Marqué par la présence des machines, Battement est un album à ranger "à part" dans la discographie de Demago qui se retrouve en formation "groupe au complet" pour un Camarade X très rock et engagé qui les rapproche de leurs racines et de la référence absolue et inévitable : Noir Désir. Les Parisiens donnent ainsi vie à quelques personnages ("Jim" qui lutte contre la dépression, l'aimée "Sonya", "L'homme augmenté" du futur ou cette "Camarade X" que l'on force à se battre), se racontent à la première personne ("La chute d'Icare", "Il est 8h"), nous interpellent directement ("Le démon", "L'armée des ombres") ou nous poussent à réfléchir sur la société dans laquelle on vit ("Au suivant", "L'hymne à la joie"). Là pour se marier à l'électro le discours était souvent slamé, sur ce nouvel opus, les mélodies reviennent en force, seules quelques chansons sonnent plus directes et "parlées" ("Le démon", "L'homme augmenté"), elles fonctionnent très bien (sur moi en tout cas) et apportent un angle d'attaque différent des harmonies pleines de punch auxquelles on a le droit le reste du temps (le dialoguant "Qui vivra verra" : Il ne faut plus rien dire / Il ne faut plus rien faire / Il faut juste se taire ou le "Au suivant" à l'entrain aussi catchy que le texte est pessimiste). Toutes ces armes sont utilisées pour dépeindre la belle Europe ("L'hymne à la joie"), un titre qui fait écho à "L'Europe" de Noir Désir de par son discours et une de ses phrases clés "Nous travaillons pour l'Europe".
Côté musique, Demago a donc délaissé les samples, la guitare est de nouveau mise en avant (gros riffs et solo quasi à tous les étages) et le couple basse/batterie reprend toute sa place ("Le frisson du vent", "Il est 8h"...). Travaillant et composant en groupe, l'énergie brute comme l'efficacité immédiate sont davantage trouvées, le temps des savants bricolages de sons orchestrés derrière un ordinateur est révolu. Ce n'est que parce que le propos l'exigeait que les outils numériques se sont emparés de "L'homme augmenté", le dernier titre de l'album qui peut paraître comme une somme de toutes les qualités de Demago. Celui qui est mon titre préféré débute par une ambiance froide et machinale assez aérée pour se transformer en déluge de notes qui viennent saturer l'espace avec le renfort de voix tantôt douloureuses tantôt apaisantes.
Alors qu'ils s'étaient un peu éloignés de leurs influences premières, les Parisiens proposent un retour gagnant au "rock français". Camarade X aligne les titres aussi percutants qu'avisés et si le monde dépeint est assez gris, ce n'est pas une excuse pour le subir et ne pas se battre pour lui redonner des couleurs Avec la rage au creux du corps.
Publié dans le Mag #53





