Codeine - When I see the sun Ils avaient érigé la lenteur indie-rock désenchantée au rang d'art, ce slowcore/sadcore dont ils s'étaient fait les chantres pendant seulement cinq années (mais tout de même 2 albums + 1 EP cultes) comme un mantra, juste le temps de passer à la postérité. Les revoici se reformant comme tant d'autres, quelques dix-huit années après, livrant au passage une luxueuse Boxset 3xCD/6xLP compilant l'entièreté de leur discographie (agrémentée de démos et quelques inédits) sur un seul objet collector. Vu le prix de l'objet et son caractère limité, forcément la promo ne pouvait pas nous l'envoyer mais nous a quand même gratifié d'un sampler compilant une quinzaine de titres histoire d'avoir quand même un aperçu très correct du contenu.

S'il est par conséquent bien difficile d'avoir une vision complète de l'oeuvre du groupe quand on ne la connait pas dans le détail (on fait avec ce qu'on a), le résultat fait office de "best-of" non-officiel et pour une fois, sa légitimité est de fait avérée, d'autant que les Codeine délivrent des compositions à la classe décidément intemporelle ("D", "Loss leader", "Realize"). Des morceaux portés par des mélodies habitées et grésillantes comme une frappe puissante qui cadence un ensemble sonnant évidemment terriblement 90's (logique non ?). On s'offre un beau voyage dans le temps mais preuve de la qualité des américains, leur slowcore ne sonne aucunement daté. Peut-être est-ce l'époque qui veut ça, mais leur rock indé aux teintes légèrement shoegaze sur les bords sonne étrangement actuel, tout comme l'amplitude mélodique et les murs de réverb qui envoient l'auditeur dans une dimension parallèle.

Le chant n'a peut-être pas toujours été le point fort du groupe ("Broken-hearted wine", "Hides" en témoignent parfois cruellement), mais les atmosphères qui se dégagent de sa musique sont, elles, d'une élégance racée étourdissante. Un peu comme si l'alliage de ces voix incertaines, de cette frappe de batterie particulièrement aride, ses riffs lourds mais explosifs (pour de l'indie-rock s'entend) et de ses boucles sonores réverbérées sans cesse ("Jr", "Barely real", "Castle"), parvenait à créer ce quelque chose de quasi précurseur en son genre. Non, en fait, c'est sans doute cela : Codeine est surtout devenu culte au fil des années et ce n'est que maintenant que le groupe est reconnu comme majeur (bon d'accord depuis quelques temps déjà...) mais à l'époque de sa première carrière, météoritique certes, le groupe était finalement peut-être un peu (trop ?) en avance sur son temps ("Washed up", "Cave in", "Smoking room"). Et à l'heure du revival 90's occupant toujours plus nos platines (cf : Chokebore, Rival Schools, Shipping News...), le retour aux affaires des new-yorkais est peut-être l'un des plus pertinents du moment.