Arman Melies - Obake Difficile d'aborder la chronique de cette nouvelle sortie d'Arman Melies car je connais depuis longtemps le travail de Jan et que, quoi qu'il fasse, je me retrouve assez vite plongé dans ses chansons, ses ambiances, ses textes. Essayer de sortir de son univers et prendre du recul pour en parler à un profane est déjà complexe mais quand le musicien sort un double album aux images et collaborations assez fortes, c'est encore plus difficile.

Avant de le chroniquer, il faut écouter Obake, commencer par le début et un titre d'une puissance phénoménale : "Ta peine". 10 minutes de sons, de rythmes, d'atmosphères entre nappe étrange et petits bruits étincelants et un texte qui finit par surgir derrière quelques notes de guitare pour nous transpercer le cœur. Putain, qu'est-ce que c'est beau. Ta peine, ta peine, je la ferai mienne, la compassion, le partage, les douleurs, ceux qui ne sont plus là habitent un ensemble qui porte le nom d'un esprit issu du folklore japonais, un fantôme capable de prendre plusieurs formes... Comme Arman Melies qui sait se métamorphoser selon les nécessités, soit qu'il faille jouer de la guitare, chanter ou habiller un rythme de sonorités diverses. Lui est bien ancré dans le monde réel et s'amuse à entrechoquer des textes d'une grande poésie sur "Mange tes morts", pour faire danser les présents comme les absents. Un "Obake" ne parle pas, il se déplace légèrement dans l'air et observe ceux qui défilent auprès d'Arman. Ils sont nombreux à lui rendre visite, ils apportent tous un petit quelque chose en plus aux compositions, comme le saxophone d'Adrien Soleiman sur l'éponyme, Adrien qui repasse un peu plus tard sur "Vanisher" pour doubler les voix et ainsi créer un chant hybride. La même idée est déclinée sur "Agora" où La Féline se déguise derrière des effets pour nous mettre mal à l'aise. S'il met un peu de temps à émerger d'une brume électronique, Jonathan Morali (Syd Matters) apporte sa douceur et une lenteur qui contraste avec l'excitation des sons samplés du début de "Neon demon", appuyée par la délicatesse du timbre de Pauline Denize. La chanson capte l'attention, impose le respect et appelle à la contemplation. Arman Melies remet en avant ses textes sur "Un royaume", des mots énigmatiques, des phrases presque répétées qui sonnent comme des recommandations pour ne pas se perdre. Sur un beau coussin d'électroniques, la suédoise Fredrika Stahl dépose un chant pop-folk ensorceleur avant que le spectre de l'obake ne refasse surface pour lier le disque noir au blanc. Celui-là aussi se place au premier rang pour voir d'autres amis déposer leurs empreintes, des traces plus visibles car pas aisément compatibles avec l'univers d'Arman Melies mais le slam d'Abd Al Malik ou les claviers de Mondkopf viennent se fondre dans la masse et former une nouvelle chimère. Pour se remettre de nos émotions, "La chancelle" semble être le cœur de la deuxième partie (qui prend son nom), un titre plus "classique", un "single" évident tant il ressemble à l'image qu'on a de lui. C'est avec un autre morceau très instrumental que l'histoire se referme et que les esprits nous libèrent.

Œuvre singulière et double, Obake redéfinit Arman Melies, un atome qui sait attirer d'autres électrons pour se donner du volume et davantage encore de consistance même si, seul, il est déjà rayonnant.