Beak> - >> Quand il ne se creuse pas la tête pour sortir une énième merveille avec ses compères de Portishead ou qu'il ne préside pas aux destinés de son label Invada Records (Crippled Black Phoenix notamment), le décidément très occupé Geoff Barrow s'amuse avec son projet hip-hop "collectif" Quakers et le duo Drokk. Ou planche sur Beak>. Et donc un deuxième album arrivant aujourd'hui deux ans et demi après un premier effort qui était alors essentiellement le produit de longs jams partiellement improvisés, amoncelés en studio et couchés "tels quels", dans une certaine urgence, sur CD. Rien de cela (ou pas complètement) ici, >> est le fruit d'un vrai travail de groupe, qui a pu maturer tranquillement dans son coin afin de donner cette tonalité krautrock post-moderne qui suit assez fidèlement les sillons de Can pour s'inscrire dans une veine artistique que l'on ne rencontre que relativement peu souvent par les temps qui courent.

Toujours aussi loin des tendances actuelles et des hypes préfabriquées, Beak> semble sur ce deuxième opus aller à contre-courant de la scène indé actuelle, proposant une forme de rock régressif, tortueux et racé ("The Gaol","Yatton"). >> est, ainsi, un disque pour lequel le groupe a pris son temps (là où le premier effort avait été enregistré en seulement douze jours) tout en gardant cette formule radicale et partiellement improvisée (un "Elevator" sans filin) qui a aussi fait l'intérêt du projet, du fait du génie de ses membres. Très libre, rythmée par des contorsions instrumentales bizarroïdes et quelques voix éparses ("Spinning top", "Deserters"), la musique de Beak> semble évoluer en dehors du système, sur des sentiers rarement défrichés qui, s'ils peuvent paraître parfois à l'auditeur bien inhospitaliers, ont le mérite de ne pas avoir été limités dans leur exploration ("Kidney").

Les frontières sont désormais lointaines ("Eggdog", "Liar") à tel point que l'on se demande quand même parfois où tout cela pourra bien nous emmener. Car à force de se refermer sur lui-même, le trio anglais, malgré quelques jolis moments de grâce intemporelle ("Ladie's mile", "Wulfstan II"), a tendance à s'auto-cloisonner dans sa démarche artistique, quitte à oublier qu'il y aura des gens pour l'écouter. Le prix d'une certaine intégrité doublée d'une exigence sans faille.