Contemporary Noise Sextet - Ghostwriter's joke Quand il s'agit de nu-jazz cinématique, on pense bien souvent aux néerlandais The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble... ou aux polonais du collectif Contemporary Noise Sextet/Quartet/Quintet, tant il est à géométrie variable. Les gens du label Denovali Records hébergeaient depuis quelques temps déjà les premiers nommés, pas étonnant donc qu'ils s'occupent également de la destiné des seconds cités, qui en sont à leur quatrième album studio à l'heure où sont rédigées ses lignes. Et alors que le label allemand s'est mis en tête de rééditer les trois premiers efforts du groupe pour coïncider avec la sortie de ce Ghostwriter's joke, on va commencer par ce-dernier pour coller à l'actu avant de chroniquer leur disco à rebours. Tant pis pour la chronologie.

Ceci étant dit, le jeu des ressemblances s'arrête rapidement là, tant le Contemporary Noise Sextet pratique une fusion jazz, certes éminemment cinégénique, mais surtout très organique, assez rock, expérimentale mais bien moins sombre que celle de leurs contemporains du TKDE. Les néerlandais explorent les finesses d'un darkjazz sombre, tortueux et électroniques, les polonais ne prennent que le côté alambiqué des structures qu'ils enchevêtrent autours d'une ligne de conduite free-jazz orchestrée autours d'instruments qui jonglent entre eux à l'infini ("Walk With Marylin", "Morning Ballet"). Une musique de virtuoses, extrêmement volubile de part ses arrangements foisonnant de subtilités souvent bien dissimulées, et une trame "scénaristique" qui joue avec les images qu'elle instille en nous.

On sent le collectif désireux de s'amuser avec ses effets de style, rendant de fait l'album assez insaisissable ("Is that revolution sad?") mais qui pourtant parvient systématiquement à retomber de lui même sur ses accords jazz. Expérimental, mouvant, avant-gardiste et paradoxalement parfois classieux (notamment l'élégant "Old Typewriter"), même si on est à loin d'Erik Truffaz entendons-nous bien, The Contemporary Noise Sextet se plaît à brouiller les pistes, entre musique klezmer et nu-jazz aux fulgurances de grande classe ("Chasing Rita"). Et s'il se loupe sur un "Norman's mother" à la répétitivité rythmique plus que poussive, c'est pour finalement se rattraper avec un final de très haut volée et l'électrisant "Kill the seagull, now !" qui permet une nouvelle fois au groupe d'échapper à toute tentative de classement musical, fatalement réducteur pour lui. En même temps, ces gars-là donnaient dans l'emo-hardcore il n'y a pas dix ans... La classe en sommes.