Commodor - Sunken garden Après un premier album en tous points ébourriffant, on pouvait légitimement penser que les Commodore (qui ont apparemment ajouté une lettre à leur patronyme sans que l'on sache pourquoi) signeraient chez une belle machine indépendante leur permettant de livrer un deuxième album dans des conditions optimales. Pour les conditions, ça aura été le cas, pour ce qui est d'un label indé de référence, on repassera. Les genevois ont préféré donner dans le DIY absolu, fabriquant patiemment dans leur coin un album livré dans un élégant vinyle limité à seulement 250 exemplaires. Et puis... c'est tout.

Dommage et frustrant, parce que ce Sunken garden aurait mérité une diffusion un peu moins, disons "confidentielle" que celle qui lui a été réservé, d'autant que s'il se révèle bien différent de son prédecesseur, il n'en demeure pas moins tout aussi excellent (on le dit on le répète jusqu'à ce que ça rentre) que Driving out of focus. Et au moins aussi brillant de par ses qualités d'écriture et d'exécution. Formellement, ce deuxième disque des suisses ne respire plus l'urgence sauvage des débuts et a laissé de côté la production bien sèche et rapeuse du premier opus pour quelque chose de bien plus travaillé, ciselé et maîtrisé en tous point de vue. Quelque chose de plus produit, c'est le mot qui s'impose lors de la première découverte de "Sunken garden of the Hesperides".

Un rock synthétique où l'électronique épouse les formes d'une noise vénéneuse et subtile qui dévoile ses attraits encore et encore jusqu'à nous faire succomber, ce titre inaugural est une pépite de plus à mettre à l'actif d'un groupe décidément excellent à quasiment tous les coups. La suite est d'autant plus déstabilisante qu'elle voit le groupe abandonner de longues minutes durant les sphères rock pour une matière sonore enfantée par les machines ("Rogue waves"), une semi-réussite (ou demi-échec c'est selon), bientôt effacée par "Afterglow". Un modèle de songwriting racé, dompté par des lignes de guitares acérées et une basse volubile avant que "Sex-hungry mutations", quatrième et (déjà) dernier titre de ce très court album (moins d'une demi-heure), ne vienne définitivement sceller le sort de ce trio définitivement pas tout à fait comme les autres. Court, trop court, mais vraiment bon. Et jamais trop.

PS : l'album est en écoute via le lien ci-dessous.