Bobby Singer - Salvation On le savait, Casse n'était qu'une mise en bouche avant l'arrivée d'un album, un petit EP pour patienter... et on a attendu moins longtemps que prévu, le coronavirus est passé par là et Bobby Singer qui fait toujours tout tout seul (ou presque, Duarba file un petit coup de main pour l'artwork) a profité de l'isolement pour terminer son premier LP qui peut apparaître comme le salut (Salvation) en ces temps troublés. On retrouve les trois excellents morceaux de l'EP ("Nous sommes", "Leurs regards" et "En cendres" sont en face B) et vu qu'ils sont difficiles à dénicher ailleurs, c'est plutôt une bonne chose pour celui qui découvre le post-screamo-noise-core du Limougeaud.

Alors que "Nous sommes" laissait s'installer une ambiance, l'album débute de façon plus brute avec un riff de guitare pour seul préliminaire, les choses s'énervent assez vite et le chant éraillé de "Demain" nous agresse assez vite, c'est en français et c'est triste ("et demain, nos deux mains, se toucheront une dernière fois"), un adieu pour commencer, c'est particulier mais on est dans le bain. La batterie et la basse balancent une grosse dose d'énergie pour enchaîner vers "L'apogée de la médiocrité", mélange de rock ultra pêchu et de "post" quelque chose grâce à la voix samplée. S'impose alors un commentaire nécessaire, bien que seul, Olivier arrive à équilibrer chacun des instruments (guitare, basse, batterie plus sa voix) comme "un vrai groupe", tout est soigné et aucune piste n'est lésée. A lui seul, le leader de Mister Godson arrive donc au niveau de ce que d'autres ont fait à plusieurs (on peut penser à quelques vieilles références comme Amanda Woodward, Gantz ou Gameness). Et il rajoute des parties instrumentales absolument magiques comme le début de ce "Qu'importe les autres", lancinant, touchant, il finit par devenir chaotique, saturé et suffisamment excitant pour qu'on retourne la galette. Des morceaux un peu plus courts et noisy occupent cette deuxième partie qui utilise deux vieux morceaux (qui restent néanmoins excellents) pour faire durer le plaisir jusque "Morne" et sa session rythmique qui se met en avant avec le jeu sur courant alternatif de la guitare, les textes sont à peine plus réjouissants ("Je ne suis pas encore mort, juste un peu borgne. Mais pas de quoi rester morne"). Toutes les fréquences s'agitent en même temps, "Une indécence resplendissante" envoie du bois, court et intense, le morceau est la dernière attaque en règle de l'opus qui se referme avec "En cendres" (qui reste mon titre préféré).

Le trois titres avait prévenu, l'album confirme, l'homme-orchestre Bobby Singer fait dans la dentelle, alliant écorchures, puissance et dynamisme dans des compositions réfléchies et savamment mises en place pour nous estomaquer. Comme quoi, le confinement peut avoir quelques bons côtés...