Benjamin Blin (Bebly) Pour le dernier LP, "Le spleen à présent", ce sont les confinements à répétition qui t'ont poussé à faire cet album solo très intimiste ou c'était un projet déjà dans les tuyaux ?
En réalité, je compose toujours de cette façon et ensuite je partage les titres avec les gars et on rajoute un peu de gras. Dans le cas précis de cet EP rien n'était prémédité, je me suis juste retrouvé seul comme un couillon sans pouvoir avancer en groupe et je me suis dit que c'était finalement très bien parce que j'aime cet exercice. Dans chaque album ou EP, il y toujours un titre ou deux bien dépouillés qui trainent.

D'ailleurs, en parlant de confinement, il y avait "un fantôme" (Déconne sorti en 2017) qui faisait une très belle bande-son avec son refrain d'actualité : "Je suis comme un fantôme dans mon appartement témoin". C'était prémonitoire ?
Hé hé, maintenant que tu le dis Eric, je m'aperçois que ça reflète effectivement bien la situation, même si de base cette chanson raconte juste l'isolement psychologique et non physique. C'est dire à quel point c'est la merde. Qui aurait pu deviner qu'on en arriverait à ce point ?

La collaboration avec De Nuit Loizeau, c'était parce que c'était ta voisine de palier ?
Ouais, c'est presque ça, elle habite la ville d'à côté et c'est surtout une personne que je connais depuis plus de 10 ans. Pour ne rien te cacher, son copain (Clément) a réalisé, enregistré et mixé nos quatre premiers disques !

Comment s'est organisée cette collaboration ?
Ce fut hyper simple, je lui ai envoyé des maquettes bancales et elle a enregistré dessus via une appli foireuse et ça sonnait de dingue à mes oreilles ! Du coup, je me suis dit qu'il fallait vraiment enregistrer ça ! J'ai enregistré mes parties et elle a fait les siennes en une journée ! Bref, 100% spontané, pour conserver l'idée des maquettes.

Les thèmes abordés sont très mélancoliques, renforcés par une belle fragilité dans vos voix et les instrumentations, tu voulais réellement écrire un album "100 % spleen" ? L'actualité s'y prête vraiment ?
En fait, quand j'essaye de faire ce genre de titre, je ne rêve pas forcément qu'il soit "spleen" mais qu'il soit sur la corde et je m'efforce au mieux d'arriver à ce résultat. En réalité, peu importe l'actualité, j'ai jamais vraiment fait de morceaux happy, donc tout s'explique aussi, hé hé !

Le premier titre "l'extinction" revient sur l'urgence face aux changements climatiques ? Tu penses réellement que "la fin s'annonce sévère mais juste", que l'humanité disparaîtra et qu'on l'a bien cherché ?
Les rimes t'amènent à écrire des trucs un peu violents de temps en temps et c'est pas plus mal ! On a clairement foutu un bon merdier depuis un siècle parce qu'on a oublié qu'on était juste en toute humilité qu'une des espèces de ce caillou. Même si on y croit fortement, on ne maîtrise absolument rien et l'argent n'y changera rien. C'est mon avis. Quand la coupe sera pleine, il ne restera que le caillou.

Tu développes ensuite le thème de relations amoureuses, thème cher à Bebly mais plus globalement à la musique. Comment vois-tu le monde d'après Covid ? Une libération des interactions sociales, une continuité dans l'isolement ou un statu quo ?
Je pencherais malheureusement pour le statu quo, on ne va rien retenir de cette passade, on ne va pas vouloir se remettre en question et si ça repart, on va vouloir oublier ce signal d'alarme et éventuellement se prendre une autre baffe.

photo presse - Bebly - le spleen à présent D'ailleurs, l'artwork reprend les thèmes abordés dans l'album, la nature et le couple. Tu peux nous en dire plus sur sa conception ?
Cette pochette a été réalisée par Davina Muller et l'idée était d'illustrer l'extinction. On est là maintenant mais pour combien de temps ? Du coup, superbe idée de nous faire disparaître au profit de la végétation.

Sinon, quels sont les projets pour le monde d'après et Bebly ? Vous avez prévu de rebrancher les guitares ?
On va voir comment ça se goupille, rien n'est prévu, même si personnellement je creuserais bien dans l'idée de cet EP pour peut-être tenter un album .

Une envie de tourner à nouveau j'imagine ? Des dates sont déjà prévues ?
Ouh là ! Même si on avait bien envie d'avancer là dessus, je crois que les salles sont pas prêtes de penser à nous tellement elles ont accumulé de retard et de pertes. Va falloir être rentable pour être programmé je crois.

Pour le MAG 47, on revient sur 40 ans de carrière de Bad Religion, c'est un groupe qui compte pour toi ? Tu le connais ou le suis depuis longtemps ?
C'est honteux, je ne connais absolument pas Bad Religion sauf de nom. Punaise, 40 ans de carrière dans le punk ! Je te laisse Eric, merci pour cette entrevue et ton soutien ! Je file écouter, j'ai 40 de musique à rattraper, héhé !