Bukowski - strangers Bukowski sont des coquinous. Alors que certains de leurs précédents albums (Hazardous creatures ou Amazing grace) débutaient par une entrée en matière vigoureuse et abrupte (tu avais à peine effleuré le bouton "play" qu'une créature jaillissait de la boîte pour te sauter à la gorge et te dévorer la jugulaire), voilà-t-y-pas que l'entame de Strangers la joue très tranquille. Quelques notes de guitare, un coup de grosse caisse, une basse à la mesure, tout cela accompagnant un chant susurrant et doux, comme un instant tout en plénitude mélodique. Étonné, je m'interroge : Est-ce le changement de line-up avec le départ de Fred Dusquesne pour Mass Hysteria, remplacé par Clément Rateau qui a calmé les ardeurs de la bête ? Est-ce l'obligation de passer par une plateforme de financement participatif (Ulule) pour boucler cet album qui les a assagis ? Deux minutes de supputations personnelles stupides sur les raisons de ce début de LP, quand une bestiole m'attrape à nouveau par le cou ! Putain, la créature est toujours là ! Elle était planquée sous cette brume vaporeuse anodine ! ...et ça fait plaisir de la revoir !

Donc, l'entité Bukowski a gardé sa hargne. Ses crocs sont même plus longs et plus affutés que lors de précédents albums. Un peu heavy rock, un peu plus hardcore avec des breaks aériens sympathiques, des séquences plus heavy, voire quelques rythmes punk. Clément Rateau amène plus de diversité sur la partie guitare et offre une palette de riffs en mode menu gastronomique, le chant de Mathieu Dottel, mélodique et puissant, est parfaitement complété par son frangin Julien qui pousse ses growls et joue les choeurs pour rajouter un zeste de violence ; et Timon Stobart qui a rejoint le groupe en 2014, alterne les rythmiques et les breaks à la batterie. 10 titres pour 10 morsures bien senties, enregistrées sous la houlette de Francis Caste (AqME, Cowards, Kickback).

Avec le changement de guitariste, l'appel au crowdfunding, Bukowski expliquait qu'ils voyaient cet album comme un nouveau départ. S'il reste très cohérent avec la discographie du groupe, Strangers a effectivement un truc en plus. Plus riche, sans faute, plus imparable, sans monotonie, c'est une pièce maîtresse dans la boutique des Buko. De là à dire que c'est donc un album qui doit avoir sa place dans ta discothèque, c'est d'une telle évidence, que je ne prends même pas la peine de le dire. Mais bon, je le dis quand même.