Aucan - Black rainbow Avant-propos : notre estimé désormais ex-camarade de jeu, j'ai nommé Rémii, ayant, il y a quelques mois de cela, décidé de (lâchement ?) déserter les rangs du W-Fenec et de s'en retourner à la vie civile, c'est donc à l'un de ses comparses que revient l'insigne honneur de prendre le relais et suivre les nouvelles aventures discographiques des groupes qu'il avait introduit dans ces pages. Tâche ô combien délicate mais que l'on va essayer de mener à bien autant que faire se peut.

Sans la moindre transition, Black rainbow, le nouvel effort signé Aucan débarque dans la tanière et une fois le disque posé dans le lecteur, première surprise, là où on pensait s'attendre à du math-rock à la Battles, le groupe distille un trip-hop cotonneux et envoûtant avec "Blurred", première pièce d'un ensemble musical qui va se révéler plutôt déroutant. Mais intrigant... et plus encore assez jouissif. Car passé ce morceau inaugural réellement brillant, les Italiens optent pour un mélange rock/big beat électronique percutant et savamment ciselé. "Heartless", "Red minoga", "Sound pressure level"... on enchaîne. Trop rock pour le dance-floor, trop électro pour du rock, trop alternatif pour faire sauter le compte en banque d'une major, Aucan est surtout ici beaucoup trop de choses pour le réduire à un ensemble d'étiquettes ou de qualificatifs hasardeux.

Un flow hargneux, de l'énergie dopée au beats qui s'enfoncent dans le cortex cérébral, un groove atomique et quelques brûlots rock/électro sous acide, Black rainbow est à l'image de son artwork : coloré et sombre à la fois, tortueux et limpide en même temps, un mélange de paradoxes qui s'attirent (implacable "Storm", synthétique "Save yourself"), un soupçon de dubstep en plus, une césure avec l'incompréhensible et abscons "Embarque" (une notice explicative serait bienvenue sur ce "titre" mais bon...) et surtout pas mal d'excellentes choses. Quelques ratés aussi, "Underwater music" notamment, que l'on croirait extrait d'un mauvais film Bollywood, l'énigmatique et minimiliste "In a land", mais toujours ces titres en forme de petites bombes électroniques ("Away!", l'éponyme "Black rainbow") à l'ADN rock mais stimulé par le filtre des machines. Pour un résultat, certes parfois inégal, mais souvent bluffant ; et certainement à suivre de très près... Encore un joli coup de l'écurie Africantape décidément bien coutumière du genre (Marvin, Tormenta, Ventura...).