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Boneyard interview (déc. 2015)

Le W-Fenec a rencontré Boneyard Moan à l'occasion de la release party de leur premier album, Lies and moonshine, qui se déroulait le 11 décembre au 915 kaffe à Nancy. C'est après leur balance et pendant leur pause pizza que Fred (Batterie), John (guitare/chant) et Max (basse) nous parlent de blues, des difficultés de faire du rock en ville, et de religion. Une interview courte réalisée juste avant un concert puissant comme on en n'avait pas vu dans le coin depuis un bail.

Boneyard Moan Boneyard Moan Vous présentez votre premier album ce soir, vous le sentez comment ?
Fred : Ben ça va, on a bien répété ! [rires] (Ndlr : le groupe a fait trois bonnes heures de balance). Non c'est cool on est content de rejouer à Nancy et de présenter l'album. (Le portable de Fred sonne) Merde ! Ma Maman ! Pas grave, je ne réponds pas.
John : On a déjà joué ici pour l'ouverture du 915. On était juste en acoustique, Fred et moi.
Fred : Donc ça fait plaisir de revenir au 915 aussi.

Pourquoi vous faites du blues ?
Fred : Oh ben parce que... (Son portable sonne à nouveau). Fais chier ! [rires] Bon attends, je réponds.
John : Why le blues ? Good question ! J'ai commencé à écouter le blues quand j'avais 16 ans. Pour moi, c'est la musique qui est à la racine de toutes les formes de musique. J'ai joué avec un autre groupe dans lequel Fred jouait aussi. Je l'ai quitté il y a cinq ans. Après j'ai repris la guitare acoustique et c'est là que j'ai commencé à jouer un peu de blues. J'en ai fait un peu avec Fred et puis au final on s'est lancé sur la formule batterie / guitare électrique. Je reviens toujours à la guitare électrique.
Max : Donc ils ont voulu une basse, c'est là que je suis intervenu.

Comment vous vous êtes rencontrés toi (John) et Fred avant que Max n'arrive ?
Max : Au Medieval Pub à Nancy. Moi je jouais souvent là-bas avec Fred justement pour Raymond (Ndlr : Raymond Court Toujours, le groupe de chansons paillardes de Max et Fred) et puis c'est là qu'on a croisé John.
John : Ouais, en gros on a bu dans le même bar... [rires]

John, toi qui viens d'Écosse, qu'est-ce que tu penses de la scène ici à Nancy ?
John : Ici ? Yes ! It's Okay ! Il y a pas mal de bons musiciens ici. C'est un peu différent, chez nous il y a plus de répétitions, des fois en Écosse il y a des groupes qui jouent au même endroit toutes les semaines ou tous les mois. Mais ici en France les traditions sont différentes, si tu joues dans un bar tu n'y rejoueras pas avant six mois. Et ça c'est un peu chiant. Pour moi ça empêche un peu le développement de la musique en ville, à Nancy. La plupart des concerts que les gens font ce n'est pas en centre-ville c'est dans les villages.

Tu trouves que ça bouge plus en campagne qu'en ville ?
Fred (qui vient de revenir) : Ben je pense qu'il y a des salles où tu te fais moins emmerder par les voisins.
Max : Dans l'absolu, ça joue sûrement plus en ville. Sauf qu'en ville il y a des contraintes qu'on n'a pas à la campagne. La contrainte de l'espace déjà, du genre « vous venez mais sans votre batterie parce que ça fait trop de bruit ! ». Moi quand ils font un plan comme ça je ne me déplace pas avec la basse parce que ça sert à que dalle, c'est plus acoustique. Bref, des questions de dimension de scène, de bruit et de cachet tout simplement ! Les mecs dans les bistros en ville pour eux un cachet standard genre 100€ c'est le bout du monde quoi ! Alors qu'à la campagne quand tu te pointes à un festival tu arrives à avoir un cachet correct. C'est notre boulot la musique. Donc aller jouer pour un connard qui va se faire du blé sur la soirée et sur ton dos alors que lui il va te payer à coup de pompe dans le cul, c'est non ! Nous on trouve de meilleures conditions surtout dans les milieux ruraux où sur des scènes comme ici au 915 où c'est plus intéressant.

Comment vous avez réalisé la pochette de l'album ?
Fred : C'est John qui l'a dessinée et Romain (Ndlr : ingé son et claviériste du groupe, également membre des Dirty Work Of Soul Brothers avec Fred) a fait les couleurs sur Photoshop, etc... Je crois que ça le représente un peu, enfin il en parlera plus que moi.
John : Je l'ai juste fait avec des stylos. C'est à l'image du blues vraiment. Apparemment les mecs jouaient souvent dans les cimetières parce que tu pouvais y faire du bruit toute la nuit sans emmerder personne. Et des fois il y avait le diable qui arrivait. Voilà c'est la légende un peu. Donc c'est venu comme ça. Just my imagination quoi.
Fred : Et c'est là qu'on s'est rendu compte des talents de dessinateur de John. Moi je ne savais pas du tout. [rires] Il m'a montré le truc je lui ait dit que c'était génial. On a demandé l'avis un peu autour et tout le monde nous disait que c'était cool.

Boneyard Moan Boneyard Moan Vous avez enregistré au TOTEM, et en live...
Fred : Ouais juste le guitare / basse / batterie, après on a quand même ajouté des petits solos, etc... On voulait enregistrer live parce que John est issu de ça, un clic ça le fait chier.
Max : C'est parce qu'il ne sait pas jouer avec un métronome. [rires]
Fred : L'EP on l'avait déjà enregistré dans un garage à Jarville. Et là vu que Romain avait la possibilité d'avoir le TOTEM, on a choisi ça comme ça, on pouvait se voir dans une grande pièce avec une superbe reverb. Voilà on s'est dit « pas de clic, comme en live, rock'n'roll, 3-4 »
Max : C'est ça, c'est surtout l'idée de l'espace, l'idée de pouvoir être dans une salle où on est tous les trois en visu à l'inverse d'un studio avec des petites salles confinées où tu es au casque et où tu ne te vois pas. Et l'idée de la salle, c'était aussi de pouvoir laisser les amplis, dans le micro de la caisse claire par exemple tu entends la guitare et la basse en fond. Du coup, ça donne un rendu différent d'un truc capitonné.
Fred : Et du coup il y a vraiment pas de tricheries par rapport à ce qu'on fait en live, même si il y a des imperfections, c'est vraiment ce que l'on vaut repris sur le disque.
Max : Sinon on aurait fait de la techno ! [rires]
Fred : C'est cette énergie-là qui nous plaisait, pas de chichi. Après c'est un choix, moi je sais que sur certains morceaux je me dis que j'aurais mieux fait de prendre le clic. Mais bon après ça bouge, c'est vivant, il n'y a pas de gros pains. C'est un peu comme un live quoi.

Et le TOTEM a fermé depuis...
Fred : Ah ben ça, ça fait chier à mort. Dès qu'il y a moyen de fermer un établissement, ils ferment, on le voit bien, il y a eu le TOTEM et plein d'autres établissements avant.

Il y a pas besoin de Phillipot pour ça quoi...
Max : C'est ça. Déjà la culture est pas forcément dans son meilleur jour, elle est globalement malmenée. D'autant plus, et on en revient à ce qu'on disait tout à l'heure, dans les milieux urbains que dans les milieux ruraux, ça c'est certain ! En milieu rural, il y a cette volonté d'arriver à sauver la vie locale et du coup quand on lance des initiatives. Je le vois avec mon école (Ndlr : Max intervient en milieu scolaire pour faire de la musique avec des enfants) quand tu lances un truc, tout le monde te pousse au cul parce que du coup tu crées quelque chose en pleine cambrousse. En ville tout le monde gueule parce qu'il se passe rien mais dès que tu mets un coup de caisse claire dans la rue, tout le monde gueule parce que ça fait du bruit, et pis que ça fume et pis gnagnagna. Les gens sont des cons !
Fred : Ouais. Et puis il y a des endroits qui sont sensés accueillir la scène actuelle Lorraine et qui ne le font pas. Enfin je parle de...
Max : L'Autre Canal (Ndlr : La SMAC de Nancy) vas-y, balance !
Fred : Bref, il n'y a plus trop d'endroits où jouer par ici. C'est pour ça qu'on est content que le 915 nous accueille, c'est cool. Mais bon à part ça, y a plus grand-chose. Enfin si y a le Quai' Son mais le son est pourri, le Réseau c'est pareil les conditions ne sont pas tops. C'est pas facile, quoi. Faire un vrai concert de Rock à Nancy, à part ici, je ne vois pas.
John : Mais il y a le Red Corner près de la Cathédrale qui vient d'ouvrir, je sais pas si tu connais ? Je suis passé à St-Nicolas il y avait un groupe de blues c'était pas mal.
Romain (qui vient de débarquer avec un masque coquin) : Je peux jouer comme ça ce soir ? [rires]
John : Oh, ma biche !
Max : Pas de problème ! [rires]

Boneyard Moan Boneyard Moan Votre album est un peu plus rock, plus puissant, que l'EP. C'est voulu ?
Fred : Ouais, on voulait une basse depuis quelques temps. Et le fait qu'il y ait la basse ça ouvre d'autres possibilités, des morceaux comme "Golden calf" ou "Six white horses" ne sont pas jouables à deux, ou en tout cas c'est moyen. Et le clavier, c'était pour rajouter de la couleur.
John : Enfin sur l'album il n'y a qu'une chanson avec du clavier. Max a joué un peu de guitare et un peu de banjo.
Fred : Mais c'est vrai que c'est un peu plus puissant.
John : Oui, oui ! Mais en même temps il y a des morceaux qui datent de la même époque que l'EP. Donc ce ne sont pas les chansons qui ont changé, mais peut être un peu le traitement des chansons. Et puis avec la basse, c'est un peu plus lourd.

Vous avez fait un truc un peu spécial avec Holly Molly, qui fait très chant d'esclaves, on entend même des chaînes...
John : Ouais, c'est un morceau très très traditionnel. On a décidé ça au TOTEM aussi.
Fred : On a cherché des sons, on a trouvé une grosse plaque en tôle que je frappais à la main, j'ai chopé une chaîne, tapé dans les mains. On voulait un délire un peu Gospel. Ouais, c'est un hommage aux racines du blues.

Il y en a qui disent que vous faites de la musique de dépravés, vous leur répondez quoi à ceux-là ?
Fred : Ah bon ? Je savais pas qu'on disait ça de nous !
Max : Non, il fait référence aux attentats du Bataclan ! [rires] Moi je pense que les religieux sont des cons. Les gens qui ne sont pas capables d'avoir une opinion par eux-mêmes, c'est juste des gros blaireaux. Que ce soit des musulmans, des catholiques. parce qu'on en a eu la preuve avec cet espèce de connard de curé de Lyon qui a dit « toute façon ils méritaient que ça les fans de death metal c'est des satanistes ! ». C'est bien ! La religion c'est de la merde, point final.
John : Justement on a fait une chanson, "21st century blues" et c'est ça le sujet de la chanson. Dans le premier couplet je parle des cons qui font du terrorisme et dans le deuxième je parle des cons qui, au fond, ont tout commencé. Ils commencent des guerres partout, ils font des conneries partout, les Américains et même le Royaume-Uni et la France font des conneries partout ! Et des fois, il y a des conséquences. Il y a des connards des deux cotés en fait, pour moi. Parce qu'il y a beaucoup beaucoup de monde mort là-bas sans raison.
Fred : Ouais, c'est un débat qui est trop long. Moi je pense que ce qui s'est passé ça fait chier, et ouais les extrémistes c'est des gros cons... on peut rien dire de plus. Ils ont juste pris une cible où c'était facile de rentrer. Moi je pense que toute la culture, même extrême, a le droit d'exister et puis que ça ne reste que de la culture et du divertissement et les gens qui prennent ça au sérieux et qui font chier... c'est des cons.

Je vous laisse le mot de la fin, les gars !
John : Je voudrais juste ajouter que je suis fier de faire du blues, et de jouer de la musique Old School aussi.

Merci à Boneyard Moan de m'avoir accordé du temps pendant sa pause repas, merci au boss du 915 Kaffe de m'avoir laissé m'infiltrer pendant les balances et merci enfin à Fred de m'avoir dégoté une pizza en urgence.

Photos : Elie

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