Première question et pas la plus compliquée : pourquoi ce nom Cabron ? Quels rapport entre un trio stoner rock belge et un bouquetin espagnol (le terme "Cabron" signifiant également benêt en espagnol) ?
Jo : Le nom vient du film Traffic de Steven Soderbergh (et évoque plus précisément une scène avec Benicio Del Toro se déroulant Mexique). Après avoir vu encore ce film, pendant quelques semaines, j'ai joué qu'avec ce mot Cabrón. Quand nous avons changé de local de répèt et vu que ce nouvel endroit était mieux organisé il nous fallait un nom pour nous inscrire. On était de mauvaise humeur et je me rappelle que Alejandro était à côté de moi. Nous nous sommes regardés... Cabrón était né.

cabron_promo.jpg Comment vous êtes vous rencontrés tous les quatre ? Racontez nous un peu la conception du groupe et tant pis pour les détails croustillants.
Alejandro : L'histoire commence en février 2003 quand Jo Reynders a eu envie de former un groupe un peu plus à son goût. Il jouait déjà avec ses frères Erwin et Pé dans les groupes Triptych et avant ça Heibel (22 ans de rock 'n rollage fraternel !). Jo avait reçu une démo d'une ami du groupe El-Fuse ainsi que du fait que le groupe s'était séparé et parce qu'il aime le son de mon voix, il a décidé de me contacter pour faire quelques "jam sessions". On a tellement aimé qu'on l'a fait une deuxième fois. La deuxième fois Erwin était déjà là. Très vite on a commence a écrire et a faire des concerts avec Atomic Bitchwax, Biffy Clyro...
J : Je voulais commencer de nouveau un groupe avec un son compact et lourd, sans trop de structures complexes. La première année nous jouions comme un trio. Après avoir "testé" sans succès quelques guitaristes et parce que notre premier grand concert avec Therapy? allait avoir lieu, nous avons convaincu mon frère Pé de nous joindre.

Je me suis toujours demandé, sans jamais avoir l'occasion de poser la question, pourquoi pas mal de groupes sortaient des albums éponymes à leurs débuts ? Est-ce par manque d'idées, par une volonté délibérée de trouver sa propre identité ? [Pas de chance, elle tombe sur vous cette question foireuse]
A : C'est plutôt parce que avec ce premier album on se montre à un public beaucoup plus large que seulement celui qui nous vous voit dans les salles de concert. Nous trouvons donc que ce n'est pas une mauvaise idée de laisser le nom dans le centre d'attention.
J : Certainement pas par manque d'idées. Ce n'est pas un disque avec un concept. Il n'y a pas de message, la disque est plutôt notre carte de visite, "Bonjour, nous sommes Cabron !". Compact et fort !

Vous sortez votre premier album chez Buzzville Records, qui est un peu une référence en Europe pour ce qui concerne la question stoner et vous êtes devenus au passage les fers de lance de cette scène rock belge. mais quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ce style de musique ?
J : La racine musicale de mes frères et moi est le hardcore (Heibel 1985-1990). Chaque groupe dans ce genre était nouveau et différent pour nous... nous aimions l'énergie, le "power" de ces groupes. Par exemple Hüsker Dü, B.G.K, Negazione, Government Issue, No Means No, Victims Family mais aussi Motörhead, AC/DC jusqu'à Zappa. Ces influences musicales t'accompagnent durant ta vie. Quand j'avais vu un concert de Scream - avec un jeune Dave Grohl derrière la batterie - ma préférence pour le son lourd, fort et compact de la batterie était née. Le son de bass de mon frère Erwin a été influencé (entre autre) par No Means No, Barkmarket, Unsane ou Jawbox. C'est deux choses sont le 'core'/corps de notre groupe! Alejandro, le "bébé" du groupe, vient d'une génération musicale totalement différente. Mélange tout cela dans une grande casserole et tu as Cabrón : fort, lourd et catchy... musique en fonction d'un drive que nous avions aussi avec nos chansons instrumentales durant l' époque de Triptych.

"Question, je suis un mec de chez Universal Music", comment décririez-vous votre musique avant que je ne pose une oreille dessus ?
Les deux ensemble : Arrête tes conneries et écoute le putain de disque !

En parlant de fers de lance de la scène belge, j'imagine que vous devez connaître Kube. Que pensez-vous d'eux ? Ils ont sorti un très bon album il y a quelques mois et ont donc fait des débuts convaincants. Y a t il une forme de rivalité entre les groupes lorsque ceux-ci tentent de faire leurs premières armes et de percer ou vous pensez qu'il y a de la place pour tout le monde ?
A : Quand on aime ce qu'on fait (ce qui est le cas avec tout les membres de Cabrón) et qu'on partage cette même passion pour la musique que d'autres groupes, on a quelque chose qui nous connecte. Nous ne voyons pas pourquoi nous devrions être des rivaux.
J : Tout à fait. Dans ce milieu alternatif du rock on se serre les coudes et nous essayons vraiment de se soutenir. Kings of Things To Come, Cloon, Boogerman, Balderdash, Killbots. Voilà c'est dit.

cabron_promo_2.jpg Lorsque l'on écoute votre album, on pense inévitablement aux QOTSA (Queens of the Stone Age NDLR) et aux Foo Fighters, car même si vous avez votre propre identité, on ressent véritablement une influence. Vous assumez ?
A : Il est inévitable d'être mis dans une 'case'. Inconsciemment tout le monde le fait. De toutes façons pour nous c'est un véritable honneur d'être comparé à des gros calibres comme QOTSA ou Foo Fighters. Merci !

Dans le même ordre d'idées, l'intro de "Burden", m'a quand même bien fait passé à celle (très fun) du "My Sharona" des Knack. J'imagine que c'était un hommage volontaire, je me trompe ?
J : Avec la mélodie de "My Sharona" cette chanson n' a rien à voir. Tout le monde a ses interprétations différentes de chaque numéro. C'est inévitable parce que chacun à une différente bibliothèque musicale dans sa tête. Je me rappelle que durant Triptych il y avait des gens que pensaient à Pearl Jam... eh bien... non merci.
A : Ah oui ? Tu te trompes, c'est en fait un hommage à Freddy Mercury de Queen, mais merci quand même.

Ca s'est passé comment votre arrivée au sein de l'écurie Buzzville ? Vous aviez participé à la compilation Rock'n roll Boulevard Vol I quelques mois auparavant.
J : Après avoir enregistré notre démo, les gens de Rock'n'roll Radio (structure basée en Belgique) nous donnait l'opportunité de sortir un 10'' avec Los Natas. Le premier dans une série de 10" d'autres groupes (notes de l'auteur : dont notamment un avec Monkey3 et Hypnos 69 très récemment).
Il y avait déjà des négociations pour éventuellement sortir notre premier album sur ce label, mais nous voulions prendre notre temps avant de décider. Entre-temps nous mettions une chanson sur la compilation de Buzzville. Peter et Patrick de Buzzville Records étaient présents durant notre concert avec les suédois Pilotos à Anvers. Ils nous aimaient et nous ont offert un contrat. Leur façon de travailler et la très bonne distribution nous ont convaincu de sortir chez eux Cabrón.

A propos de cette compil, le morceau qui y figurait est le titre "Parascending", un titre qui se révèle vraiment différent du reste de l'album. Plus long, plus complexe, moins urgent et rock'n roll que les autres, il se rapproche plus d'un morceau de Monkey3 par exemple. c'est quelque chose que vous referez à l'avenir ?
A : En fait "Parascending" est une chanson de Triptych qui était restée au congélateur quand le groupe a cessé d'exister et qu'on a décongelé et adaptée par ici par là.
J : Mes frères et moi sont de vieux "cabrons". Il y a 17 ans, Triptych (1990-1998) avait déjà sortis des nombreux morceaux instrumentaux : "Pater iratus est", "Revenge of the Boctor", "Aïsha" ou "Triptych", chacun d'entre eux avec un "drive" irrésistible. L'avenir nous dira si nous prendrons de nouveau ce chemin...

D'ailleurs, concernant votre avenir, quels sont vos projets pour l'année en cours ? Vous verra-t-on en France dans les prochaines semaines ?
J : On espère jouer un maximum. Un peu partout, les petites salles ainsi que les grands festivals en Belgique, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et plus loin. Mis à part les concerts il y a aussi les radios, les chaînes de télé et autres sites spécialisés. Studio Brussel nous donne finalement un peu d'"airplay", ce qui n'est pas vraiment évident pour un groupe comme le notre. Et nous pensons d'enregistrer un clip et bien sûr un nouveau disque.

Quelle question auriez-vous aimé que je vous pose pour conclure cette interview ?
J : Est-ce que je peux vous présenter vos fans féminines françaises aux seins de rêve?
A : Vous voulez tout mon argent comment ? En coupure de 100€ au 50€ ?