Si Bank Myna a connu quelques changements depuis Volaverunt avec notamment l'arrivée un nouveau batteur en la personne de Constantin (qui jouait avec Saar), le groupe est resté fidèle à son identité : construire des titres qui prennent le temps de nous emmener là où ils veulent.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe aime jouer avec nos émotions, tout au long des cinq plages (mais sur presque cinquante minutes), on est balloté entre la crainte d'être plongé dans un monde chaotique construit par certaines guitares ou des rythmes sourds et l'espoir de rejoindre un paradis incarné par la voix de Maud. Eimuria ne se résume pour autant pas à cette dualité et à ce combat manichéen, certains passages donnant juste dans le sublime et d'autres progressant lentement, mais sûrement, vers une destruction du décor à grands coups de riffs acérés. Bank Myna réussit également à apporter de la pesanteur... tout en légèreté (la presque fin de "The shadowed body" par exemple), le mariage entre la pureté du chant et le grain de la guitare nous laissant entre deux eaux, ou plutôt entre deux airs. L'ajout d'un violon apporte un peu de mystère et une couleur encore plus particulière à "The other faceless me", on est en plein brouillard, les Parisiens veulent nous faire perdre nos repères et réussissent à nous égarer en plein milieu de leur album, aux aguets pour ne pas se retrouver seul, nos sensations sont décuplées... Les grands coups de médiator de "Burn all the edges" nous rassurent, on est toujours au contact, et tant pis si ça nous coûte, le morceau devient en effet plus nerveux, plus lourd, même post-hardcore sur sa partie finale qui sonne comme de l'excellent Brutus, une mélodie entêtante en sus. Connaissant quelques remous, "L'implorante" (chanté en anglais comme le reste de l'opus, les autres langues ont disparu) nous conduit jusqu'à l'Eden, la tempête est traversée, la voix de Maud nous a sauvés.
Ainsi, Bank Myna a joué avec nos émotions tout au long de cet Eimuria, nous faisant traverser des moments de doutes comme d'espoir sans jamais trop savoir qui l'emporterait et nous emporterait par la même occasion. La fin de l'opus nous rassérène, le côté lumineux l'a emporté sur le côté obscur, mais ce n'est pas tant l'endroit où aboutit le chemin que le chemin en lui-même qui compte ici.
Publié dans le Mag #66



