Atomic Paracelze Entre 2008 et 2009, cinq musiciens suisses, membres de Cortez, dQtç, Tintenfish Pocket Opera, Zedrus répètent dans leur coin et préparent quelque chose de pas commun, à l'abri des regards indiscrets. Ils composent, arrangent, polissent et retravaillent de longs mois durant leurs morceaux et les jouent en live, aux côtés notamment de feu-Sleepytime Gorilla Museum, Monno ou Zu, figures remarquées des musiques expérimentales que l'on qualifiera d'"exigeantes". Printemps 2011, après deux années passées à mettre en boîte le premier album, éponyme, du projet, Atomic Paracelze dévoile enfin sa musique, étiquetée comme "no guitar avant-rock". Tout un programme.

Violon, fender rhodes, basse, voix, batterie, électronique, les figures imposées par le collectif helvètes ne se laisseront pas appréhender par le premier quidam, sous entendu non initié, venu. Par contre, les inconditionnels des Melvins, Mr Bungle, The Jesus Lizard, Naked City et autres Fantômas, devraient arpenter des territoires sonores relativement "connus", si tant est que l'on puisse dire que la musique d'Atomic Paracelze ressemble réellement à quoi que ce soit de reconnaissable. Ou tout du moins d'aisément identifiable, même si l'on peut quand même rapprocher leurs travaux ici présentés de ceux de Mike Patton et John Zorn. Une oeuvre segmentée en sept pistes pour quelques quarante minutes trente d'une bluffante expérience auditive, nappée de quelques litres de disto, conduite par une trame free-jazz frénétiques et agrémentée de pas mal de bizarreries bruitistes (ou pas) tour à tour électroniques, noisecore, punk, metal et même presque pop, le menu proposé est des plus copieux.

En même temps, citer pêle-mêle Edgar Varese, Stravinsky et Sleepytime Gorilla Museum dans ses influences, ça laisse à penser que le résultat final va être un joyeux bordel sonore. Et c'est le cas, Atomic Paracelze se révélant au fil des morceaux, entre l'entrée, le plat de résistance et le dessert, à la fois insaisissable et foisonnant. Déroutant en même temps que frontalement rentre-dedans, hargneux ou au contraire plus feutré et dépouillé du moindre artifice superflu ; le quintet suisse livre ici une série de compositions ("Hawaian disco", "Batcave", "On the right side of the day" étant les plus "marquantes") toujours plus changeantes, ou l'imprévisible et l'inventif sont rois. Des arrangements qui jaillissent de toutes parts, un chant qui varie ses inflexions avec une précision diabolique, bricolages électroniques et fulgurances hardcore venues densifier un ensemble musical déjà particulièrement abondant, le travail de ces cinq-là méritent des heures d'écoute répétées attentives avant d'en saisir le quart du sens. Si tant est qu'il y en est un. Ou pas. Fascinant donc à plus d'un titre et complètement barré, sans l'ombre d'un doute.

PS : Pour l'info, Invaders Records (sorte de filiale expérimentale barrée de plus connu Get a Life! Records) héberge également les non moins déroutants dQtç dont l'album [attention on s'accroche parce que ça pique aux yeux] nullachtfünfzehn 08​/​15 est sorti quelques semaines plus tard sur le label.