De Staat - band 1 La première fois que j'ai entendu parler de De Staat, c'était à la télévision. Une émission intitulée "L'Oeil de Links" sur Canal+ parlait du vidéo-clip de "Witch doctor" et de son making-of. Un clip génialement réalisé par le studio Smack, spécialisé en animation, sorte de mélange entre un circle-pit dans un concert de punk-hardcore et une trance soufiste.
Peux-tu nous reparler de ce clip, qui je pense a bien dû aider De Staat à se faire connaître ? C'est toi qui as eu l'idée de ce clip?

En fait, "Witch doctor" est vraiment basée sur une danse très typique des Pays-Bas qu'on appelle "hardcore" ou "gabber", c'était très populaire chez nous dans les années 90. Les dévots de cette danse, qu'on appelle les gabbers, rasaient leurs têtes et adoptaient cette manière spécifique de danser. Ca a commencé avec l'idée d'une salle remplie de gabbers, avec moi au milieu dans le rôle d'un "witch doctor" qui les contrôle au fur et à mesure que la chanson avance. Le texte de ce titre parle de la manière dont les gens peuvent suivre aveuglément quelque chose ou quelqu'un, juste par le biais du feeling, sans fondement scientifique. Dans la chanson, je parle spécifiquement de la médecine alternative, mais ca concerne aussi tous ces groupes de personnes qui en suivent d'autres à l'instinct, que ca soit en terme de politique, de religion ou tout ce que tu veux. Donc, partant de ce principe du culte des gabbers, on a incorporé les danses religieuses dont les cercles soufistes dont tu parlais, et d'autres traditions qui utilisent ce mouvement de masse dans leur culture, dont le kecak indonésien ou les fameux grands spectacles de masse en Corée du Nord. J'ai pas mal été inspiré aussi par certains politiciens et leurs façons de parler en public, et puis également par le personnage campé par Di Caprio dans "Le loup de Wall Street".
Bref, toutes ces choses nous ont amené à la simple idée de me mettre dans un rôle de démagogue, debout au milieu d'un groupe de dévots qui se ressemblent, les emmenant dans mon monde fou.

Avec O, on garde l'aspect circulaire aperçu sur ce clip. Pourquoi l'utilisation de cette lettre pour le nom du nouvel album ?
Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, nous avons entièrement enregistré l'album en formant un cercle, l'un à côté de l'autre. J'ai pas mal remarqué aussi que mes textes faisaient référence au cercle : tourner en rond, se répéter, rencontrer toujours les mêmes problèmes. Et puis la lettre O évoque aussi le néant, le zéro. Il semblait y avoir cette thématique involontaire dans toutes nos nouvelles chansons. Et puis nous voulions faire un album très simple, clair, propre, sans trop d'artifice, tout le contraire de notre précèdent disque I_CON qui était assez riche et dense. Il était temps pour nous de faire quelque chose de plus léger. Donc ce nom traduit très bien l'univers de cet album, et puis on peut le prononcer dans toutes les langues et il peut être utilisé de différentes manières, quand tu es surpris, déçu. J'aime bien ça.

O sort finalement un peu plus d'an après votre EP Vinticious versions. Est-ce que l'on peut considérer que cet EP était un prélude à O ou le postlude de I_CON ?
Ni l'un, ni l'autre. C'est ni une entrée, ni un dessert, mais plutôt un snack ! On a enregistré cet EP pour s'amuser. Toutes ces versions retro de nos chansons étaient destinées au départ à des petits concerts chez des disquaires ou autres. Mais vu la façon dont ca a pris auprès des gens, on a décidé de les mettre sur disque, juste pour les fans. Ca a pris une semaine environ, on a sorti cet EP quelques temps plus tard et, au final, l'engouement autour a été plus important qu'on ne le pensait.

De Staat - O On ressent tout le long de O une constante humeur positive, du moins musicalement. Est-ce que c'est la facette de votre personnalité, d'être positif ? Ou De Staat est pour vous une thérapie ou tout simplement un moyen de s'évader des emmerdes de la vie quotidienne ?
Je ne suis pas certain que ce nouvel album soit dans son ensemble d'une humeur très positive, mais je comprends parfaitement pourquoi tu ressens ça en l'écoutant. En vérité, j'adore écrire sur des trucs sombres en y mettant une perspective amusante ou ironique. Par exemple, quand t'écoutes "Make the call, leave it all", elle est du genre à te remonter un peu le moral, ca sonne joyeux, alors qu'en fait je chante le fait que la vie peut être d'un ennui profond. "Peptalk" (NDLR : "discours d'encouragement" en anglais) sonne comme son titre l'indique, mais je parle de la fin du monde. Donc, tu vois, je ne dirais pas que c'est positif au sens classique. D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi mes paroles ne sont pas plus positives (rires).

Quel adjectif(s) pourrais-tu me donner pour décrire la musique de De Staat ?
Excentrique, bruyant, pop, étrange, sombre, dansant, lourd, sucré, brut.

Quelles sont les comparaisons les plus folles ou ridicules que tu as entendues à l'égard de De Staat ?
Rien de bien fou étant donné qu'on pompe de partout. Donc nous comparer à tout aurait bien plus de sens au final.

De Staat signifie "l'État". Mais à quel État fais-tu référence ?
Tous les États ! La chose cool avec notre nom, c'est que c'est court et clair mais large de sens. Et ca implique quelque chose de grand, comme un État quoi ! Puissant et bien organisé.

Vous venez de Nimègue aux Pays-Bas, qu'est-ce qui se passe de beau là bas ?
C'est une ville étudiante, il y a donc pas mal de truc à faire. Elle a une activité musicale importante, plus que la moyenne je dirais. Ce n'est pas super grand mais t'as une tonne d'endroits pour te détendre et passer du bon temps. Comme je dis toujours : "Nimègue est assez grande pour avoir assez à faire, et assez petite pour ne rien faire".

Depuis 2008 et votre premier album Wait for evolution, on peut dire que De Staat n'a pas perdu de temps et s'en est très bien sorti. Vous tournez avec dEUS dès le premier album, vous êtes introduit par Chris Goss de Master Of Reality au label Mascot records, vous avez joué dans de grands festivals, vos chansons sont utilisées pour des jeux vidéos, dernièrement vous avez tourné à Muse. Qu'est-ce qu'il manque à De Staat aujourd'hui ?
On adorerait tourner davantage à travers l'Europe et les autres continents. En fait, j'ai l'impression qu'on est juste en train de commencer.

En dehors de De Staat, tu as le temps de faire d'autres projets ? On se souvient d'une élégante reprise de "Firestarter" de The Prodigy.
Oui, j'en ai plein ! J'ai réalisé deux EPs en langue néerlandaise avec Roos Rebergen, j'ai produit des albums comme Ponzo de Janne Schra et parfois des trucs en solo comme cette reprise de The Prodigy. Mais je préfère me concentrer sur la carrière de De Staat tant qu'on est au top. Il n'y a pas tellement de groupes que ça qui peuvent avoir ce privilège de jouer autant en salle et en festivals que je préfère savourer ça pendant qu'il est encore temps. Je ferai d'autres choses plus tard avec d'autres personnes.

De Staat - band 2 Pour terminer l'interview, tu vas me répondre sans trop réfléchir à ces petites questions :

La dernière chanson qui t'as trotté dans la tête ?
"Boom boom boom boom" de Vengaboys, c'est vraiment une chanson de merde qui te rentre bien dans le cerveau, mais là je n'arrive pas à me l'enlever de la tête.

La dernière chanson que tu as composée ?
C'est une chanson qui n'a pas pu rentrer sur le dernier album car je n'ai pas eu le temps de la terminer. Elle s'appelle "Psycho reggae". enfin, c'est son titre de travail.

Le dernier matériel musical ou instrument de musique que tu as acheté ?
C'est un système sans-fil pour ma guitare. Désormais, je n'ai plus besoin de câble, yeah !

Le dernier concert que tu as fait ?
C'était au Pinkpop

Le dernier concert que tu as vu ?
Je suis allé voir Janne Schra, elle jouait pour un concert de charité.

Le dernier fou-rire ?
Oh, surement ma nana qui devait faire la conne. Elle peut être vraiment être très drôle parfois.

Le dernier chagrin ?
Voir des idiots agressifs à la télévision

Le dernier film que tu as vu ?
X-Men : Apocalypse. C'était bien sans plus, assez bon pour être diverti en tout cas.

Le dernier livre que tu as lu ?
"Utopia for realists" de Rutger Bregman

Le dernier disque que tu as écouté ?
O de De Staat. Je te jure que c'est vrai.