Arman Melies Qu'est-ce qui a changé entre Le long train lent et les beaux imbéciles et Vertigone ?
Entre la sortie du premier EP, en 2003, et cet album, 12 ans se sont écoulés. Par la force des choses, mille choses ont changé : mon rapport à la musique, la manière d'aborder la scène, la façon d'envisager chaque album non plus comme un tout en soi, mais comme l'étape d'un parcours qui se joue sur un temps plus long. Et ma vie personnelle, bien entendu, en prise directe avec ma musique. Mais l'envie première, elle, est restée intacte. Comme aux premiers jours, le plaisir de voir une chanson naître de trois fois rien reste mon principal moteur.

La sortie de l'album s'est accompagnée d'une belle couverture médiatique, ça met un peu de pression ?
Aucune pression, non. C'est plutôt encourageant. Etre ignoré sera sans doute bien plus éprouvant.

Qu'est-ce qui a fait qu'une certaine presse s'est intéressée à cet album alors qu'elle n'avait pas forcément encouragé les précédents ?
Cet album a certes connu une belle exposition médiatique, mais je n'oublie pas qu'une grande partie des personnes qui me suivent aujourd'hui étaient déjà présentes il y a 10 ans. Qu'il s'agisse de webzines de passionnés comme le tien, ou de journaux plus installés comme les Inrocks ou Télérama, j'ai la chance d'être entouré de fidèles. C'est une chance rare.

Le fait d'écrire pour Julien Doré ou Thiéfaine donne plus de reconnaissance que ses propres albums ?
Certaines collaborations permettent non pas une plus grande reconnaissance, mais sans doute une plus large exposition. Mais il n'y a pas dans mon esprit de cloisons entre mes propres albums et les chansons que je peux écrire pour d'autres. Si la chanson touche des gens, je suis tout autant flatté, qu'il s'agisse d'un titre de Julien, de Bashung, de Thiéfaine ou d'un de mes propres disques.

Que t-ont-ils demandé de leur apporter ?
Un type d'écriture, je crois. Je ne cherche pas à singer leur propre style, ils n'ont pas besoin de moi pour évoluer là où ils excellent. Je leur apporte ma propre singularité, en tâchant de faire en sorte que ma musique épouse leurs mots et leurs notes.

Si il y a 15 ans, on t'avait dit que tu serais guitariste et auteur pour une star issue de la télé réalité, tu m'aurais dit quoi ?
Je ne suis pas certain qu'il y a 15 ans, j'étais au fait de ce qu'était la télé réalité. Mais personnellement, les choses ne se posent pas en ces termes. Les télés crochets actuels sont des entreprises de divertissement sans grand intérêt. Soit. Pour autant, jeter l'opprobre sur un artiste parce qu'il a participé à tel ou tel programme n'a pas de sens. Julien, puisque c'est lui dont il s'agit, est un artiste rare, qui, j'en suis convaincu, aurait percé quoiqu'il advienne. La Nouvelle Star a fait office de catalyseur, mais je reste persuadé qu'il aurait de toute façon fini par se retrouver sur le devant de la scène. Nous vivons ensemble sur scène des moments précieux, j'en suis fier et heureux.

Tu as aussi collaboré avec Landscape ou Radiosofa, ton univers s'intègre-t-il facilement aux autres ?
Je ne sais pas s'il s'agit d'intégration. C'est avant tout une histoire de rencontres, humaines tout d'abord, et d'affinités artistiques. Naturellement, je collabore avec les amis dont les univers musicaux me semblent proches, ou me touchent.

Que ce soit sur l'artwork ou dans le clip, tu te mets en scène, c'est quelque chose d'encore plus présent, c'est un choix personnel ou un conseil de manager ?
Tout cela vient d'un rêve. Un soir, le Grand Capital est venu me chuchoter une formule magique à l'oreille durant mon sommeil afin que je prenne les commandes du Divertissement Mondialisé, et la première étape consistait à me montrer sous mes plus beaux atours ! Blague à part, c'est surtout l'idée d'une incarnation, présente tout au long du disque, qui m'a incité à me montrer un peu plus. La musique faite chair. Pas certain que cela soit si vendeur que ça.

"Constamment je brûle" est un vrai court-métrage, ça coûte cher de réaliser un tel clip ?
J'envisage effectivement mes clips comme des petits films, avec un scénario digne de ce nom, et de véritables comédiens et comédiennes. C'est important à mes yeux de s'investir dans les images qui vont faire écho au disque, et de ne pas uniquement proposer des clips insipides ou bâclés. On ne fait pas de la réclame. Cela demande un travail considérable, mais la qualité est à ce prix. Qui lui est fort modique. Nous sommes très très loin des budgets standards. Cela s'avère parfois compliqué, il faut compter chaque sou, mais cela permet de garder la main sur le projet, d'être exigeant, inventif, et de préserver une autonomie précieuse.

arman melies - vertigone Pour la production, tu as encore fait confiance à Antoine Gaillet que tu connais depuis très longtemps, tu imagines travailler avec quelqu'un d'autre ?
Tu pourrais être produit par quelqu'un qui n'est pas francophone et voir comment il fait sonner des mots qu'il ne comprend pas forcément ?

Si l'album a effectivement été entièrement mixé par Antoine Gaillet, la réalisation a elle été en grande partie effectuée par Pete Prokopiw, qui est un jeune musicien et producteur anglais. C'est donc pour moi une évolution notable. Pete parle très bien français, mais je crois néanmoins qu'on peut entendre ici et là dans la façon dont sonne Vertigone une approche sans doute plus anglo-saxonne qu'à l'accoutumée, volontairement plus nerveuse et plus frontale.

Je trouve le champ lexical moins désuet sur cet album, les mots sont plus simples, c'est une volonté ou le hasard ?
Aucune volonté de ma part, les mots viennent, et mon principal travail consiste à sélectionner ce qui me semble faire sens et être le plus musical possible. Je ne cherche pas forcément à être lisible, ou moderne, d'ailleurs. Et Vertigone ne me semble pas particulièrement accessible. Depuis toujours, j'aime jouer avec les sens multiples, les références plus ou moins directes. J'aime le travail sur la langue qui tient autant du jeu de piste que de la (re)découverte inconsciente de soi.

Après un album marqué par l'électro, tu es revenu à plus de guitare, pour quelles raisons ?
L'idée première, qui présida tout au long de l'enregistrement, était de tendre vers plus de simplicité, afin de s'approcher d'un esprit plus proche du live. Le dernier disque, très cérébral, très conceptuel, avait quelque chose de presque désincarné. Je voulais prendre le contre-pied de cette approche très intellectuelle de la musique, pour retrouver le plaisir simple mais entier d'évoluer dans un esprit guitare/voix presque « classic rock », en cherchant de la hauteur dans l'exaltation physique, par le biais d'un chant plus habité, notamment.

En février/mars, tu vas être sur la route, tu pourrais n'être qu'un artiste de studio ou tu as besoin vital de la scène et du public ?
Les deux sont on ne peut plus complémentaires, et je serais bien incapable de choisir, mais je suis ravi de pouvoir enfin faire vivre ces chansons sur scène. Elles sont quasiment nées live, dans mon home studio, et rien n'est plus naturel pour moi aujourd'hui que de les jouer soir après soir sur scène.