Chelsea Wolfe - Abyss Alors, celui là... comment dire ? Je l'attendais pas forcément, il m'est tombé dessus entre deux découvertes d'albums sympas mais sans plus, et puis BAM ! Claque de cow-boy dans la tronche, high-kick circulaire façon MMA catégorie Super Heavyweight, coup de boule en loucedé au gré des pistes. Bref, ce nouvel album de Chelsea Wolfe risque de se retrouver dans le top des sorties musicales de l'année tant il semble difficile pour un artiste aujourd'hui de concevoir un disque aussi abasourdissant et touchant au plus haut point, et ce de A à Z, sans fauter ne serait-ce qu'une seule seconde. Voilà pour l'extatique enthousiasme expansif, venons-en au fait maintenant.

Je tiens à préciser pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette Californienne, que sa musique est loin de respirer la joie de vivre. En même temps, avec un titre d'album et un artwork aussi explicite, difficile de se planter sur les intentions de la demoiselle. C'est plutôt d'un appel à l'aide et plus particulièrement de troubles du sommeil que la prêtresse du folk-drone témoigne sur Abyss. Une façon pour elle de ne pas s'oublier dans toute cette noirceur en amalgamant avec entrain les styles (doom, electro, post-rock, folk, rock goth, expé) et en contrastant les champs d'expressions comme sur l'introductive "Carrion flowers" où les sons électro saturés se mêlent à la voix sublime et satinée de Miss Louve. Deux ans après un Pain is beauty également très réussi, Chelsea Wolfe accompagnée de sa troupe de mecs (dont Mike Sullivan de Russian Circles), continue de sublimer la noirceur en musique, qu'elle soit oppressante ("Iron moon", "Dragged out"), anxiogène ("After the fall", "The abyss"), salvatrice ("Maw", "Crazy love") voire flippante avec un "Color of blood" dans lequel la chanteuse semble s'être prise une mandale tant sa diction est altérée par moments.

Ces onze titres d'un peu moins d'une heure au total démontre un état proche de la neurasthénie, sa froideur et sa lourdeur assumée magnétise avec facilité et agilité l'auditeur. En effet, et cela peut paraître paradoxal, Abyss s'écoute et se digère sans trop de difficulté, Chelsea Wolfe jouant ainsi la carte du contraste équilibré entre la sensation de claustrophobie et l'espace abyssal. Notons la préciosité des arrangements et le traitement parfait sur la voix de Chelsea qui ne tombe pas commodément sous l'opulence d'effets. L'album se clôt avec "The abyss" rappelant le Third de Portishead mais aussi que l'Américaine est souvent hantée par le fantôme de Beth Gibbons. Noir c'est noir, il y a toujours de l'espoir.