arman melies - vertigone Arman Méliès est vraiment un artiste insaisissable. Alors qu'il nous était revenu avec un album marqué par l'électronique, il enchaîne avec un opus où il semble se cacher derrière sa guitare et ses tatouages dans un cadre très "rock retro". Impressions vérifiées après de multiples écoutes, quand les notes se sont tues, les vapeurs qui restent sont celles de la voix si particulière de Jan et quelques douces mélodies pop, construites au synthé (le superbe "Tessa", l'éponyme "Vertigone") ou à la 6 cordes ("Constamment je brûle", "Mercure"...). Et il a beau varier les rythmes, en donner parfois beaucoup, apporter des sonorités différentes (saxophone, banjo, claviers...), tenter quelques folies, on en revient toujours à l'essentiel : une voix et des textes qui enivrent et qui font voyager sans effort.

Arman Méliès peut ainsi proposer ce qu'il veut, donner dans le binaire ("Fort Everest") ou le plaintif électronisant dépouillé ("Olympe (à la mort)"), surfer sur une musicalité moderne (les touches électroniques que ne renient pas en ce moment Aaron, "A deux pas du barrage") ou rester simple dans la construction d'une chanson rock ("Les chevaux du vent fou"), peu importe les inspirations, les influences, les volontés, c'est son chant qui sert de fil d'Ariane, de point de repère brillant à travers tout.

Vertigone est peut-être moins marqué que les premiers opus par un champ lexical sorti d'un autre siècle, les mots sont davantage usités par tous, on trouve quand même quelques pépites poétiques, et si certaines exigent une petite recherche ("caresses éolites"), la plupart s'impose purement et simplement : "Une langue sans âge et indomptée / Dans nos corps, nous dira où creuser" ou "Et nos âmes mêlées / Pour une heure / Incendiées.". Arman Méliès reste un formidable auteur, capable de jouer avec les mots avant même de les faire sonner, se rencontrer, les mettre en harmonie avec guitare ou piano, leur donner des formes, une vitesse, un impact, les transformer en nuage sonore qui vient nous percuter ou dorloter les oreilles. Le bonhomme n'est pas du genre à faire des faux-pas, cette nouvelle pièce ajoutée à sa discographie continue de prouver son génie.