ailleurs, Do Not Machine est pour nous quatre un projet à part entière qui a évidemment vocation à perdurer, autant que notre envie, notre énergie et nos agendas le permettent.
Ben : On s'est toujours un peu tourné autour de par nos influences, l'idée qu'on se fait de la musique et l'envie qu'on a d'en faire. Quand les gars m'ont demandé de faire de la batterie dans Daria en 2003, je n'ai même pas réfléchi, j'ai dit "oui" tout de suite et c'était parti au moins pour le temps que ça a duré me concernant. C'était surtout juste l'envie de jouer avec eux qui m'a motivé, je ne faisais même pas de batterie à l'époque. C'est un peu la même chose qui s'est passé avec Do Not Machine, se retrouver à faire des trucs cool ensemble et avancer. Pour ma part, c'est mon projet principal, Last Time Voodoo n'existe plus depuis 2012, avec la vie pro' et familiale, c'est un projet à part entière. Donc oui, le groupe a vocation à perdurer.

Le disque sort chez Twenty Something, les "Sub Pop français". LANE a déjà fait partie de l'écurie et le label a réédité les albums des Thugs dont vous êtes proches. C'était une évidence de sortir le disque sur ce label ? Comment s'est monté le deal ?
Etienne : Assez simplement. Il y avait une interview de LANE justement où Cam et moi mentionnons le fait que nous avions enregistré un album avec Do Not Machine et qu'on allait se lancer à la recherche d'un label pour nous aider à le sortir. Eric (l'un des fondateurs de Nineteen Something) nous a directement demandé à écouter. On avait cinq titres (sur dix) de mixés, il les a écoutés, partagés avec son acolyte Frank Frejnik. Et ils ont apprécié, donc c'était parti !

Le disque sort en plein confinement. Cela ne va donc pas être évident d'aller le défendre sur scène prochainement. La scène est-elle un élément indispensable à la (sur)vie de Do Not Machine ? Vous avez envisagé de décaler la sortie ? Vous vous voyez partir en tournée six ou neuf mois après la sortie du disque ?
Alex (basse) : C'est sûr que ce n'est pas la période la plus excitante pour sortir un disque de rock, la scène restant, pour tous les groupes je pense, le moment le mieux pour faire ressentir la musique que tu fais, la partager avec d'autres et ressentir l'adrénaline, et le fait d'être bloqué par une pandémie est assez rageant mais on va continuer à faire d'autres morceaux, à les répéter, à les mettre dans notre setlist, et à un moment on reprendra les concerts avec des gens sans masques, sans produits sur les mains, sans distances obligatoires, ça sera, je l'espère, le plus vite possible.
Ben : on ne pensait vraiment pas qu'on en serait là quand on a commencé à enregistrer l'album il y a un an. Il a quand-même été stoppé lors du premier confinement. On avait rentré les premières voix à ce moment-là, on a été coupé dans notre élan et mis l'enregistrement en suspens, pour finir fin mai. Bien sûr, l'idée de défendre le disque sur scène est primordial, ce n'est pas envisageable autrement en fait.
Etienne : La période est sacrément bordélique pour un secteur (au sens large) comme celui de la musique. Après, il est évident que pour un groupe comme nous, dès que cela sera possible alors on fera tout pour être sur scène et jouer cet album. Même si on a bien conscience qu'il y'a des risques d'embouteillages pour les assos, les structures et les salles.

Do Not Machine - Heart beat nation Vous avez fait appel à Jay Robbins pour mixer le disque. Camille et Etienne, vous avez déjà travaillé avec lui sur le dernier album de Daria : encore une fois, cette collaboration était une évidence ?
Camille (guitare) : Depuis nos aventures américaines avec Daria (tournées et enregistrement d'Impossible colours là-bas), nous sommes devenus proches avec Jay et sa famille. On se donne des nouvelles au téléphone ou par mails très régulièrement et donc on cause souvent de nos projets musicaux. Jay nous suivait donc avec Do Not Machine depuis le début mais on avait rien évoqué quant sa participation sur l'album. C'est en cours d'enregistrement, enfin, surtout durant la pause imposée par le premier confinement que l'on s'est dit que ce serait super que quelqu'un avec des oreilles extérieures au projet puisse le mixer. C'est alors que Jay est apparu comme une évidence, oui. On aime son travail et comment tous ses mixs sonnent. Son esthétique sonore nous correspond vraiment je crois, et c'est chose plutôt rare au fond, encore plus dans un style musical qui consiste un peu à avoir tous les instruments à fond de cale en mode superpuissance. C'est un travail bien plus difficile qu'il n'y paraît mais que Jay abat avec une facilité franchement déconcertante, tout ça en restant le mec le plus cool et humble que l'on connaisse.

Que raconte les textes de vos chansons ? Et pouvez-vous nous parler de l'univers graphique du groupe (la pochette est vraiment belle !)
Ben : Des faits de société, des histoires imaginaires ou vécues... La plupart du temps, je laisse guider ma plume et à partir des mots qui ressortent, je créé un texte le plus cohérent possible. Je ne pars pas d'un sujet défini à l'avance, c'est les mots qui vont orienter le texte et à partir de là, une idée, un sentiment va ressortir et l'histoire se crée, soit à partir d'un livre que j'ai lu et qui m'a inspiré, soit un souvenir ou un film/une série.
Alex : Pour la pochette, ce sont des amis à nous, Julie Cicé et Pascal Darosa de la Maquina sur Angers, avec qui j'ai travaillé pour les pochettes de Glass et qui nous ont fait une pochette et des affiches sérigraphiées avec Zenzile. Le fait est que Julie m'avait proposé toute une série de photo-collage qu'elle avait fait pour le dernier album de Glass, avec la photo que l'on a choisi pour Do Not Machine dedans, j'avais mis celle-ci de côté et m'étais dit que je la proposerais aux gars quand on aurait fini Heart beat nation, ça a tout de suite plu aux gars. On leur a également demandé de faire une pochette sérigraphiée, 70 au total, numérotées, car on aime vraiment l'objet, en plus du fait de la dynamique et du son du vinyle, et que l'on aime que ça prenne de la place dans nos habitats et qu'on aime l'œil graphique moderne qu'ont Pascal et Julie !!

Angers est depuis des années un sacré nid à groupes de rock (ou plus largement de musiques amplifiées) : vous avez une explication ? Et vous avez des nouvelles de Daria par la même occasion ?
Alex : Angers a eu et a encore beaucoup de groupes par rapport à la taille de notre "ville-village" comme on le dit souvent, pas que pour le rock d'ailleurs, des artistes comme Thierry Robin, Lo'jo qui ont commencé à la même période que Les Thugs, les Dirty Hands contribuent aussi au fait qu'ici il y a beaucoup de groupes et de diversités de propositions musicales. Comme dans pas mal de villes dans les années 80-90, il n'y avait pas de salles de type SMAC ou autres pour jouer, par contre beaucoup de gens motivés pour monter des assos et faire jouer les groupes dans des salles que l'on louait et que l'on faisait vivre. Une partie de l'explication pourrait venir de là, tous les groupes se connaissent, s'influencent et motivent l'envie d'en faire d'autres, Do Not Machine en est d'ailleurs la preuve.
Etienne : Très bonne analyse Alex. Et je compléterai aussi en disant qu'il y a quelques lieux typiques comme des bars où l'ensemble des musiciens se retrouvent très souvent pour boire des coups et parler de l'inconfort des kms dans un camion. Et là aussi, souvent se sont montés des groupes. parfois très éphémères puisque à la fermeture à 2h, le groupe avait déjà splitté ! Pour Daria, depuis 2017 et les dernières dates d'Impossible colours, on a mis le groupe en pause, avec le besoin pour chacun de faire autre chose. Et depuis 2020, on se retrouve au local pour jouer, discuter et boire des canons.

Merci pour le temps accordé à répondre à ces quelques questions. Un truc à rajouter ?
Etienne : On essaie toujours de mentionner les gens qui bossent ou ont bossé avec nous. Alors grand merci à Eric, Frank et KK chez Nineteen Something. Grand merci aussi à Pascal et Julie pour tout le visuel de l'album. Et grand merci à Alexandre Lamoureux qui nous met en vidéo (clip de "Undertow"). D'ailleurs, avec Alexandre, on va sortir sous peu 3 titres issus de l'album filmés et enregistrés live depuis notre local.