Clutch - Earth rocker Earth rocker, plus qu'un titre d'album, une punchline stoner-rock en soi, une véritable profession de foi pour l'un des plus efficaces représentants du genre. Voilà, on arrête là ou on continue? OK on continue. Parce que c'est ce qui transpire d'un premier titre éponyme qui permet à Clutch de se dégourdir les riffs sans trop en faire, on donne dans le classique, le rock pur et dur aux relents stoner qui sentent la rocaille, au groove opiacé qui envoie façon "minimum syndical". Faut être honnête, à l'instar de ce qu'il propose sur la suite immédiate, avec "Crucial velocity", le groupe ne se foule pas trop et s'en tient strictement à ses acquis pour combler les inconditionnels du genre, tous déjà acquis à sa cause.

Et comme ce ne sera pas suffisant bien longtemps, il enclenche la machine à "coolitude" à partir de "Mr Freedom" et ensuite lâche définitivement la bride pour redevenir le mètre-étalon de sa catégorie avec un "D.C sound attack" qui envoie du rêve par pack (de bières) entiers. Un feeling incroyable (et pourtant on est habitués), un charisme vocal de fou(s), des lignes instrumentales qui balancent, Clutch est définitivement de retour au sommet avec un titre en forme de hit absolu ; et donne la leçon à l'interminable cohortes de suiveurs qui viennent s'engouffrer dans son sillage. Taulier de sa catégorie musicale, il n'a pas grand chose à faire pour reléguer la concurrence bien loin derrière lui. Et si celle-ci se rapproche un peu trop, un coup d'oeil dans le rétro, un petit coup d'accélérateur et on expédie un solide "Unto the breach" dans les écoutilles. Et puis? Bah, c'est un peu tout en fait...

Sans surprise (en bien comme en "mâl(e)"), Earth rocker, toujours sorti sous la propre bannière du groupe (Weathermaker Music), s'offre une petite ballade (aussitôt écoutée, aussitôt oubliée) avec "Gone cold", avant de remettre les gaz (en sourdine toutefois) sur "The face". Là est le gros point noir de l'album, à savoir que si Clutch n'a rien perdu de son exceptionnel savoir-faire, il est clairement en panne d'inspiration bluesy/funky et se contente d'un cocktail rock/stoner certes burné mais extrêmement conventionnel. A l'image de morceaux aussi convenus que "Book, saddle and go" ou "Cybord bette" pour lesquels, les américains donnent l'impression de reproduire à l'infini des formules rock bien électriques et fuselées certes, mais déjà entendues mille fois par ailleurs. Tout en les appliquant avec deux classes de plus que ses contemporains toujours... Evidemment il suffit de dire cela pour qu'ils lâchent un "Oh, Isabella" au gimmick rock'n'roll furieusement fédérateur avant de conclure sur une note toute aussi groovy avec "The wolf man kindly requests..." électrisant à souhait, pour finalement se dire que Clutch reste encore et toujours fidèle à lui-même (un peu trop même...).

Sans doute parce que les grands groupes ne déçoivent jamais vraiment.