Dead Chic

Dead Chic / Chronique LP > Serenades & damnation

Dead Chic - Serenades & damnation Il est des musiques froides, aseptisées, apathiques ; il en est d'autres trop évidentes, qui sonnent faux, qui transpirent le plan com', copies de modèles déjà éprouvés, de sous-productions formatées. Et puis il y a des univers singuliers, des artistes intègres et créatifs, ceux que j'aime à croire que l'on apprécie et que l'on met en lumière au W-Fenec. Et si je présente ce premier LP de Dead Chic dans ce mag, c'est évidemment parce qu'ils font partie de cette catégorie, celle des musiciens qui ouvrent leurs cœurs, crachent leurs sentiments, vendent leurs âmes. Je suis peut-être un peu trop dithyrambique, mais quand tu lances l'album, tu es attrapé par les oreilles par la voix rocailleuse d'Andy Balcon (ex-Heymoonshaker), prêcheur possédé, entouré de Damien Félix (Catfish, Bigger) à la guitare, Mathis Akengin (Catfish, Alexandrie) aux claviers et Rémi Ferbus (Kimberose, The Electrix) à la batterie, 3 enfants de chœurs d'une paroisse vénérant je ne sais quelle divinité, perdus dans un décor ouest américain.

Car il y a une atmosphère un peu western dans ce Serenades & damnation. Une musique de film à la Ennio Morricone du troisième millénaire, qui mêle ambiance sombre et pesante, rythmique parfois latine, textes majoritairement en anglais, mais aussi en français en espagnol, et même en turc, avec en guest, la voix sensuelle de la chanteuse stambouliote Tuğçe Şenoğul sur le titre "Mirage". Au jeu du classement dans un style musical, on pourrait partir sur un mélange south fuzz latin soul dark rock, qui ne veut pas dire grand chose et démontre bien une certaine capacité à casser les codes et proposer son propre univers. Celui d'un Nick Cave And The Bad Seeds, meneur d'un orchestre mexicain le jour de la fête des morts, se produisant dans un tripot ténébreux, perdu en plein désert. Un album qui te fera passer une nuit au Titty Twister, le fameux bar d'"Une nuit en enfer", où tu pourrais croiser quelques créatures de la nuit.

Après le très bon et trop court premier EP, The Venus ballroom, sorti en 2023, Dead Chic se pose sur la grande scène et envoie 11 tracks à la fois sombres et chics ("Romance", "Pain love joy"), tristes et beaux ("Mirage", "All seasons change"). Tout simplement envoutant.

Publié dans le Mag #63

Dead Chic / Chronique EP > The Venus ballroom

Dead Chic - The venus ballroom À peine 5 secondes, même pas 10. C'est le temps qu'il faut pour écouter l'entame de ce The Venus ballroom, et se tenir soudainement à l'arrêt, comme un chien de chasse qui a vu un écureuil, figé par un son qui sait t'attraper. En 5 secondes, il y a déjà du corps, et en 30 secondes, il y a de l'âme. "You got it", le si bien nommé track introductif : quelques cuivres accrocheurs, les claviers sautillants, la guitare fuzz en appui, une section rythmique parfaite (avec des castagnettes parcimonieuses qui paraissent évidentes, tant elles sont bien distillées), et une voix intense, parfaite, soul blues rock en veux-tu, eh ben voilà....et c'est juste le premier titre.

Dead Chic, à l'origine, c'est la rencontre entre Andy Balcon et Damien Félix. Le premier, Londonien, surtout connu pour avoir fait partie du duo Heymoonshaker, avec Andy au chant et à la guitare et Dave Crowe en human beatbox. Le deuxième, jurassien, également connu pour avoir fondé Catfish et Bigger et dont nous avons déjà parlé dans le W-Fenec. Ils sont rejoints par Rémi Ferbus pour la batterie et Mathis Akengin pour les claviers, et l'équipe est au complet. Et avec ce quatuor, il va y avoir de la chaleur, des larmes, de la sueur, des bousculades, des empoignades, de l'intensité, des chuchotements, des cris, du sexe. Bref, il y a de la vie dans Dead Chic. Peut-être parce qu'Andy sait chanter comme un Tom Waits qui va poser ses tripes dégoulinantes d'émotions sur la table, peut-être parce que Damien sait maîtriser le fuzz de sa guitare comme un forgeron sait couver le feu, peut-être parce que Rémi peut enflammer ses fûts comme gronde le tonnerre, peut-être parce Mathis propose pour chaque titre une partition originale à la mélodie qui fait mouche. Sûrement parce que ça sonne diablement original, comme une bande son d'un western composé de la musique d'Osees rencontrant quelques mariachis, un brass band, quelques bluesmen et folkmen égarés. Et tout ça, dans seulement 6 titres ? Ben ouais, quand y'a du niveau, l'affaire peut être pliée en moins de 30 minutes. Bon les Dead Chic, faut vite retourner en studio, ou tourner dans les salles, il m'en faut plus !

Publié dans le Mag #55