Bad Bad Bird

Bad Bad Bird / Chronique LP > Si brutal

bad bad bird si brutal Lundi 12 septembre 2022, La Boule Noire, première partie de Mss Frnce, une artiste sort de nulle part, mais marque des points. Près de trois ans plus tard, elle revient avec Si brutal. Bad Bad Bird signe ici un premier album coup de poing et coup de cœur qui réconcilie les cœurs tendres et les guitares saturées. Dès les premières secondes, impossible de ne pas penser à la bande-son des années skate et MTV, quelque part entre Weezer, Nada Surf, ou la naïveté désinvolte de The Rentals. Mais la proposition du trio ne se limite pas à une relecture nostalgique : elle s'impose comme une vision personnelle, actuelle, urgente, où l'amour déborde de partout, jusque dans les saturations.

La voix de Madeleine, tantôt caressante, tantôt rageuse, nous embarque dans une traversée sentimentale faite de rendez-vous ratés, de promesses murmurées à la volée, de retrouvailles sur un quai de gare ou de départs vers des mers imaginaires. Les textes jouent constamment sur le fil du rasoir : frontalement romantiques, parfois absurdes, souvent traversés de métaphores qui claquent, ils racontent une jeunesse qui a le cœur gros, mais la mélodie en étendard. Une sincérité brute qui n'exclut jamais l'élan pop ni la fulgurance poétique. La production de l'album reflète cette dualité permanente. Il y a cette finesse discrète, presque rêveuse, qu'on reconnaît dans la patte de Manu (Radio Elvis), et ce déchaînement contrôlé, presque punk, dû à la frappe chirurgicale de Louis (Pogo Car Crash Control). Ensemble, ils construisent un écrin puissant pour les compositions de Madeleine, qui deviennent de véritables hymnes à reprendre à pleins poumons en concert.

Parmi les morceaux phares, on retrouve une pépite où la voix de Marie-Eve Roy, du mythique groupe québécois Vulgaires Machins, vient se mêler à celle de Madeleine. Un duo d'une justesse saisissante, aussi court qu'intense, qui rappelle à quel point la tendresse peut surgir même dans les chansons les plus nerveuses. Et que dire de ce titre, "Voudras-tu m'adorer ?", entêtant au point de me trotter dans la tête depuis ce fameux concert à La Boule Noire ? Il synthétise à lui seul ce que Bad Bad Bird réussit à faire de mieux : des chansons qui vibrent avec une immédiateté désarmante, comme si elles avaient toujours été là.

Bad Bad Bird n'est pas un projet sorti de nulle part. C'est une artiste rôdée à la scène, à l'échange avec le public, à l'émotion brute. Et avec Si brutal, elle livre un disque qui frappe au ventre et serre le cœur, un album de pop à guitares qui croit encore à la magie des refrains, à la beauté de l'excès et à la puissance de l'amour crié sans filtre. Alors on écoute, on danse, on crie, on rêve à l'envers. Et on se dit que parfois, la vie peut être brutale. Mais avec un disque comme celui-là, elle est surtout intensément vivante.

Publié dans le Mag #66