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Interview : BRNS, ntrvw BRNS #2 (mars 2022)

Interview : BRNS, Interview avec un cerveau (nov. 2017)

BRNS / Chronique LP > Celluloid swamp

BRNS - Celluloid swamp Dans la vie d'une formation musicale, nombreuses sont les évolutions qui la traversent. Elles peuvent être à peine décelables (Motörhead ou AC/DC sont les groupes qui me viennent spontanément à l'esprit), mais la majeure partie du temps elles sont bien présentes, c'est ce qui d'ailleurs peut diviser les fans (on les entend souvent d'ailleurs parler d'un "avant" ou d'un "après" suivi du nom de l'album qui marque le ou les changements). Ce n'est pas anodin, à vrai dire, c'est même tout à fait logique puisque l'être humain n'est pas chimiquement fait pour tout aimer. Et puis, il y a une autre catégorie d'évolution qu'on pourrait appeler, sans se casser la tête, une révolution. Soit parce que le groupe change ses membres, ses kits d'instruments, son style musical, son producteur, ou tout simplement sa manière de redéfinir sa créativité. C'est exactement là où se situe BRNS avec Celluloid swamp, son dernier album sorti en novembre dernier chez Yotanka.

Il y a quatre ans, Sugar high montrait déjà les signes d'une volonté de franchir un nouveau palier, de s'éloigner progressivement de cette pop sombre un peu monolithique pour expérimenter de nouveaux amalgames sonores. Et puis, les premiers singles de Celluloid swamp ont commencé à se montrer sur la toile, à commencer par "Familiar". Ce dernier est un morceau assez particulier puisqu'il s'agit d'un titre aux relents électro/hip-hop partagé avec Les Hommes-Boîtes, pas vraiment un registre habituel pour les Bruxellois. J'étais clairement perplexe à ce moment-là, "Suffer" a suivi ce processus de teasing et nous découvrions alors un groupe s'acoquinant avec le RnB. Encore une surprise qui laissait pantois. C'est véritablement avec "Money", troisième single, que j'ai retrouvé un peu le BRNS que j'avais laissé avec Sugar high. Et encore ! Ce morceau me plaît beaucoup car il me rappelle sur certains passages les travaux de Dirty Projectors, une formation qui elle aussi a considérablement changé de visage après Swing lo Magellan. Peu avant la sortie du disque, le superbe clip animé de "Get something" me convainc définitivement de découvrir la suite.

Celluloid swamp est un disque à part dans la discographie de BRNS pour plusieurs raisons qui sont plus ou moins importantes. La première, vous l'aviez surement deviné, c'est son style beaucoup plus coloré et bigarré qu'auparavant (pop, rock, Rn'B, electro, hip-hop...) qui est dû à la fois à la prise de liberté que s'est permis le quatuor et l'élargissement de ses influences. La deuxième raison, et non des moindres, c'est sa production. Enregistré à New-York par Alexis Berthelot, Celluloid swamp a énormément bénéficié du backline du studio G d'où cette mise en avant des claviers et des voix, et il s'agit objectivement du meilleur son qu'ait pu bénéficier le groupe à l'heure actuelle. La troisième raison n'a peut-être pas eu d'influences sur ce disque mais en aura à l'avenir, c'est l'arrivée d'une nouvelle claviériste, Nele de Gussem (Future Old People Are Wizards), dont on peut entendre le talent vocal sur trois morceaux.

Court, efficace et pétillant, Celluloid swamp déroute sur les premiers instants, puis ses couleurs nous charment progressivement. La variété de cette galette permet aussi de combattre une certaine forme d'ennui qu'on peut avoir quand les morceaux deviennent un peu trop consanguins. Mais il est regrettable de faire la fine bouche quand on se fait livrer dans nos écoutilles des superbes compositions tels que "Get something" (cette deuxième partie absolument frissonnante !), le dodelinant "Suffer", la touchante "Inverted", l'indomptable "Profound pressure" ou encore le morceau final entraînant "Off you go daddy".

Publié dans le Mag #50

BRNS / Chronique LP > Namdose

Namdose Plusieurs mois après la sortie de 421, album commun avec Piano Chat délivré sous le patronyme Braziliers, les Ropoporose refont l'actualité par le biais d'une autre collaboration, cette fois-ci avec le trio belge BRNS. Ayant déjà participé ensemble a un split vinyle 45 tours en avril 2016 lors du Disquaire Day, grâce à l'appui de Richard Gauvin, programmateur des Rockomotives mais également manager des Ropoporose, c'est via la Belgique et le festival des Nuits du Botanique que cette fusion a pu opérer. Le quintet BRNSRPPRS a bossé un répertoire exclusif pour cet événement puis au fil du temps a voulu graver tout ce travail sur disque. En février dernier, le groupe devient officiellement Namdose par le biais d'un premier enregistrement sorti conjointement chez Yotanka et PIAS. Six plages musicales d'obédience rock et pop au sein desquelles les mélodies détendent l'atmosphère et l'énergie qui s'en dégage donnent la force de se lever un lundi matin.

Le parti-pris de cette nouvelle formation a été d'élaborer des chansons relativement dans l'urgence (une douzaine de jours de travail effectif ont suffit pour écrire cette oeuvre) en faisant une confiance totale au jam et en puisant dans les maquettes de chacun pour combler le manque d'idées et contrer les effets stressants d'une deadline trop pressante. Ainsi, "All that you have" devait potentiellement devenir un morceau de Ropoporose et "Wake up" un de BRNS, et la question de l'influence d'une entité prenant le pas sur l'autre sur les morceaux est quasi palpable (au minimum, sur les morceaux cités ci-dessus), cela n'endommage aucunement la cohérence de ces derniers et Namdose se révèle être un supergroupe de choix. Il est assez d'ailleurs surprenant de constater, après bien des écoutes analysées, que ce disque n'a absolument pas à rougir de sa version scénique, raison pour laquelle le groupe s'est réuni à la base de ce projet.

Ceci étant dit, et je le répète une nouvelle fois, c'est littéralement sa force mélodique, l'énergie de ses morceaux rayonnants, sa perméabilité et son immédiateté qui lui confère autant d'importance que ça soit sur disque ou sur scène. Namdose, c'est six pièces aux humeurs différentes menées par la voix juvénile de Pauline et celle prenante de Timothée, une pop intrépide aux chemins tantôt escarpés ("All that you have"), bosselés ("Off the hook") ou sinueux ("Fast") qui sait aussi faire l'éloge d'une agréable douceur que ce soit par intermittence ("Wake up") ou non ("You can dance"). À écouter d'urgence.

Publié dans le Mag #37

BRNS / Chronique LP > Sugar high

BRNS - Sugar high Révélé sur les planches européennes depuis son premier disque Wounded sorti en 2012, suivi de près d'un premier album ambitieux à l'allure sombre nommé Patine, le quatuor Belge BRNS passe sereinement la troisième phase de son aventure pop à haute teneur en surprises avec un Sugar high magique et sensitif. Largement assez pour le faire rentrer dans la catégorie des meilleurs albums sortis en cette année 2017, cette nouvelle œuvre est la première depuis le départ de César, leur claviériste, parti fonder Mortalcombat avec Sarah Riguelle, son acolyte dans Italian Boyfriend, son side-project établi depuis 2013. Bien qu'ayant participé à la composition de ce dernier disque, il a été remplacé depuis par Lucie, ex-claviériste/guitariste chez feu Arch Woodmann, ainsi BRNS reste paré pour porter haut la voix de la pop harmonieuse et fantasque belge.

Soigné aux petits oignons avec le support de Tommy Desmedt (The Tellers, Girls In Hawaii), les dix titres de Sugar high défrichent les sentiers pas encore assez battus de la musique pop hybride, celle qui ose les patchworks gracieux et distingués (au pif : électro, synth-pop, rock bricolé, post-rock), celle qui aime rebattre les cartes en se permettant de rendre délectable des structures qui pourraient s'avérer casse-gueule à la première écoute. BRNS a retenu visiblement la leçon de son exigeant et (trop ?) homogène Patine pour choisir le parti pris d'une formule plus rentre-dedans, plus directe et limpide en quelque sorte, de façon à éveiller les sens de chacun tout en offrant cette chance de pouvoir se dandiner sérieusement sur leur musique.

Et dès les premières minutes du disque, on est déjà comblé par la force de frappe émotionnelle de "The rumor" (oh, tiens, des voix féminines ! Dans le mille, ce choix) puis de la trépidante "Pious platitudes". Ça démarre très fort, la suite n'est que confirmation : "Ishtar" mêle imaginaire romantique, harmoniques crues, et effets excentriques ; "The missing" respecte les formats pop plus classiques tout en restant intensément vibrante ; "Damn right" sommeille en mettant en œuvre les claviers du groupe ; les sons de synthés et la voix de tête agaçante à la longue d'"Encounter" font de lui l'un des titres les plus tourmentés avec "Sarah", sorte de Bon Iver version 22, a million ; "Forest", rituel pop divin, éclaire le génie de BRNS qui enchaîne en versant toute sa mélancolie sur "Sunday afternoon", à en chialer, puis vient clore Sugar high par des mélodies cristallines disparates ouvrant "So close" qui se mutent en magma sonore bourdonnant donnant la parole à des chœurs perdus dans l'espace. C'est purement jouissif et le pire c'est qu'on ne s'y attendait pas. Imprévisible de bout en bout, ce troisième album de BRNS est éblouissant et devrait s'imposer comme une évidence auprès d'un public averti.

Publié dans le Mag #30