Dirty Witch Records - Logo Si ma mémoire fonctionne correctement, mon premier souvenir concernant ton implication dans la musique, c'est à travers le fanzine Prehisto... mais peut-être que je ne connais pas ton background par coeur... Comment en es-tu venu à écrire ce fanzine ? Combien de numéros ? Combien de collaborateurs ? Etais-tu "activiste" avant de démarrer le zine ?
J'ai commencé à organiser des concerts avec mes potes en montant une association en 1995, nous avons fait jouer quelques groupes entre Annonay et Vienne : Perfect Cousins, The Hunchback, Uncommonmenfrommars, Uneven, Burning Heads, Prohibition... A cette époque, je lisais déjà beaucoup de fanzines papiers et l'envie d'apporter ma contribution personnelle m'est apparue évidente. En décembre 97 le premier numéro de Prehisto fanzine sortait. Les trois premiers ont été photocopiés dans une usine la nuit par le biais du fils du gardien ! On a fait 10 numéros de Prehisto zine étalés sur 3 ans, les premiers étaient assez succints, mal construits et mal argumentés puis les suivants un peu plus élaborés avec l'arrivée dans l'équipe de Ed (Unco) et Nico (Nowayout) qui ont apporté un sang neuf et des possibilités non négligeables de faire des interviews de groupes étrangers dans un anglais parfait. Du coup nous avons réalisé à trois personnes une centaine d'interviews dont notamment : Hard-Ons, Good Riddance, The Dickies, New Bomb Turks, Bad Religion, Lagwagon, Indecision, Sleeppers, Seven Hate, Burning Heads...

Toi qui viens justement du fanzinat, vois-tu d'un bon oeil le développement depuis quelques années maintenant des webzines comme le W-Fenec, Punk For Dummies, Metalorgie ou Melodick ? Ce que tu préfères ou détestes dans un webzine ?
Les webzines sont devenus incontournables, ils permettent à un large public d'avoir accès gratuitement à des chroniques, des interviews, des live reports et de faire des découvertes. C'est également un outil important pour la promotion d'un album pour les même raisons. C'est franchement pratique et évite sans doute à certains kids de dépenser leur argent dans un album qui ne leur correspond pas. Ce que je déteste dans les webzines et en général ce sont les chroniques peu objectives, les partis pris de certains chroniqueurs sur un groupe, un label ou un album sans l'avoir réellement écouté.

Quelles sont tes influences à ce moment-là question fanzine ? Même question pour aujourd'hui.
Par le passé je lisais beaucoup de version papier comme Kerosene, Kill What, Rad Party ou Abus Dangereux ; maintenant il faut avouer que je surfe plus facilement sur le net pour lire des chroniques, des interviews ou des live reports. J'aime toujours autant les fanzines papiers mais il y en a de moins en moins et comme j'aime lire je me suis rabattu sur des romans et biographies, dernièrement j'ai le Nasty Samy Values.

Alors que ton fanzine commençait à prendre un rythme de croisière, tu te lances dans l'aventure du label... Qu'est-ce qui t'as pris ? Franchement, ça t'amuses de perdre de l'argent ?
Le milieu et la fin des années 90 étaient remplis de bons groupes en émergence, à force de chroniquer des disques et pas mal de démos j'ai eu envie de sortir un disque, de cautionner un groupe, deux, trois etc... J'ai dû arrêter le fanzine après la sortie de mes trois premières références CD car je ne pouvais plus assurer ma vie professionnelle, le fanzine et le label, c'était trop pour une seule personne, j'arrivais à bosser de 06h30 à 21h00 avec mes trois activités ! J'ai pas mal investi d'argent de ma poche dans Prehisto mais je ne regrette rien car je n'en ai pas perdu tant que ça.
Pourquoi ce nom de Prehisto d'ailleurs?
Le nom de Prehisto ... je ne sais plus pourquoi précisément mais il est en rapport avec notre manière de travailler de l'époque : le bricolage, la démerde. Après je te renvoi la question pourquoi Gui de Champi ?

Une vieille légende raconte que tu as failli sortir le premier maxi des UMFM ? Info ou intox ? Si info, qu'est ce que t'as branlé ?
Non ce n'est pas de l'intox, quand j'ai décidé de faire muer le fanzine en label associatif j'ai proposé à Ed qui réalisait des interviews pour nous de sortir leur premier mini album. A cette époque la structure Prehisto était fragile : pas de distribution nationale, peu de budget promo donc quand Wagram s'est présenté et bien il fallait que ce soit eux qui sortent le disque car ils proposaient tout ce que peut espérer un groupe en émergence : distribution nationale, promo, budget, tournée... Ma structure n'avait tout simplement pas les épaules pour rivaliser, rien d'anormal.

Dirty Witch Records - Promo Pix 1 La première production de Prehisto Records, c'est ce putain de premier maxi de Second Rate, Nice line life ! Comment as-tu rencontré les bisontins et pourquoi eux et pas d'autres ?
J'ai découvert Second Rate avec leur premières démos K7 : State of regression et Way down en 1998. Ils avaient une longueur d'avance sur pas mal de groupes de l'époque qui étaient restés bloqués sur NOFX pour le côté mélo ou Condense pour le côté noise. Ils ont mis un coup de pied dans la fourmillère en arrivant avec leur indie punk racé gorgé de mélodies pop un peu comme si Mega City Four copulait avec Samiam. Après une première prise de contact par téléphone, je me suis décidé à passer un week-end à Besançon dans la crypte maudite de Nasty Samy pour en discuter. Le premier mini album Nice line life est sorti trois mois plus tard en co-production avec Vampire Records.
Les Second Rate ont-ils changé ta vie autant que la mienne ?
Je n'irais pas jusqu'à dire que Second Rate a changé ''ma vie'' mais plutôt influencé ma façon de voir les choses. Second Rate était un groupe intègre et passionné et je suis fier d'avoir pu participer à cette belle aventure en tant que label.

Second Rate a été une figure de proue du label, mais tu as également produit pas mal d'autres groupes durant l'aventure Prehisto Rds, tels que Lack Of Reason, Mind The Gap ou Scuttle. Tu marches au coup de cœur ? Tu signais les groupes qui t'envoyaient du cash avec leur skeud promo ? Quel était le secret pour être signé par Lolo Prehisto ?
J'ai sorti effectivement pas mal de disques de Second Rate : deux albums, un mini album et le split CD partagé avec les anglais de Scuttle. En fait j'ai toujours fonctionné de la même manière, écouter des démos et aller voir des groupes sur scène dans des salles lugubres et enfumées. J'ai enchaîné avec d'autres sorties effectivement dans la foulée plus ou moins réussies mais personne ne m'a proposé du cash directement pour que je sorte un disque et il n'y avait pas de secret pour être sur Prehisto, il fallait que les morceaux me plaisent, que le groupe joue avec ses tripes et qu'il y ait de bon rapport humain entre nous, c'est important pour le fonctionnement d'une structure.

Quels sont les meilleurs souvenirs avec l'aventure Prehisto (aussi bien fanzine que label) ? Et tes plus grosses désillusions ? Au final, quel bilan tires-tu de cette aventure ?
C'est difficile de se remémorer tous les bons souvenirs mais je dirais qu'il y a eu pour la partie fanzine quelques rencontres humaines marquantes avec des légendes vivantes comme celles de Bryan Baker (Minor Threat, Dag Nasty, Bad Religion) ou de Leonard Grave Phillips, le chanteur des Dickies ; des rencontres enfumées avec Seven Hate ou Burning Heads ; des rencontres insolites comme croiser le chanteur de Cradle Of Filth en backstage sans son maquillage (horrible) ; des rencontres alcoolisées avec les No Use For A Name qui n'arrêtaient pas de nous parler de la coupe du monde de football (c'était en 98) au lieu de répondre aux questions, tu aurais dû voir la tête de Ed qui n'y connaît rien en foot ! Ou des rencontres généreuses comme celle de Joey Cape qui nous fait monter dans le tour bus du groupe pour discuter avec nous durant plus de deux heures et nous offrir en partant une mix tape d'un E.P qui sortait six mois plus tard. Au niveau du label de la fierté de trouver tous les disques Prehisto en magasin ou de les voir chroniqués dans les magazines nationaux, de pouvoir participer à quelques dates de la tournée d'adieu de Seven Hate avec deux groupes Prehisto en support (Flamingo 50 et Lack Of Reason) ou Mind The Gap au mondial du snow ; d'avoir fait ma première grosse tournée à l'étranger avec Flamingo 50 et Lack Of Reason. Il y a tellement de bons souvenirs que je pourrais t'en parler durant des heures. Au niveau désillusion, c'est certainement le split de Second Rate qui m'a le plus marqué. Au final je tire un bilan positif de la période Prehisto car parti de rien je suis arrivé à faire du chemin avec ma structure, certes à ma petite échelle mais c'était déjà pas si mal.

Quels sont les cinq groupes que tu aurais aimé accueillir, dans la mesure du possible, dans l'écurie Prehisto ?
Au niveau des groupes que j'aurais aimé accueillir, le seul qui me vient réellement a l'esprit c'est Seven Hate.
De quels disques es-tu le plus fier pendant cette période Prehisto ?
Je suis fier de tout ce que j'ai sorti même si avec le recul tout n'était pas si parfait.
Je sens que tu vas utiliser ton joker mon pote : y-a-t-il des disques que tu regrettes d'avoir sorti ?
Comme je viens de te le dire je ne regrette rien chaque disque est une histoire différente musicale et humaine donc pas de regret, je pars du principe que chaque expérience est unique.

Parlons de la fin de Prehisto (snif...). Quand, comment, pourquoi ?
J'ai décidé de mettre fin au label quelques mois après la sortie de l'album posthume de Second Rate : Last days of glory usé par les problèmes financiers liés à notre distributeur United Music qui a mis la clef sous la porte sans nous régler six mois de vente et bloquer nos disques durant un an après leur faillite à cause de sombres histoires de loyer qu'ils n'avaient pas payé (pour le stockage des disques). Bref j'en ai eu ras le bol de tous ces problèmes et j'avais besoin de vacances, mais je savais quelque part que j'allais faire autre chose et que c'était juste une pause car la fin de Prehisto était lié a une malhonnête injustice finalement c'est devenu un acquis car je suis devenu ultra vigilant.

The Pookies - Band Tu es revenu aux affaires avec un nouveau label, Dirty Witch en 2004 si je me trompe pas. Combien de temps s'est écoulé entre les deux labels ? Et ce nouveau nom de label, c'est en référence aux soirées arrosées avec les deux petits frères Follain qui se déguisent ou ça n'a aucun rapport ?
Le projet Dirty Witch a débuté tranquillement en septembre 2004 et c'est réellement concrétisé avec le pressage du premier album de Sons of Buddha et sa sortie mi-janvier 2005. C'est Ed qui m'a donné le déclic en me proposant de sortir leur disque je ne peux que le remercier de m'avoir remis en selle. Entre les deux labels il s'est écoulé environ un an et demi. Le nom Dirty Witch n'a aucun rapport avec les deux travellers dont tu me parles je l'ai cherché tout seul. Par contre c'est vrai qu'ils sont forts en déguisement mais je te garantis qu'ils sont encore meilleurs en technique de maquillage, si un jour tu veux te déguiser en chat, fais-leur signe !

Tu bosses tout seul pour Dirty Witch ? Quelques collègues secrets et payés à coup de bières ?
Je bosse tout seul sur le choix des groupes, la promotion et la gestion. Hormis ces aspects charnières de la vie d'un label, il y a aussi toutes les personnes qui apportent une couleur et une identité à nos sorties grâce à leurs connaissances : les oreilles affûtées d'Alexandre Borel et Chris Arnaud du Warm Audio à Décines (69) qui ont signés la quasi globalité de nos enregistrements et pour la partie graphique Ulrich Totier et Damien XXX prod qui ont réalisés les pochettes des derniers Bad Chickens, ISP et Sons of Buddha. Il y a également quelques amis qui donnent des coups de mains ponctuels pour être par exemple bénévoles sur les soirées Dirty Witch, notamment nos copines (qui sont plus responsables que nous), ce sont les pièces maîtresses de ces soirées. Bien entendu c'est un vrai travail d'équipe sans aucun doute.

Pour la première référence du label, tu frappes fort : Sons of Buddha, le projet de Ed et Forest (tiens tiens, les frères Follain !). Tu te doutais, au moment de sortir le skeud, que le groupe durerait et enchaînerait un nouvel album dans ton écurie ?
Tu sais dans la vie on n'est sûr de rien, personne ne maîtrise son destin à 100 % étant donné le tempérament quelques peu imprévisibles des deux coquins, tout était possible. Si je ne m'avance pas trop, Sons of Buddha c'est un peu la récréation pour Ed, Forest et Pat, je pense que ça reste important pour la longévité du groupe. Je suis très fier que ce nouvel album soit sorti sur notre structure et en plus je suis fan de la personnalité de chaque membre, ils ont mon respect éternel ! Le petit dernier en date Buddha hates us all s'est fait attendre ; les premières démos ont été réalisées durant l'hiver 2006 mais ça valait le coup notamment au niveau des arrangements qui apportent un petit plus sur le disque, les retours sont vraiment bons et le public a l'air content de les voir sur scène, que demander de plus..

En regardant les skeuds produits par Dirty Witch, à part Underground Railroad, je remarque que tous les groupes présents dans ton écurie sont implantés dans ton coin (Bad Chickens, SOB, The Pookies, ISP) : coïncidence ?
Non ce n'est pas une coïncidence, c'est plutôt normal de donner un coup de pouce en premier temps aux groupes locaux, tant qu'à faire tu commences par regarder à côté de chez toi... ISP et The Pookies je les connaissais déjà bien avant Dirty Witch Records. ISP je les ai découverts en 97 sur des concerts ou festivals locaux. Ils avaient un premier chanteur qui envoyait déjà du bois, le style était quand même plus old school. Si tu veux faire plaisir à Pat, demande lui pourquoi il a arrêté de chanter dans ISP. The Pookies ont partagé la scène avec des groupes Prehisto sur deux, trois concerts entre 2001 et 2002, à l'époque le groupe était plus inspiré par le punk rock californien ... et le rugby. Avec les prochaines sorties, cette image de label régional va être atténuée. Il y en a environ une dizaine de programmées sur l'année 2009.

On ne va pas se mentir, c'est suicidaire d'avoir un label qui sort des disques en 2008 ? Arrives-tu à récupérer tes billes ? As-tu un seuil de rentabilité qui te permet de réfléchir à la sortie d'un nouveau disque/split/compil' ?
L'industrie du disque va mal c'est clair mais ce n'est pas complètement suicidaire d'avoir un label en 2008, la seule différence avec les années 90 c'est qu'il faut arriver à concilier rentabilité et coup de cœur. Dans les années 90, il y avait un seuil ''minimum syndical'' qui n'existe plus, il faut mesurer le pour et le contre sur chaque sortie d'une manière plus pointu, c'est difficile je te l'accorde de faire rentrer en ligne de compte la partie gestion financière et qualité artistique car ce sont deux logiques opposées. Donc je ne suis pas à l'abri de couler la baraque sur deux ou trois sorties coup-de-cœur, vu que c'est évidemment le nerf de la guerre chez Dirty Witch.

Alors, c'est quoi ces projets à venir...
On a pas mal de sorties de prévu comme le split CD Dirty Fonzy | Bad Chickens et les versions vinyles des derniers ISP et Sons of Buddha qui sortent en janvier 2009. Le split Los Dimaggios | Mc Rackins (pop punk venu du Canada) en mars 2009, le premier DVD Dirty Witch en octobre 2009 à l'occasion des cinq ans du label et d'autres albums en cours de discussion.

C'est la fin de l'interview. Pendant sa préparation, je me suis envoyé dans mon casque Moanin de Mother Superior, Buddha hates us all de SOB et Silver and Gold de The Last Brigade. Et toi ?
Pour ma part étant donné que j'ai fait cette interview en plusieurs sessions, j'ai écouté : Screeching Weasel : Television city dream, Teenage Bottle : Rocket device, Hüsker Dü : Metal circus, Jello Biafra with the Melvins : Never breathe what you can't see, Die Hunns : Long Legs, The Twisted Minds : Neo Dogma, Zeke : Death Alley, Iggy and the Stooges : Tellure chaos, Leatherface : Horsebox, Dead To me : Cuban Ballerina, CSS : Donkey, Johnny Thunders : So alone, Turbonegro : Retox.

Bad Chickens | Dirty Fonzy (Split) Sorties Prehisto
Second Rate : Nice line life
No Way Out : Lager
Second Rate : Grinding to dust two years somewhat insane
Second Rate V/s Scuttle : Split CD Scuttle / Second Rate
Mind The Gap V/s No Way Out (Split)
Compilation Pop Core'N
Lack Of Reason V/s Flamingo 50 (Split)
Mind The Gap : The effective human rights battle
Second Rate : Last days of glory

Sorties Dirty Witch
2005 Sons of Buddha : The Devil The Uknown
2005 The Pookies : Stunts fights and mariachies
2005 ISP : Rusty Ambition
2006 Underground Railroad : Twisted Trees
2006 Sampler Dirty Witch V/s Guerilla Asso
2007 ISP | Unlogistic : Old timers (split)
2007 Bad Chickens : Chocolate Box
2008 ISP ISP will rocket you
2008 Sons of Buddha : Buddha hates us all.