Disappears_01 En plus de vos 2 ou 3 singles et EP, vous avez sorti un nouveau disque cette année, Era. Vous n'aviez pas dans l'idée d'inclure tous ces disques dans un seul et même LP ?
Nous essayons de sortir nos morceaux sous forme de groupes cohérents et qui fonctionnent bien ensemble. Pour Kone, nous avions vraiment le sentiment que l'EP devait exister par lui-même. S'il avait fait partie d'un disque, il aurait fait de l'ombre au reste de l'album du fait de sa longueur. C'est ce qui s'est passé pour notre deuxième album, Guider. La dernière chanson, "Revisiting", dure 15 minutes et c'était devenu le principal sujet de discussion à propos de cet album. Donc, nous étions tous convaincus que Kone devait avoir sa propre existence, tout comme Era. Toutes ces chansons ont été conçues et écrites de manière rapprochée. Pour nous, elles donnaient chacune des informations sur les autres chansons et ensemble, elles formaient une plus grande image. Elles ont été composées en plusieurs étapes et du coup, elles semblaient se compléter mutuellement.

Sur votre EP Kone, on sentait déjà ce qu'allait être Era. Hormis le format, quelle différence faites vous entre ces deux sorties ?
Kone fait partie des premières choses sur lesquelles nous avons travaillé avec notre nouveau batteur, Noah. Cela nous a permis de nous mettre au travail ensemble tranquillement et de laisser les idées et les concepts centraux du groupe faire leur travail et prendre forme normalement. C'était une bonne manière de tous nous mettre au même niveau et de créer un langage musical que nous pourrions utiliser pour faire Era. En ce qui concerne la différence, je pense qu'Era est un peu plus sombre et net. Kone est intentionnellement flou pour désorienter l'auditeur : nous voulions qu'il soit mystérieux et qu'il laisse de la place à l'interprétation, tandis qu'avec Era, nous voulions être directs et plus percutants.

Votre rythme de sortie de disques est assez impressionnant, vous ne laissez jamais vos idées murir ?
Je pense que notre motivation, c'est simplement de ne pas s'arrêter de créer. Nous rejetons beaucoup d'idées et de chansons lorsque nous pensons qu'elles ne représentent pas une progression. Je pense que finalement, nous essayons vraiment de nous concentrer sur la créativité et sur l'immédiateté du fait d'être ensemble. Bien sûr, nous accordons de l'importance aux décisions musicales et nous parlons beaucoup de ce que nous voulons faire, mais nous ne nous acharnons pas sur chaque détail. Les chansons mûrissent et évoluent en live, ça rend l'expérience plus intéressante pour nous et pour ceux qui viennent aux concerts.

Alors que Pre-Language était selon moi plus facile d'accès à l'écoute, je trouve au contraire que dans Era, on s'aventure beaucoup plus et l'écoute devient bien plus anxiogène par ses thèmes répétitifs. Du coup, on se dit que la musique de Disappears a vraiment changé après le départ de Steve Shelley de Sonic Youth. Pourquoi une telle évolution ?
Je pense que nous étions prêts à prendre une nouvelle direction. C'est ce que nous faisons dans chacun de nos disques mais c'est beaucoup plus radical dans celui-ci. Je pense que nous en étions tous à une étape importante de notre vie pendant l'écriture et l'enregistrement comme des relations qui se terminent ou un changement familial imminent dans ma vie. En fait, nous laissons tous les éléments qui nous entourent imprégner la musique et ils nous guident, en quelque sorte, en nous montrant où prendre les choses. Je pense que c'est aussi simplement la nouvelle énergie et la nouvelle alchimie avec Noah dans le groupe : ça a vraiment changé les choses entre nous, en tant que musiciens.

Pouvez vous revenir un peu sur la construction de ce disque ?
Nous l'avons fait en janvier, à Chicago : c'est une période très froide et très sombre dans la ville, donc je pense que ça s'est reflété dans la musique. En plus, le studio où nous avons enregistré est une énorme pièce en béton avec une toute petite fenêtre au sommet. Ça doit faire dans les 10 m de haut. Et donc, il y a cet espace bizarre qui influence le son mais aussi notre état d'esprit. Nous avons également fait beaucoup de versions différentes de chacune des chansons. C'est à dire que pour certaines, nous savions à quoi elles allaient ressembler alors que pour d'autres, nous savions seulement comment commencer et où terminer mais le milieu était très expérimental, ce qui fait que l'enregistrement a été très créatif aussi, avec beaucoup d'essais et d'erreurs. Nous étions très emballés d'être là et aussi terriblement curieux de savoir ce qui allait se passer.

Comment s'est passée la création des morceaux avec Noah, votre nouveau batteur ? Qui prend le plus part à la composition dans Disappears ?
C'est génial, il a un vrai sens de la musique et il aime tellement de styles différents qu'il a été très facile de parler de nos idées. Il gagne sa vie en jouant de la batterie, donc il joue de la musique tout le temps et il y pense tout le temps aussi. C'est vraiment cool de jouer avec lui. Toutes les chansons naissent d'une manière différente : certaines sont improvisées en studio, d'autres commencent par des idées de voix et de guitare que je propose, d'autres encore sont construites à partir d'un bout de piste... nous essayons de garder de la place pour que toutes les idées puissent s'intégrer.

Disappears - Era Quels artistes écoutiez vous pendant les compositions d'Era ? Est-ce que cela a eu une influence sur celles-ci ?
Rien de particulier, des tas de références à l'architecture de certaines chansons mais pas vraiment un catalogue complet d'artistes. Parmi les choses dont nous avons beaucoup parlé, il y a un live de P.I.L. où ils jouent "Careering", je crois que c'est pendant l'émission "The old grey whistle test". C'est vraiment puissant, ils essayent des trucs sur la forme, c'est passionné et tout en confiance, ils laissent la chanson se développer toute seule. C'est vraiment cela que nous avons pris comme exemple pour ce que nous voulions faire de cet album.

De quels artistes ou groupes de Chicago te sens-tu le plus proche ?
Il y en a tellement, c'est un endroit tellement fertile pour la musique, avec tellement de soutien. C'est difficile de tous les lister. Je dirais CAVE, Tortoise, Russian Circles, Pelican, Bloodiest, Pinebender, Running, Bitchin' Bahas, White/Light, The Drum, Streetwalker, Electric Hawk, E+, Verma, Brokeback, Outside World, Zath, Implodes. Et ce ne sont que les premiers noms qui me viennent en tête. Il y a vraiment une scène géniale là-bas en ce moment, avec énormément de croisements entre les genres et des tas de collaborations. C'est énorme.

Le 23 novembre, vous jouez en France dans le cadre du festival Tour de Chauffe près de Lille, organisé par un dispositif qui encadre les jeunes musiciens amateurs. Est-ce qu'il y a ce genre d'initiatives à Chicago ? Est-ce que Disappears essaie à sa manière d'aider les jeunes musiciens en devenir ?
Je ne suis pas sûr qu'il existe quelque chose de similaire à Chicago. Il existe des tas de ressources très utiles pour les gens qui s'intéressent à la musique, mais pas des "professionnels" comme "Old town school of folk music". Ils proposent des cours et des concerts pour une grande variété d'instruments et de styles différents. Mon fils y suit des cours depuis sa naissance. Il apprend le piano, la batterie, la guitare, comment bouger, il a des cours sur l'art, c'est cool. En ce qui concerne notre rôle à nous, je ne sais pas trop. Bien sûr, nous sommes partants pour aider quelqu'un qui veut s'impliquer dans la musique et nous essayons de faire des spectacles aussi variés que possible quand on joue chez nous.

OK, pour finir, on va jouer à un petit jeu sympa. Je vais donner une série de questions où tu dois me donner tes réponses sans trop réfléchir :

Si tu avais une machine à remonter le temps, où te situerais-tu ?

Dans l'avenir, genre dans 20 ans ? Pour voir à quoi ressemble le monde, s'il existe toujours !

Si tu devais être un précurseur d'un genre musical, lequel serait-il ?
Haha. Le rock répétitif ?

Si tu étais un inventeur, lequel serais-tu ?
CAN

Si tu étais un personnage de fiction ?
David Bowie : toutes ses périodes ont l'air imaginaire, non ?

Si Disappears était un film ?
"Metropolis". Ou "Les fils de l'homme".

Si tu étais un disque de Disappears.
Era. C'est indéniablement le plus personnel.