BIGGER 2022 Bonjour Bigger, j'espère que vous allez bien. Commençons par le commencement : j'aimerais que vous reveniez sur la genèse du groupe, comment tout ça s'est monté, et nous donner les motivations du choix de votre nom ?
Damien Félix (guitare) : Kevin et moi nous sommes rencontrés il y a quelques années par le biais d'amis musiciens en commun dans le Jura, où je réside. En bon Irlandais, Kevin a beaucoup voyagé et c'est en Australie qu'il a rencontré une jurassienne qu'il a alors suivie à l'époque. En sympathisant, nous nous sommes vite entendus sur des influences communes, et c'est aussi en le voyant sur scène que m'est venue l'envie de travailler avec lui. Nous avons alors commencé a travailler tous les deux sur des chansons, et l'ambition musicale, en terme d'arrangements, nous a vite poussé a monter le groupe tel qu'il est aujourd'hui avec Ben Muller aux claviers, Mike Prenat à la basse et Antoine Passard à la batterie. Le nom du groupe vient d'un de nos premiers titres, qui reflétait l'envie d'aller vers quelque chose de stimulant, de positif et d'ambitieux.

Votre nom résonne depuis un petit bout de temps déjà notamment dans les médias et les festivals. Ce qui est assez curieux étant donné que votre premier album est sorti cette année ? Comment l'expliquez-vous ? La force des "hits" des premiers EP ?
Avant de sortir notre premier album nous avions déjà sorti deux EP et déjà fait pas mal de concerts, dont les Eurockéennes, les Transmusicales, etc. Ce qui nous a permis de nous faire remarquer. Et puis il faut dire que sans la crise du Covid, notre album aurait dû sortir plus tôt. Mais avec le recul, cela a été pour le mieux, nous avons eu le temps de bien faire les choses, de mûrir les morceaux, de pousser notre propos artistique.

Est-ce que vous pensez que le fait d'avoir un chanteur anglophone, ça aide à la fois en France et à l'International ?
Premièrement, pour la crédibilité d'un groupe chantant en anglais, ce n'est pas rien ! Oui forcément, ça aide. Notre ambition n'est pas franco-française, nous pensons que notre musique a ce qu'il faut pour être internationale, en témoigne la façon dont nous avons enregistré l'album avec un réalisateur mancunien, deux studios, allemand et anglais...Aujourd'hui, avec l'aide de nos partenaires, nous développons le groupe en Angleterre et forcément en Irlande.

Passons à votre premier album, Les myosotis. D'abord, pourquoi avoir choisi ce titre ? On se serait d'ailleurs plutôt attendu à un nom anglais, vu que toutes les chansons sont dans cette langue.
Notre musique n'est pas seulement tournée vers la culture anglo-saxonne. Nous sommes allés chercher des éléments dans d'autres cultures, latines, orientales, pour colorer nos morceaux. Nous avions vraiment envie d'élargir notre horizon et de signer quelque chose qui nous soit personnel. "Les myosotis", c'était une façon d'aller justement là où on ne nous attendait pas, c'est un nom qui pourrait avoir plusieurs origines. Pour un anglophone par exemple, ça ne sonne pas français. Dans notre imaginaire, ce nom représente désormais un endroit bien à nous, le nom d'un temple ou quelque chose comme ça, dans lequel nos morceaux ont leurs places et y font résonner les murs et les allées.

BIGGER 2022 - 02 Combien de temps cela a pris du début de l'écriture à la sortie du disque ?
Je pense que les premiers morceaux ont été écrits en 2019 et les derniers quelques semaines avant notre départ pour le studio, à l'automne 2020. Comme je le disais plus haut, le Covid a tout chamboulé, et "grâce" à cela nous avons pu écrire d'autres morceaux qui ne figureraient pas sur l'album, notamment le titre éponyme "Les myosotis".

Vous avez enregistré le disque avec Jim Spencer en Allemagne, en Angleterre et en France. Comment tout cela s'est-il organisé ?
La rencontre avec Jim s'est faite grâce à notre label Upton Park, et dès la première visio... et oui c'était le début de l'ère "visio", nous avons su que ce serait la bonne personne. Il semblait avoir cerné et compris ce que nous voulions faire. À la base, nous devions enregistrer en France mais les restrictions de déplacements en Europe en ont voulu autrement. Notre label a alors cherché un studio en Europe où la rencontre "physique" avec Jim était possible (ça paraît dingue en l'écrivant). Après plusieurs pistes, c'est finalement le Castle Studios de Dresde qui a été retenu. Nous y avons passé deux semaines hors du temps. Les voix lead de Kevin ont été enregistrées à Hope Mill Studio, à Manchester. Encore une fois, nous avons lutté contre les quarantaines, les annulations de vol, etc. Encore une semaine hors du temps dans un Manchester quasi désert. Pour finir, les cordes ont été enregistrées à Besançon et une fois mixé, l'album a refranchi la Manche pour un mastering à Abbey Road.

J'ai vu que tout le monde participe au chant dans le groupe, ça donne vraiment une dimension supplémentaire vraiment intéressante en termes de chœurs. Est-ce que vous travaillez de manière intense cette partie-là, ou au contraire, c'est plutôt facile car tout le monde est chanteur à la base ?
Depuis le début, les chœurs font partie de la signature sonore de Bigger. Notre style a évolué mais cela reste un des ingrédients majeurs. Donc oui, c'est un gros axe de travail pour nous, même si à force cela devient plus naturel pour nous.

Dans l'album, on retrouve moins l'énergie déployée lors de vos concerts, comme si c'était presque deux groupes différents. Vous faites vraiment la part des choses entre le studio et le live ?
Je pense que pour nous, ce sont deux temps différents. On n'écoute pas un album comme on regarde un concert, c'est une évidence. Les émotions passent par d'autres biais. Le studio est plus introspectif, on va y chercher la finesse, la justesse d'expression, on rentre en profondeur dans le titre, on l'explore, c'est de la dentelle, même si on peut y être rude. Le live, c'est le moment où on partage directement, où on livre le même message mais dans sa forme brute, directe et libératrice.

Avez-vous des affinités avec des groupes de la scène pop-rock française actuelle ?
Nous avons récemment tourné avec nos amis de Steve Amber, un superbe groupe, à la fois très raffiné et très sauvage. Leur live sont excellents, à ne pas manquer. Également, je vous conseille vivement nos amis de Skopitone Sisko, un groupe du label Upton Park, avec des morceaux très classieux, une écriture raffinée et fichtrement bien foutue !

BIGGER 2022 - 03 Est-ce que vous pensez défendre Les myosotis à l'étranger ?
Nous travaillons au développement du groupe spécialement en Irlande et en Angleterre en ce moment, où nous y avons des partenaires. Notre musique y est régulièrement diffusée et le premières dates ne sauraient tarder, c'est sur le feu !

Pouvez-vous me parler de la création "Bigger and the Damned Dozen" prévue pour la rentrée au festival Détonation à Besançon ?
C'est un super projet, assez excitant, produit par notre agence de tour. Nous travaillons avec 12 musiciens du conservatoire de Besançon, à la préparation d'un live. La grosse cerise sur le gâteau c'est que les arrangements sont écrits par Larry Mullins, batteur d'Iggy Pop and The Stooges et musicien chez les Bad Seeds de Nick Cave. Son approche est très originale et intéressante. Nous avons avec nous 5 cordes, 5 cuivres et 2 percussionnistes. Larry est un spécialiste des percussions, sur scène le set up est impressionnant, avec des timpanis, des xylophones, grosse caisse d'orchestre, etc. Cela donne quelque chose de très puissant. La première aura lieu en effet cette année pour le festival Détonation à Besançon.

Dernière question : Même si vous êtes en pleine tournée, est-ce que le groupe a déjà commencé à réfléchir à de nouvelles chansons ? Et si c'est le cas, doit-on s'attendre à une évolution de votre part vers de nouvelles sonorités, une ouverture à des courants musicaux différents du votre ?
Nous sommes toujours en train de réfléchir à de nouvelles idées, à de nouvelles évolutions. Nous avons envie de continuer d'explorer ce que nous avons touché avec cet album, ces influences orientales, cette ouverture. Le mariage de ces différentes influences et très intéressant, une de nos pistes est d'aller plus loin avec ça, et d'affirmer notre identité vers cette voix. Affaire à suivre !