bonbon noir On t'a connu chanteur de Flying Pooh, quel lien peut-on faire entre cet univers et celui de Bonbon Noir ?
Le lien que l'on peut trouver entre Flying Pooh et Bonbon Noir est la dimension cinématographique qui lie ces deux univers. Les ambiances et les compositions de Flying Pooh étaient des trips. Beaucoup de changements de rythme, de thèmes épiques, peu de compromis. Le son vous renvoyait à l'image. Bonbon Noir est un concept album, la bande originale du roman éponyme. Il y a cette fois ci un cadre précis. Un univers détaillé. Mais la musique est très évocatrice. Les références cinématographiques sont bien présentes comme Lynch ou Morricone. Il fallait de grands thèmes pour accompagner le combat d'Anita Black !

Flying Pooh s'adressait plutôt à un public "jeune", peut-on apprécier Bonbon Noir à 15-20 ans ou il faut clairement avoir au moins 40 ans ?
Flying Pooh s'adressait aux fous, aux marginaux. Loin des suiveurs et des tendances. Aucune limite créative, aucune retenue et aucune limite d'âge. On avait aussi de très vieux fans qui aimaient le côté Zappa, Beefheart. L'énergie est désormais différente, mais finalement, il y a des points communs : l'univers Bonbon Noir s'adresse aux personnes curieuses, aux décalés, à tous ceux qui aiment qu'on leur raconte des histoires. Ceux qui grattent. Aucune notion marketing. Il n'y a pas de "cible". Et très important, nous avons toujours tout fait tout seul. Avec toute la passion, et les sacrifices que cela peut représenter.

Le projet prend la forme de dessins, de musique et d'un roman, quel est le point de départ ?
L'histoire du Bonbon Noir démarre à la fin de la tournée Never slow down du dernier album des Flying Pooh. Deux membres du groupe souhaitaient faire une pause. Nous n'étions donc plus qu'un batteur, deux guitaristes et moi-même. J'ai commencé à écrire une nouvelle. J'en ai parlé aux autres. Je leur ai dit que ce serait bien de réaliser la bande originale tirée d'une histoire. Le sujet leur a plu. Nous avons commencé à composer. Rek a monté son studio d'enregistrement. Il a pris la direction artistique musicale du projet à bras le corps.

Les œuvres se sont-elles construites en même temps ?
Passionné de cinéma et de bandes dessinées, j'ai rencontré plusieurs illustrateurs qui ont décidé de nous accompagner dans l'aventure Bonbon Noir. Entre temps, Nathalie Thery, éditrice, a lu le texte. Elle a vu le potentiel du projet et elle m'a guidé. Au bout de quatre ans, nous avions donc un premier LP, un roman, et des dizaines d'illustrations pour exprimer l'univers de Bonbon Noir. Très important aussi, le sceau Bonbon Noir dessiné par Matt qui est batteur mais aussi graphiste qui porte tout l'univers du projet.

A part "auteur" et "chanteur", quel est ton rôle dans ce projet ?
Je suis le créateur du concept Bonbon Noir. J'ai écrit le roman. J'ai travaillé en lien direct avec tous les illustrateurs et je suis auteur au sein du groupe dont Rek est le principal compositeur. C'est vraiment un projet collaboratif. Une œuvre pluridisciplinaire protéiforme. Il y a trois chapitres au projet. Le roman, la musique et les illustrations... et on espère aller plus loin. Un audio book, un film, et plus encore.

Pourquoi avoir autant de pseudos différents ?
(rires) Necker, Satanus, L. Erwan Kern... autant de personnages qui m'habitent. Autant d'évolutions et de périodes de ma vie. Les membres du groupe, et tous mes proches amis m'interdisent tous les stimulants. J'ai un cerveau qui ne s'arrête jamais. Toujours en train d'imaginer de nouveaux projets. Essayer de me coucher moins con qu'au lever, rencontrer des personnes qui me tirent vers le haut. Faut rien lâcher, même en 2020.

L'écriture du roman s'est-elle faite en solitaire ou c'est aussi un travail collectif ?
C'est un travail personnel. L'histoire de Bonbon Noir devait être une nouvelle, quelques pages puis Anita Black m'a pris par la main. L'éditrice Nathalie Thery m'a poussé à rendre l'histoire encore plus épique, épaissir les personnages, les ambiances. J'ai été aussi beaucoup aidé par deux relecteurs : Dave, bassiste du groupe et secrétaire de rédaction, et Lady Damiot, une journaliste qui chante sur quelques morceaux. Une aide précieuse, primordiale. J'aurais aimé y passer encore plus de temps. Un roman peut être une histoire sans fin. Vous pouvez ne jamais vous arrêter. Ma tête est remplie de tous ces personnages, ces lieux et ces époques. Ce premier tome aurait pu faire 600 pages.

Les titres de l'album suivent l'aventure d'Anita Black, la musique peut-elle être appréhendée sans le reste ?
C'est indépendant. Mais les personnes qui ont écouté la bande originale après avoir lu le livre ont trouvé ça très complémentaire. Et ça leur a donné envie d'en voir plus. ça les a replongés dans l'histoire. Anita se bat pour survivre, puis pour vivre libre. Les thèmes épiques sont faits pour accompagner son histoire. Et vu qu'elle rencontre un tas de freaks, les thèmes plus étranges "lynchiens" collent bien aussi. Idem pour les illustrations. Chacun a eu une vision artistique différente. La couverture et les dessins les plus aboutis ont été réalisés par Nicolas Le Monstre qui s'est vraiment investi. Histoire, musique, illustrations, Bonbon Noir est un cabinet de curiosité où chacun est libre d'entrer, de tripper et de choisir son chemin.

Les morceaux sont assez doux et font écho au psychédélisme des années 70', ce n'est pas vraiment raccord avec la vie d'Anita à New York, quand on lit le roman, on s'attend plus à du jazz, du blues...
Imaginez Tarantino qui couche avec Lynch. On ne parle plus d'époque mais d'énergie et d'inspirations. Mais il n'est pas proscrit d'avoir un vieux blues agricole ou un jazz psyché sur les prochaines productions. L'amitié et la folie qui nous lient au sein du groupe depuis une vingtaine d'années est une force. Nous sommes libres. Le champ des possibles de Bonbon Noir est infini.

bonbon noir - and so be it anita Une partie de la promo sur internet est en anglais, le livre est-il traduit dans d'autres langues que le français ?
Alors c'est prévu. Mais traduire correctement un texte en gardant les subtilités de langage est très onéreux. Le livre devrait aussi sortir en audio book.

Sans être un livre sur l'histoire, le contexte joue un rôle, tu as fait des recherches historiques sur cette époque ou t'es laissé porter par les représentations culturelles qu'on en a ? Je pense notamment aux travaux de Dorothy Lange ou de John Steinbeck...
J'ai fait énormément de recherches. Sur l'Amérique en 29, et plus spécifiquement New York. Oui les photos de Dorothy Lange font partie des documents de mon "mur" Bonbon Noir. J'ai parcouru des kilomètres de page web. Chaque personnage a une histoire détaillée, même si elle n'est pas dévoilée dans le livre, et réaliste. Tous les rôles secondaires et faits historiques ont été calés. J'ai des centaines d'images, de références. J'ai une pièce dédiée au Bonbon Noir chez moi. Je suis prêt à présenter un dossier complet à Netflix !

Les chapitres sont très courts, on est toujours dans l'action, on peut passer de longs mois en tournant une page, le quotidien et les descriptions ne t'intéressent pas ?
Le roman aurait pu être beaucoup plus long. Anita raconte les moments clés de sa vie, on ne s'attarde pas dans les lieux. Ça va assez vite c'est vrai. En 240 pages, on passe de 1920 à 1960. Il n'y a pas de temps mort. Je laisse aussi le lecteur se dessiner les lieux et les héros. Il faut laisser des portes ouvertes, une liberté pour s'imaginer le Bonbon Noir une fois le livre refermé. L'esprit doit vagabonder.

Quelles sont tes références en littérature ?
Fichtre... c'est tellement éclectique ! Murakami, Damasio, Despentes, Tesson, Virginia Wolf, Fabcaro, K Dick, Riff Reb's, Frederic Dard, Slimani... et des bandes dessinées, des romans graphiques. Je lis dès que je peux, et de tout. Mais je me considère plus comme un raconteur d'histoire qu'un romancier en fait. Mon rêve reste de porter Anita à l'écran.

D'ailleurs, l'ensemble est assez cinématographique mais l'histoire est un peu trop éclatée dans le temps pour correspondre à un scenario, non ?
Disons que ça ferait une belle série, une trilogie. Soyons fous. L'histoire démarre en 1920. et se terminera en 120 ans plus tard. La saga d'une femme qui va changer le monde.

Le livre, le vinyle, les images, tout est ultra soigné mais a un coût, en cette période de crise, ce n'est pas un pari risqué ?
C'est une règle que je me suis imposée. Tous les objets Bonbon Noir doivent être fabriqués comme des objets précieux. La musique mérite un bel écrin. Les illustrations méritent le plus beau papier. Toutes les personnes qui ont reçu les objets ont pris une claque visuelle. Les papiers d'impression luxueux, les marquages à chaud en or, l'or du vinyle, rien n'a été laissé au hasard. Tout a été possible grâce à un imprimeur passionné. Il n'est pas question de faire un objet commun. Je me suis vraiment démené pour trouver des originaux et les embarquer dans l'histoire d'Anita et du Bonbon Noir. Tout le monde est très impliqué.

Il y a eu discussion sur le format du vinyle ? Les 10 pouces sont assez rares...
Rek a tout de suite pensé au 10 pouces. Toujours dans un esprit de préciosité et de collectionneur. C'est très élégant un 10 pouces. On dirait presque un 78 tours. Et les illustrations se prêtent bien à ce format.

bonbon noir Tu as été tenté par un texte plus court qui aurait pu être édité au cœur d'un 33 tours pour mélanger les 3 projets ?
Oula, il y a eu tellement de versions de ce projet avant d'aboutir. On voulait effectivement mettre la nouvelle au sein d'un coffret qui aurait contenu un double vinyle, puis un coffret de 33 tours. Mais au final, je voulais que les gens découvrent le livre seul. Et qu'ils apprécient la musique sans forcément avoir lu le livre. On peut voyager et se faire son propre délire en écoutant l'album. Ou s'imaginer sa propre bande son en lisant le livre.
Chaque objet méritait d'avoir sa propre vie même s'il est lié au même univers.
Notre grand défaut, c'est l'aspect "business" musical. On a sorti l'album sans label et sans distributeur. Sortir un son sans le distribuer est un non-sens. La rareté ne paie plus en musique. Je veux qu'un maximum de monde puisse embarquer dans l'aventure Bonbon Noir. L'idée n'est pas du tout de se faire de l'oseille mais bien d'emmener le projet beaucoup plus loin.

Y-a-t-il plus d'excitation au moment de la création ou maintenant que tout est dispo et que le public se l'approprie ?
Chaque étape a eu ses passages euphoriques. La fin d'un mix, l'envoi des masters en pressage. La validation définitive du texte du roman. Chaque fois que Rek nous envoyait une nouvelle piste, chaque illustration terminée. Les rencontres avec des passionnés qui se sont engagés. L'appel de l'éditrice qui a craqué sur le texte. La réception du vinyle. Les premiers envois. Les premiers retours du public. Un producteur de légende qui vous félicite sur le premier disque et qui accepte de travailler sur la suite. Les espoirs de porter le projet plus loin.
Un producteur de légende ? On peut en savoir plus ?
Non, désolé, c'est encore trop tôt pour en parler...

Mais le tome 2 est en cours ?
Le tome 1 est aujourd'hui trouvable sur Ulule/Bonbon-Noir et en E-Book. Il n'est pas "officiellement" sorti puisqu'il n'est pas en librairie. Je vais essayer de trouver un éditeur qui puisse m'accompagner pour le sortir et attaquer le deuxième tome. Instagram, illustrations et illustrateurs, contact, producteur, ingénieur du son, c'est une aventure passionnante mais chronophage. Élargir le réseau Bonbon Noir est essentiel pour aller plus loin. L'autoproduction a ses limites. Label, distributeur, producteur, réalisateur, soyez les bienvenus ! Pour prolonger les aventures d'Anita Black et du Bonbon Noir, ce sera primordial.

Merci
Merci à toi et un grand merci à Elodie et Romain de Singularités. Bravo à W-Fenec, guidé par la passion. On ne lâche rien !