Black Rainbows - Hawkdope Pas moins de 4 ans se sont écoulés depuis la sortie de Supermothafuzzalicious, l'album où Black Rainbows avait enfin trouvé une recette qui faisait mouche. 4 ans pendant lesquels les Romains n'ont pas chômé pour autant en sortant un split avec Farlung ainsi que l'excellent EP Holy moon.

Impossible donc de revenir avec un album en demi-teinte après autant d'attente et d'amuse-gueules savoureux. Et le groupe de Gabriele Fiori, fort d'un nouveau line-up encore plus incisif et performant, ne déçoit pas avec Hawkdope, son quatrième album et de loin son meilleur jusqu'à ce jour. On connaissait l'approche punk du groupe, ainsi que son obsession pour la fuzz. Mais cette fois Black Rainbows a ajouté à ses gros riffs une ambiance bien plus prononcée. Une ambiance faisant généralement défaut à leurs albums précédents qui, bien qu'excellents, ne possédaient pas la magie d'un album avec un grand A.

Si les gros brûlots rock'n'roll sont toujours bien présents, et même meilleurs que jamais ("Wolf eyes" et son intro à la MC5, "The prophet" qui ouvre l'album sans sommation) on découvre donc aussi un psychédélisme ensablé et incandescent. En somme, c'est comme si le train de Fu Manchu venait de se télescoper avec la voiture de Monster Magnet sur un passage à niveau au beau milieu du désert. Les Italiens s'aménagent même quelques grands espaces pour jammer jusqu'à plus soif (l'éponyme "Hawkdope" et son pont épique, ou encore l'excellent "The cosmic picker" qui termine l'album en apothéose). Cette approche hybride, à la fois plus apaisée et planante fait d'Hawkdope un album savamment coloré tout en restant simple et direct, et qui possède donc cette fameuse « magie » dont nous parlions plus haut. Un album qui s'écoute avec autant de plaisir que les meilleurs albums du genre, et qui se réécoute sans jamais perdre de sa saveur.

La prod, concoctée par le groupe lui-même, y est aussi pour beaucoup. Comme toujours, elle s'inscrit dans la plus pure tradition stoner (beaucoup de basse et de grain avec une batterie sèche), sauf que la guitare a cette fois un son particulièrement chaud, même selon les canons du genre. On sentirait presque les lampes de l'ampli chauffer sur l'intro du titre éponyme où sur ces nombreux et longs solo que tisse Gabriele Fiori de manière totalement décomplexée. Que dire aussi de ces nappes de phaser qui habillent presque la totalité de l'album en arrière plan et pendant la plupart des solos, histoire d'enfoncer le clou dans le registre Hawkwind. Au vu de la qualité de ces nouveaux titres, et connaissant la puissance sonore du groupe en live (proche de celle d'un avion de la Germanwings en pleine descente), voir les Italiens sur leur prochaine tournée promet d'être un grand moment de rock sabbathien. Les collectionneurs seront également une fois de plus comblés avec plusieurs éditions vinyles limitées et numérotées qui permettront sans doute d'admirer l'artwork pour une fois plutôt jolie de ce nouvel album.

En quatre albums, Black Rainbows a donc fini par parvenir à la hauteur de ses influences de toujours qui jusque là lui faisaient de l'ombre. Certains affirmaient que les Italiens étaient les dignes héritiers de Fu Manchu et Kyuss, et Hawkdope vient effectivement de leur donner un excellent argument pour pouvoir prétendre à ce titre prestigieux. Nous avons en tout cas ici l'une des meilleurs formations stoner du moment en Europe.

Enjoy !