Formé en 1992, Dirty Three est un groupe de rock instrumental originaire de Melbourne. Il est composé de Mick Turner (guitare), de Jim White (batterie) et de Warren Ellis (violon et basse). Ce dernier est plus connu pour être membre de Nick Cave & The Bad Seeds depuis la fin des années 90. À cette période, le groupe enchaîne les premières parties de Sonic Youth, John Cale et Pavement. Dirty Three, c'est une histoire expérimentale qui s'écrit en neuf albums studio. Le dernier est sorti avant l'été et s'appelle Love changes everything.
L'album est composé de six titres pour quarante et une minute de son. Vous l'aurez compris, Dirty Three ne cherche pas à s'inscrire dans les standards radio. Sa prestation tient plus d'une performance qui vit et s'éteint librement. Entre eux, les titres portent à peine un numéro différent pour se distinguer. Une façon de dire que Love changes everything est un tout à prendre ou à laisser.
Son amorce se fait dans le son saturé d'une guitare électrique. Autour d'elle, la batterie semble chercher son rythme pendant un moment. Le violon de Warren Ellis est mis en lumière et invite Jim White à accélérer et à cogner plus fort. La mélodie se dégage du chaos et trouve peu à peu son chemin pour monter en intensité. Cet élan est de courte durée. Sur le second morceau, un piano pose une balade tranquille sur des nappes sonores aériennes. 6 minutes 20 d'une ambiance idéale pour se relaxer, fermer les yeux et s'évader. Par la suite, le batteur agite un peu les choses avec des battements calmes et rapides. Mais les notes espacées du piano et les effluves hypnotiques du violon entretiennent la rêverie. Love changes everything déroule et s'enfonce dans les limbes. Mick Turner et Warren Ellis se répondent sur des thèmes de plus en plus lancinants. Sur la cinquième piste, Jim White se charge d'amener un sursaut. Comme au démarrage, le son du trio plonge dans un monde cacophonique loin des repères classiques. Ici, Dirty Three reprend son esprit sauvage et expérimental. Le trio termine avec son titre le plus long. Warren Ellis pose une boucle au violon. Le piano revient avec son jeu espacé. La batterie apporte un jeu rapide qui semble être libre de tout cadre. Tour à tour, c'est le violon, la guitare puis le piano qui se relaient au lead de la mélodie.
Treize années se écoulées sans que Dirty Three ne prenne le chemin des studios. Avec Love changes everything, le trio australien revient avec toujours autant de style. L'œuvre est aussi zen que sauvage. La musique du trio évolue toujours loin des repères. Ils insufflent un mouvement de liberté qu'une oreille attentive pourra apprécier dans le fond de son canapé.
Publié dans le Mag #64



