AqME : sombres efforts Joyeux anniversaire...
Merci.
Ca fait un an qu'At(h)ome existe mais le projet remonte à quand ? Avant de créer Jaff ou durant la période Jaff ?
Le projet d'At(h)ome s'est mis en route après que Olivier et moi avons quitté Jaff. Nous en sortions la même envie de défendre des groupes français en leur proposant une alternative au système implacable de l'industrie du disque. Le tout était de mettre en place une structure viable, et le projet s'est mis en place très rapidement. Nous sommes partis de Jaff en juillet, fin août le projet était fini, et nous sommes partis à la recherche d'une banque et d'une distribution.
Tout a été assez vite pour monter ce projet, l'expérience Jaff a du être très profitable ?
Une telle expérience est forcément profitable dans de nombreux domaines. Hormis de comprendre combien la dimension humaine est importante dans une telle structure, tu te frottes forcément à la réalité du disque, d'être indépendant et plus précisément de sortir des disques de rock en France. Mais il ne faut pas oublier qu'Olivier et moi avions eu des expériences en major. Olivier a bossé pendant plus de 5 ans chez EMI. Ca te permet d'en connaître un rayon sur ce qu'il faut faire (et ne pas faire…).

D'ailleurs peux-tu nous dire pourquoi avoir quitté Jaff qui, vu de l'extérieur, semble faire la même chose...
Je ne crois pas que revenir sur notre départ soit très intéressant. C'est une question de personnes et d'envies, je pense. Ca n'a pas été facile mais c'est du passé tout ça. C'est vrai que de l'extérieur, on a une activité de label qui vise à développer des groupes français, une structure indé en distribution major. Au moment de monter At(h)ome, nous avons vu plusieurs maison de disques pour leur présenter le projet. BMG ont été les plus attentifs et les plus intéressés, certainement parce qu'ils nous connaissaient et savaient comment nous travaillons. Parallèlement, nous avons une activité de promotion indépendante pour les maisons de disques qui ont besoin de communiquer sur les réseaux rock. On a bossé sur POD, Cypress Hill, Reel Big Fish, Biffy Clyro, ADF, … Ca nous permet de travailler sur des artistes internationaux et aussi, je ne le cache pas, c'est un travail qui nous rapporte de l'argent que l'on peut réinvestir sur nos propres sorties label. C'est assez plaisant de se dire que notre travail sur des artistes internationaux comme POD nous permet de proposer un digipak à la sortie de AqME !

Après un an, quel bilan fais-tu à un niveau général et pour chaque artiste At(h)ome ?
Que du positif, bien sûr ! C'est sûr que AqME font beaucoup parler d'eux en ce moment, et nous sommes très fiers de ce lancement et de leur répondant, leur travail. Les Seven Hate ont apporté un album magnifique, vraiment audacieux. Je crois que cet album est en avance sur ce qui se fait en France actuellement. Lorsque le courant emo prendra son ampleur en France, je pense que les gens ressortiront Matching the profile* la larme à l'œil ! Quant aux Gueules de Bois, ce sont de terribles musiciens doués d'un talent d'improvisation et d'un vrai sens de la mise en scène. J'ai toujours apprécié le coté théâtral du groupe sur scène. Il y a encore du chemin à parcourir de scène en scène, et avec le deuxième album et la tournée qu'ils vont engager, ça va être difficile de leur échapper ! Plus généralement, j'espère que tout va continuer comme ça, dans cette diversité, les hauts et les bas inclus. C'est ce qui fait tout le piquant d'avoir choisi cette direction et de défendre des artistes rock français. On bosse avec des moyens beaucoup moins importants qu'une major, on a monté cette boîte avec nos économie et en s'endettant, et pourtant on arrive à faire parler de nos artistes. Un plaisir !

Et ce n'est pas trop dur de bosser autant pour d'autres ? Vous (toi ou Olivier) êtes membres d'un groupe ?
Justement non, nous ne faisons partie d'aucun groupe et je dirais que c'est tant mieux. Tu n'es pas parasité par ta vie de groupe dans ton travail sur tes sorties. Nous sommes partis dans cette aventure pour proposer aux groupes une solution commerciale efficace à une échelle humaine. On propose ce qu'on sait faire : sortir des disques, et on ne va pas te demander de changer telle ou telle partie de gratte ou de modifier tes textes. Tu viens avec ta musique et nous essayons de comprendre le projet au mieux et de définir le meilleur moyen de développer le groupe dans un marché qui ne te fait plus de cadeaux. C'est l'aventure humaine qui nous fait avancer et notre récompense c'est d'avoir la reconnaissance des artistes qu'on défend. Et si en passant, on peut montrer à des grosses maisons qu'on peut développer des groupes sans se fourvoyer en surmarketant les sorties, c'est du bonheur !

Quels sont les critères les plus importants pour se faire remarquer par At(h)ome ? Les trois groupes du label sont musicalement assez différents...
C'est vrai qu'on a voulu des premières sorties assez larges, pour donner immédiatement la couleur du label. On est un label rock au sens large du terme, et le rock couvre aussi des groupes délirants comme Les Gueules de Bois ou les punks rockers de Seven Hate. Et sur nos prochaines sorties, on va encore essayer d'être ouverts. Pour se "faire remarquer" comme tu dis, il n'y a pas de recette miracle : on écoute les maquettes, si elles nous plaisent on va voir sur scène, et si on prend notre claque, on rencontre le groupe pour parler sortie album. L'humain est un facteur très important à notre niveau.

Le coeur de l'At(h)ome (arf arf) est composé de toi et ton frère, travailler ensemble n'est pas parfois trop compliqué ?
Il faut avoir plus ou moins les mêmes gouts... aaaah, tu soulèves une question qui a suscité beaucoup d'interrogations de notre part. Sur Jaff, on s'est rendu compte qu'on arrivait plutôt bien à bosser ensemble. On a la même vision des choses, et on a des goûts musicaux qui sont proches. Pour la petite histoire, on a découvert Lofofora ensemble au moment de la sortie de leur 5 titres autoproduit (vache, ça date, en fait !) pendant un séjour au ski. Un plan étudiant où tu partages une chambre à quatre, avec deux mecs qu'on ne connaissait pas. A peine entrés dans la chambre, ils ont posé leur poste sur la table et mis "Zobi la mouche" à fond… on connaissait pas du tout, ça a été une grosse claque ! Merci à eux, d'ailleurs. (s'ils se reconnaissent, ça nous ferait plaisir de se refaire une soirée revival… lol). Plus concrètement, t'as des avantages et des désavantages. La communication entre nous est très simple, il n'y a pas d'inhibitions et aucun non-dit. Par contre, tu sors jamais du boulôt et il faut se contrôler dans les repas de famille !

Qui y a-t-il d'autres dans l'équipe ?
Tu as Nico qui s'occupe des médias locaux hors radios (fanzines, skate shops, PQR, télés, …) et Vincent qui gère environ 250 radios locales. Leur embauche a aussi été un parti pris : ils sont tous les deux musiciens et jouent dans des groupes. Nico est batteur dans Wunjo (qui sont actuellement en train de finaliser leur nouvel album ExtraLucide chez Stephane Kamer en Belgique) et Vincent était guitariste dans All Access. C'est un parti pris car comme je te disais tout à l'heure, on ne joue pas de musique avec Olivier, et on apprécie de les avoir dans l'équipe pour avoir leur vision de musicien sur ce qu'on écoute. Ils nous apportent un bon "complément d'oreille" au jour le jour. Et je pense que nous leur apportons de notre côté, la vision du disque côté label, en espérant que ça leur servira pour la suite de leur carrière. En tout cas, aujourd'hui, ils sont au top en promo !

les gueules de bois Dans l'année à venir, les AqME vont retourner enregistrer, Les Gueules de Bois vont ressortir un album, ça fait pas mal de boulot avant même de penser à d'autres, comment vois-tu la croissance du label ?
Avec le succès d'AqME, on a décidé de ne rien sortir de nouveau avant le printemps pour se consacrer à leur immense tournée et à la promo de Sombres efforts. Hormis ceux que tu cites, j'aimerais qu'on sorte entre 3 et 4 nouveaux projets cette année. Ce qui nous intéresse aujourd'hui c'est de pouvoir grandir avec nos artistes et leur proposer toujours plus de libertés. Pouvoir proposer des contrats artistes à chacun des groupes qui nous intéressent est un bel objectif pour la suite ! A ce jour, nous ne nous sommes engagés en production que sur AqME. On ne s'engage pas sans être sûr de pouvoir assurer après, c'est un peu notre marque de fabrique…

Vous pensez à monter un site internet ?
Oui, mais pour le moment ce n'est qu'un projet. Pourquoi ? Parce qu'on a pas le temps de s'en occuper !

Pensez-vous un jour prendre des artistes étrangers en licence ?
Pour le moment, je te dirais non. Notre vocation est vraiment de défendre des artistes français, d'autant qu'il y a largement de quoi faire ! Le niveau est vraiment monté d'un cran depuis quelques années et paradoxalement, on assiste à très peu de signatures. C'est notre rôle d'indé aussi d'être à l'écoute de notre scène nationale. Je te dirais aussi qu'avec le développement d'At(h)ome et les bonnes surprises quotidiennes, tout peut arriver. Si les Deftones cherchent un label, on pourra peut-être en parler ! (rires)

Tu écoutes quoi en ce moment ?
Lofofora Le fond et la forme
Cave InAntenna
Prohom
Wunjo ExtraLucide
HED(pe) Blackout
Arno Charles Ernest
AqME en acoustique
Dead Pop Club Autopilot off
Enhancer Et le monde sera meilleur…
Thursday Full collapse
Placebo Sleeping with ghost
Massive Attack 100th Window
Tu vas pas me dire que tu n'écoutes pas de démos de groupes français !!! Ou alors, c'est pour ne donner aucun indice sur une possible future signature ?
Bien sûr que j'en écoute, mais je commence à te connaître… Et tu n'auras malheureusement aucun scoop aujourd'hui !

Il doit y avoir de jeunes groupes qui te lisent, qu'as-tu envie de leur dire ?
De persévérer encore et toujours. Et de prendre eux-mêmes les choses en main pour avancer, personne ne le fera à leur place. Les gens de Sriracha, Nowhere, Coriace ou Antistatic se bougent comme jamais pour défendre leurs groupes quand les maisons de disques ne le font pas !
Ils peuvent envoyer leurs démos à quelle adresse ?
At(h)ome
17, rue Emile Zola
93230 Romainville

Merci, si tu veux ajouter quelque chose...
Justement je vais profiter de la tribune que tu m'offres sur internet pour vous rappeler que la profusion actuelle de MP3 sur le net handicape plus que jamais les jeunes artistes et les labels comme le nôtre. Il faut savoir que les groupes de rock en France vivent grâce à leur statut d'intermittent du spectacle et non grâce à leurs ventes de disques (et je ne te parle pas des droits d'auteurs sur les diffusions radio ou télé puisque les artistes rock n'ont pas accès aux plus gros réseaux). C'est vrai que tout le monde n'a pas les moyens de sortir les 18 à 20 € que coûtent aujourd'hui un disque. Pourquoi est-ce si cher ? Sur un CD, tu as des coûts fixes comme la distribution, la SDRM, la fabrication, les budgets marketing et promotion, etc… Un label comme le nôtre qui cherche à rendre ses disques accessibles au plus grand nombre en faisant en sorte d'avoir un prix nouveauté à 15 €, réinvestit l'intégralité de son chiffre d'affaire dans le développement de la carrière de ses groupes et chaque copie qui circule, chaque MP3, représente un manque à gagner qui empêche le déblocage de nouveaux budgets sur la médiatisation des artistes, sur les tournées, etc… Je ne parle pas d'interdire les MP3 et je ne cherche à faire la morale à personne ; mais je pense qu'il faut considérer ces MP3 comme un moyen de découvrir de nouveaux artistes et s'ils vous plaisent, allez chercher l'album en magasin. Les risques sont réels et la baisse des ventes d'albums ces derniers temps sur les artistes en développement, d'une part incite les majors à faire du Star Academy, et d'autre part met en danger la carrière des groupes pour leur deuxième, ou leur troisième album. Aujourd'hui, acheter un album est un véritable acte militant pour soutenir cette scène française ! Voilà, je ne voulais pas casser l'ambiance...