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A l'origine, c'est entre Lyon et Saint-Etienne qu'évolue Calavera, n'hésitant pas à sillonner les routes, en quête de salles alternatives, pour insuffler son rap. Et ce, depuis 2001, ou quelque chose comme ça. Totalement indépendant, sur une ligne politique radicale, lucide de son temps, Calavera a participé à des compilations de soutien, à des splits et voit sa discographie marquée par deux EP's et un album, entre lesquels s'intercale un 2-titres au format 45 tours (vinyl donc). Premier de ces maxis, L'humanité combat a vu le jour en 2003 tandis que Briser les citadelles apparaît en 2005. Confectionnés en DIY total ces deux disques en viennent à être épuisés, et parallèlement à la préparation d'un premier album, sont réédités accompagnés de titres publiés de façon éparse sur la Discographie 2001-2005. C'est l'occasion d'avoir une vue d'ensemble des travaux de Calavera et de se rendre compte de sa pertinence. Alors que Spleen & idéal, le 45 tours, enregistré en 2005, parait en 2006 : un joli objet autant à écouter que regarder. Faisant partie du Collectif Mary Read aux cotés de Nergal, Ben, Trauma et Mina, Calavera donne des concerts en leur compagnie et les membres du collectif interviennent mutuellement dans leurs productions discographiques. Début 2007 signe l'arrivée du premier album de Calavera, épaulé sur plusieurs titres par ses amis du Collectif, A travers spleen & mascarades via Fight For Your Mind, Kawaii Records, D'Ici à La Réalité, Maloka, Les Créations du Crâne et FZM. Un album dont les superlatifs (me) manquent pour le qualifier. Bref, qui ne laisse pas indifférent... [ [fr] collectifmaryread.free.fr: site du collectif (111 hits)External ]

Calavera / Chronique LP > A travers spleen & mascarades

Calavera - A travers spleen & mascarades Voilà près de deux ans que l'album de Calavera a vu le jour, quelques mois en moins qu'il est en ma possession. Et autant dire qu'il ne m'a presque jamais quitté. Inutile de le marteler mais il suffit de se référer à l'article précédent pour s'en rendre compte, Calavera m'a d'ors et déjà marqué à jamais et A travers spleen & mascarades continue de sonder le fond de ma pensée sur bien des points. Et peu importe si un soutien, aussi futile soit-il, apparaît si longtemps après la sortie du disque. Puisque le propos de Calavera détient cette magnifique portée universelle, intemporelle, hors du temps. Le temps, vous savez cette notion, cette convention, si bien élaborée par les tenants du pouvoir et concrétisée par une horloge et un calendrier. A suivre et à respecter pour ne pas sortir du rang. Force est de constater que ce temps qui s'écoule aussi impitoyablement donne raison aux flots d'idées dont nous abreuve si superbement Calavera.
Quelques titres composant cet album sont tirés de la période de la Discographie 2001-2005 (on retrouve le sublime appel à l'autonomie "Nous sommes" en fin de tracklist, réarrangé pour l'occasion) mais l'essentiel y est postérieur à 2005. C'est donc l'occasion de suivre le cheminement interne de son auteur principal, qui, sans voyeurisme aucun nous fait largement part de ses désillusions, qu'elles soient d'ordre politiques ("alors, je suis allé là où je croyais être mon camp, voir comment ils et elles vivaient ce présent [...] j'ai pas franchement envie de me battre ni avec ni pour ces gens, l'extrême-gauche a même des doctrines sur le sexe et pourrait te fliquer...") ou plus personnelles ("vu ce que je peux faire de ma vie, je ne peux être innocent à tout ça [...] effroi, car rien ne change, toujours le même constat d'échec, du barbelé dans les échanges comme quand on assassine les poètes." ou "on ne se défend plus pareil quand la dépression nous prend, rien ne sert de courir, rien ne peut se garantir [...] se corrompre ou se perdre sous les feux du mensonge"). Car Calavera nous laisse fébrile après les premières écoutes de la galette. On cherche les attaques frontales, les déflagrations des "Grenade incendiaire", "Feminista", "La relève", "Brigate rosse" et autres "Antifasciste" faisant si bien claquer les mots et les beats auparavant. Mais ce n'est pas dans cette voie qu'a été orienté cet album. Certes, "Comment ils font ?" (un poil trop linéaire, seul reproche à formuler face à soixante minutes de très haut vol) ou "J'observe" (excellent s'il en est) dissipent une énergie folle, tant textuelle que par les instrus insérés, sauf que le passage sous tranquillisants en apparence (et seulement en apparence !) de la forme révèle une évolution pleinement réussie, sur le fond. Petit à petit les couplets vampirisent l'esprit, deviennent des évidences, secondés par des instrus plus que léchées ("Sorti-e-s de l'ombre", "Vision atone", "La route, la fin, la mort, la haine, la vie, l'envie", "2004, dehors il pleut" pour ne citer qu'elles...). Tour à tour, Calavera libère l'amertume accumulée comme il le concède lui-même sur "Epaule cassée" ("chacun écrit son requiem avec plus ou moins de passion [...] je ne descend plus dans la rue pour me sentir exister, y'en a trop qui vont en manif' comme au supermarché [...] les gens sont réactionnaires et ne veulent pas de la liberté, t'as qu'à te dire révolutionnaire et ça les fera rigoler [...] tirer dessus, c'est ce qu'on t'apprends des boîtes de marketing à l'armée"), la suite de "Epaule solide - le poing fermé revendiquera" publié quelques années plus tôt ; défend ses idées ("pas apprivoisés, pas apprivoisables, vous aurez beau nous matraquer, vous n'aurez rien chez nous de rentable", "la paysannerie peut crever, productivisme est leur devise, tu sais, on va tout urbaniser, tout transformer en marchandise, couper les aides pour la recherche, on veut des moutons pas de matière grise, Europe du capital [...] UE qui veut de la main d'œuvre pas chère et de la casse sociale") ; flirte avec une poésie toute aussi réaliste que consciente de son époque ("Des hommes se relèvent des décombres de Jéricho jusqu'à Belgrade, le glaive s'évade, la rêve va avide, s'envole dans les dédales d'inusables pierres qui se dégradent" extrait de "Résonance de fin de monde - cynique utopie du désastre") ou fait carrément preuve d'états d'âmes, à fleur de peau, au bord de l'intimité, splendidement exposés ("inapte au bonheur sûrement, sentiment de néant persistant, il n'y a rien à construire ici mais tout détruire en hurlant"). Mais Calavera n'oublie toujours pas d'apostropher vigoureusement ceux qui le valent bien ("moi c'est sûr que je ne finirai pas en sale poseur sur un fond de ville américaine, non mes rêves ne sont pas les tiens, que tu sois petit bourge du centre de Lyon ou galérien prolétarien, quand l'endoctrinement fait feux, il n'y a peu de chance que ta classe ou ta race puisse agir en pare-feux, vu ton éduction religieuse ou républicaine puisque de toute façon aucune des deux ne répudie la haine") ou, contrairement, d'expliciter sa démarche ("loin de paillettes, loin du show-biz, des valeurs de la haute-bourgeoisie [...] tout est échange et le faire soi-même, sans sponsor, en totale autonomie, c'est dans la pulsion de la rencontre que, ma vie, je tente de dessiner").
Sorti en catimini (1000 exemplaires) il y a de nombreux mois, il ne doit pas rester une grande quantité d'exemplaires neufs de cet album (ou alors espionnez les revendeurs d'occasion), servi dans une splendide pochette en carton, accompagné de trois posters contenant les paroles (et dessins) et cédé contre une poignée d'euros. Aussi marginal soit-il, naviguant dans une fange des plus radicale, A travers spleen & mascarades est un album de rap lucide, d'une noirceur inouïe mais toujours combatif, le noir de la pochette prenant le pas sur sa rougeur. D'une intégrité sans faille Calavera distille ses pensées libertaires tout en recouvrant ce disque d'une personnalité forte. Et parvient à créer un lien magique entre introspection et ouverture sur le monde... Hors du commun et indispensable !

Chronique Compil : Calavera, Discographie 2001-2005