Blur

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Raconter l'histoire de Blur, ce n'est pas à nous de le refaire, y'a des livres, des sites, des articles, si tu ne connais pas Blur en arrivant ici, c'est que tu débarques de je ne sais où... Désolé, on ne parlera pas trop de Seymour ou des 6 précédents albums, la tâche est trop rude et d'autres s'en sont acquitté de fort belle façon avant nous (notamment la maison de disques (Parlophone/Delabel) qui a édité un superbe presskit)... On rappellera juste que le cultissime "Girls & boys" aura 10 ans l'année prochaine et qu'il ne se passe que très peu de semaines sans que les riffs de "Song 2" ne passent dans nos oreilles...

Blur / Chronique LP > Live at Wembley stadium

Blur-Live at Wembley Stadium Chroniquer un artiste, c'est parfois se souvenir de l'image d'une pochette. C'est entendre la musique qui a fait une partie de ce que nous sommes. Blur est un groupe dont l'histoire est connue de long en large. Neufs albums studio avec quelques variations de parcours (c'est rien de le dire). De mon côté, j'avais commencé à apprécier le groupe avec son courant britpop de l'époque de Modern life is rubbish ou Parklife. Puis, l'album éponyme m'avait particulièrement marqué. Il a notamment participé à la notoriété de Blur avec son titre "Song 2".
Cet été, la formation originaire de Londres a posé dans les bacs son Live at Wembley stadium, une opportunité de réviser sa discographie. Il faut bien dire que Blur nous régale. Cette sortie, c'est vingt-six titres répartis en deux albums enregistrés avec un son pop/garage. Excepté The magik whip, tous les albums sont représentés. Les amateurs des premières heures apprécieront : les 2/3 des titres du live sont sortis entre 1991 et 1997.

Le premier album du groupe (1991 - Leisure) est représenté par "There's no other way". Quitte à ne montrer qu'un titre de cette époque, Blur livre une prestation énergique qui ne manque pas de chauffer son public dans l'amorce du CD1. Pour enchaîner, le groupe fait une petite surprise avec la présence de "Popscene". Écarté pour la sortie du second album (1993 - Modern life is Rubbish), ce titre avait connu le succès plus tard sur des versions alternatives (le maxi australien avec "On your own" et "Death of the party" est dans mes étagères !). Une fois le train bleu mis sur les rails, on ne pouvait s'en maintenir à une face B. Blur propose encore cinq titres : "Villa rosie", "Sunday sunday", "Oily water", "Advert" et "For tomorrow". Le troisième album (1994 - Parklife) est également largement représenté. Tous les titres sont des classiques. On retrouve sur le CD1 "Tracy Jacks" dont on reprend volontiers les chœurs. Le CD2 est nourrit généreusement de cette période. Damon Albarn lance joyeusement "End of century". Le public est chaud pour le suivre. L'énergie débordante de "Parklife" pointe le bout de son nez sous les aboiements de chiens. On se souvient alors de la pochette où des lévriers étaient en course. Peu importe les images, on veut sauter dans tous les sens ! Comme pour faire un effet de contraste, Blur poursuit avec "To the end". Il se dégage de l'ambiance musicale une certaine rêverie. Dans ce style, le groupe joue également "This a low" pendant 7'20. Il est suivit par "Lot 105" et "Girls & boys" calibrés pour faire sautiller Wembley tout entier.

Les autres disques sont progressivement moins représentés. Du quatrième opus (1995 - The great escape) sont extraits trois titres. Si l'on note bien la présence de "Stereotypes" et "The universal", le titre "Country house" est encore plus remarquable. Le guitariste Graham Coxon à l'aise dans l'exercice pose un solo. Damon Albarn harangue la foule, se marre au micro et profite du moment comme d'une fête. Chaque disque possède un morceau de l'album éponyme (1997 - Blur). Sur le CD1, l'interprétation "Beetlebum" est tout simplement superbe. Comment ne pas reprendre les paroles de bout en bout ? Sur le CD2, c'est bien sûr l'électrique "Song 2" qui s'amène sous les grésillements. Et Wembley peut reprendre en chœur 'Wou ou" ! Du cinquième album (1999 - 13) ressort particulièrement "Trimm trabb" sous une forme semi-acoustique au démarrage. Le morceau progresse vers une forme plus électrique. Le live propose également des interprétations de "Coffee & TV" et "Tender". L'époque moderne du groupe apparait avec une proposition de "Out of time" (2003 - Think tank), de "St. Charles square" et de "The narcissist" (2023 - The ballad of Darren). Autre petite surprise, la présence de "Under the westway" composée pour la clôture des jeux olympiques de Londres en 2012.

Comme prévu, ce live à Wembley est une opportunité formidable de se relancer dans l'écoute de la discographie de Blur. Quelques lignes ne suffiront jamais à peindre sa richesse. Lorsqu'on finit l'écoute de ce double album ; on a juste envie de recommencer. Superbe prestation !

Publié dans le Mag #62

Blur / Chronique LP > The ballad of Darren

Blur-The ballad of Darren Depuis Leisure en 1991, Blur n'a cessé de se réinventer. D'une pop-rock shoegaze devenue britpop quelques temps après avec le succès de Parklife puis The great escape, à une musique sans véritable étiquette à partir de l'album éponyme en 1997, sans parler de l'incompris Think thank, trop arty pour pas mal de leurs afficionados, c'est simple : Blur est inclassable et surtout imprévisible. Exactement comme ce neuvième album, apparu presque par surprise l'été dernier. The ballad of Darren (Darren, c'est le nom de leur garde du corps historique) nous prend non seulement par surprise, mais agit instantanément sur nos récepteurs sensoriels. Enregistrées avec l'aide du producteur James Ford (qui a bossé avec Gorillaz, mais également Depeche Mode et Arctic Monkeys), ces dix nouvelles chansons ont été écrites par Damon Albarn pendant une tournée de Gorillaz. Alors que le groupe était en pause et ses membres bien occupés, le frontman les convoque pour leur proposer un album majoritairement dominé par des ballades pop ultra mélancoliques et bien foutues qui s'écoute avec une facilité presque inquiétante. On a craqué sur les sublimes arrangements, surtout ceux rappelant les 60's / 70's ("The ballad", "Russian strings"), et la voix magnifiquement maîtrisée de Damon et son clin d'œil à David Bowie ("Barbaric", "Goodbye Albert"). Un retour triomphant !

Publié dans le Mag #59

Blur / Chronique LP > Blur


blur_blur.jpg Après un The great escape au succès retentissant, les Blur auraient pu tomber dans la facilité et sortir un "The great escape-bis", mais c'est sans compter le désir d'évoluer de la part de la bande de Damon Albarn. Souvent marginalisé et déprécié dans la discographie des quatre de Colchester, cet album marque pourtant un tournant vers des sphères peut-être moins rentables sur le plan économique mais bien plus appréciables sur le plan artistique. Blur a en effet été l'opportunité rêvée pour Blur d'arracher toutes les étiquettes qu'on leur a collé ces dernières années en proposant un résultat riche, varié mais également très déstabilisant pour le fan moyen peu habitué à autant d'audace de leur part. L'orientation de leur musique sera donc désormais guidée par ces maîtres-mots : exploration, expérimentation et éclectisme. Pop-rock aérienne et planante sur "Beetlebum" et "Strange from another star", rock alternatif péchu et incitation au pogo sur "Song 2", pop acoustique foutraque et parfois naïve sur "Country sad ballad" et "You're so great", brûlot punk/rock'n'roll digne des Stooges sur "Chinese bombs", pop atmosphérique plombée par un clavier dominateur ( à l'instar des mythiques Doors) sur "Theme from retro » et "Death of a party". Enfin, Blur se clôt sur un "Essex dogs" ambitieux flirtant avec le post-rock : 8 minutes de musique lancinante et répétitive (mais pas ennuyeuse) où la voix de Damon se mêle à une basse vrombissante. Un résultat brumeux à souhait, comme doit l'être probablement leur Essex natal un matin d'automne. Quid du groupe de Park life and co ? S'interroge alors le fan. Surdoué pour brouiller les pistes et déstabiliser les repères de l'auditeur, le combo anglais n'oublie pas pour autant ce qui a fait son succès avec des morceaux pop-rock plus conventionnels mais d'une efficacité redoutable. ("M.O.R" co-composée avec deux illustres inconnus, David Bowie et Brian Eno, sic, "On your own", "Movin'on"). Et le plus étonnant dans tout ça, c'est que le patchwork est d'une cohérence et d'une homogénéité irréprochable. Le passé du groupe ne dénote absolument pas avec ce que sera désormais la musique de Blur : une pop-rock pleine de prise de risques. En cela, les quatre compères font preuve d'un savoir-faire tout-terrain exemplaire. Un album majeur dans la carrière d'un groupe qui l'est tout autant. Un dernier mot sur la pochette : un brancard filant à toute allure vers ce que l'on devine un bloc opératoire. Une vision quasi-prophétique pour un groupe qui est désormais convalescent ?

Blur / Chronique LP > Think Tank

Blur : Think Thank Difficile de lire une chronique de Think tank où on ne parle pas des récents "side-projects" du petit Albarn ou du départ du grand Coxon... Blur a changé, le temps nous dira si cet album était celui d'une rupture, si c'était un album "à part" ou alors que c'est le dernier album de Blur... En tout cas, il en surprendra plus d'un... C'est un melting pop, euh un melting pot de toutes sortes de choses plus ou moins musicales. Blur nous avait habitué aux chansons d'ados, aux balades, aux titres rock "made in UK", là il nous offtre un album "bizarre" mais attachant, à moins de faire un rejet total on se sent proche de Think tank alors qu'il fait tout pour nous déstabiliser. Comme face à un animal indomptable, on pense qu'avec l'expérience passée, ce serait dommage de ne pas retenter le coup ... et si c'était celui-là qui faisait la différence... Nouveau plongeon au fond de Think tank... Pour évacuer tout de suite les Albarneries, on dira juste que sur "Out of time" on retiendra plus les percussions africaines filles de la musique du Mali (ici, elles viennent du Maroc) plus que la guitare lynchéenne, et on dira aussi que de Gorillaz, Blur a gardé quelques touches électroniques, que ce soit la voix électronisée du "Crazy Beat" aux riffs punks ou des détails comme au sein de "Brothers and sisters" dont la tonalité me rappelle aux bons souvenirs de Spor. Ce septième album est essentiellement pop ("Sweet song", "Battery in your leg"), les tempos sont très mesurés, d'ailleurs, seul les rythmes sont mesurés, le chant de Damon prend quelques libertés mais ce n'est rien à côté du rendu général et de la surprise qu'occasionne par exemple l'écoute de "We've got a file on you", une minute de riffs crades pogotant avec des cris d'instruments ou encore ce "Jets" totalement barré, une sorte de miaulements de chat faisant passer le titre de la pop au jazz saxophonisé sur rythme industriel. Un énième brin de folie qui débouche sur "Gene by Gene" : une musique totalement improbable est alors confrontée à une petite mélodie chantée.
Talent ? Folie ? Courage ? Comme c'est écrit dans le livret, Blur n'a peur de rien, ils le prouvent. Pour les suivre, il va falloir s'accrocher... ou leur faire confiance.