Arman Méliès - AM IV Arman Méliès reprend du service au rayon paroles et musique uniquement pour lui ! Car depuis cinq ans, Jan a écrit pour d'autres (Bashung ou Thiéfaine), composé des musiques sans textes (Gran Volcano) et été invité par des amis (Landscape, Radiosofa). En clair, il n'a pas toujours pensé qu'à son bébé... mais revient pourtant dans nos oreilles via le label At(h)ome et une pochette bien plus sobre que les précédentes (toute noire avec son nouveau logo) pour un album sans titre, ou presque (AM IV).

Alors, évolution ou révolution ? Pas évident à dire car si une partie du disque apporte une petite révolution en mettant l'électronique au premier plan, l'autre partie reste fidèle aux productions antérieures d'Arman Méliès. Le personnage reste l'amant des mots ("Des vitrines"), les assemblant pour former des chansons poétiques, peut-être un peu moins marquées par la nostalgie que par le passé mais toujours plus portées sur des ambiances dépressives qu'enjouées. Et ce ne sont pas les quelques beats électro qui vont élargir les sourires. Certes ils donnent du peps par endroit mais leur froideur calme les ardeurs (le labyrinthique "Silvaplana : Röcken - Schwarzwasser - Der Antichrist") et annihile toute esquisse chaleureuse. Pour celles et ceux qui découvriraient Arman Méliès avec cet album, le très intéressant clip/single "Mon plus bel incendie" est l'un des morceaux les plus dynamiques (avec "Des vitrines" ou "Dans la cendrée"), semblat même enjoué si on le compare aux autres ("Pompéi", "Arlésienne")... Jan a toujours un faible pour les sonorités exhumées du passé ("Rose poussière"), les instrumentations ("Fern insel", une nouvelle version sans speech de "Mes chers amis" ou les ultimes minutes "cachées") et se sert de ce savoir-faire pour, la plupart du temps, placer sa voix sur orbite, son timbre collant parfaitement à cette pop plus synthétique qu'acoustique.

AM IV replace son auteur sur l'échiquier de la scène française, lui fait quitter son relatif isolement, le rapprochant de sons plus accessibles à la majorité, il s'éloigne un peu de son univers éloigné temporellement et spatialement de tout le reste pour revenir vers le monde. Alors forcément, ça casse un peu le rêve et les voyages sont moins oniriques que par le passé mais l'ensemble bénéficie d'une telle qualité d'écriture que l'on en oublie la mise en retrait de la guitare et des jolies créations visuelles.