Ben Gibbard (Death Cab For Cutie) à la Salle Pleyel, mars 2023 Ben Gibbard (Death Cab For Cutie) à la Salle Pleyel, mars 2023 Ce soir, je retrouve mon ami et collègue JC, venu illustrer cet article de ses clichés rendant grâce aux artistes. Il ne connaît pas trop Death Cab For Cutie, à peine a-t-il eu le temps d'écouter les classiques du groupe et d'y apprécier l'appétence de Ben Gibbard pour les mélodies accrocheuses. Il valide hautement la qualité du quintet, ce qui me rassure au plus haut point (c'est toujours mieux de photographier un groupe ou musicien qu'on aime, ça met un peu plus d'entrain et le résultat est plus concluant), et cherche déjà ses repères dans une salle qu'il ne connait finalement pas tant que ça. L'équipe de Warner, qui nous a gentiment accrédités (ce qui n'est pas une chose aisée dès qu'une formation musicale reconnue foule les grosses scènes parisiennes), et nous a placés sur les sièges des premiers rangs parterre afin de bien profiter du spectacle. La première partie est assurée par Slow Pulp, un quatuor indie-rock basé à Chicago (mais originaire du Wisconsin) et mené par Emily Massey.

Alors que le public n'est pas encore totalement arrivé (à ma grande surprise, le show ne sera finalement pas complet), la scène est magnifiquement éclairée, le panel immense d'éclairages met spontanément les musiciens de Slow Pulp en valeur. Les Américains, auteurs d'un premier album en 2020 intitulé Moveys, nous plongent dans un bain de rock à dominante pop, calme diront-certains, même si le son de Slow Pulp sa caractérise par moments par un petit côté grungy mis en valeur par des overdrives de guitares nous ramenant à nos meilleurs souvenirs du rock indépendant des années 90. Parfois, certains refrains nous rappellent Weezer, d'autres les Pixies. En somme, Slow Pulp s'inscrit totalement dans la scène indie-pop nord-américaine actuelle aux côtés de Soccer Mummy ou Alvvays, pour ne citer que ces formations à voix féminine. Des ballades calmes se mêlent à des envolées irrésistibles, de quoi mettre l'audience dans de bonnes conditions avant la prestation de Death Cab For Cutie, sans pour autant nous impressionner. Car, bien que le show fut un réel plaisir à déguster, Slow Pulp n'est finalement qu'un groupe de plus dans la longue liste des formations indie rock du moment.

Slow Pulp à la Salle Pleyel, mars 2023 Slow Pulp à la Salle Pleyel, mars 2023 Death Cab For Cutie est probablement parmi les artistes que j'ai le plus écouté ces 20 dernières années. En gros, depuis la sortie de Transatlanticism, l'album de la révélation qui est probablement le plus plébiscité par les fans avec Plans, son successeur. Pour la petite histoire, c'est sur le forum du W-Fenec que j'ai vu la première fois sortir ce nom étrange qui fait référence à une chanson satirique des Bonzo Dog Doo-Dah Band sur leur album Gorilla sorti en 1967. Le début des années 2000 était une époque où une pelletée de groupes indie-pop américains envahissaient les médias spécialisés, tels (au hasard) Pinback, Sunny Day Real Estate, Modest Mouse, The American Analog Set et Pedro The Lion). En septembre 2022, Death Cab For Cutie sort son 10e album, Asphalt meadows. Visiblement fier de ce dernier, la formation a donc décidé de le mettre à l'honneur avec pas moins de 8 titres sur une durée totale de performance de presque deux heures. Ça a laissé du temps à Ben Gibbard et sa troupe de parcourir sa discographie en mettant en avant Plans et Transatlanticism. Une sorte de best-of plus ou moins équilibré, avec toutefois un regret de n'avoir pas pu profiter de quelques titres de Codes and keys, si ce n'est le titre éponyme en fin de partie, qu'ils n'avaient apparemment pas joué sur scène depuis 2018. Ce soir, le groupe arrive en forme olympique, au sens propre comme au figuré, Ben Gibbard est taillé dans un roc depuis qu'il s'est découvert une passion pour le running avec son guitariste Dave Depper (il se dit qu'il court entre 10 et 20km avant chaque concert). Clairement, cela se ressent tant sur la qualité d'exécution et d'interprétation des chansons que sur l'énergie qu'ils apportent au public, même si les membres ne bougent guère sur les planches, hormis le chanteur qui se déplace de temps à autres pour communier avec les autres musiciens.

Entre des titres qui défilent à une vitesse folle, dont les hits "Roman candles", "Cath..." "Crooked teeth", "The sound of settling" ou bien l'inévitable "Soul meets body", se trouvent de véritables épopées que le quintet sait magnifiquement faire valoir. C'est le cas de l'élégiaque "The new year" mais surtout de l'interminable "I will possess your heart", véritable épopée musicale qui à mon sens a été le climax du spectacle, survenu juste après un drôle mais saisissant "I will follow you into the dark" sur lequel le public a partagé le chant en cœur avec Ben seul avec sa guitare pour l'occasion. Sans oublier le final touchant et frissonnant "Transatlanticism" pour conclure sur un des moments les plus intenses de la soirée. Death Cab For Cutie prend une envergure différente en live, si bien que certains titres paraissant quelconques de prime abord (je pense à "Black sun" ou "Pepper") deviennent beaucoup plus intéressants et se mêlent étonnamment bien avec les autres morceaux de la setlist. Est-ce la marque d'un groupe expérimenté et de musiciens chevronnés qui ont su traverser les décennies avec une ferveur inaltérée ? Sans l'ombre d'un doute.