archive you all look the same to me Si Pooly avait du parler, dans son style si particulier, de You all look the same to me, il n'aurait pas pu le faire en moins de 10.000 mots. Chaque seconde de cet opus est précieuse, chaque minute regorge de richesses sonores, chaque titre est un diamant aux multiples facettes et c'est lui qui nous travaille. Quand on se plonge dans l'album, on ne peut que difficilement en sortir, pour moi, c'est une sorte de Wish you were here moins conceptuel... Et pourtant il n'est pas évident de le voir comme un tout, tant il est varié, tant ces dix titres nous touchent différement. Et Archive a choisi de nous propulser dans son univers par "Again", un monstre de plus de 16 minutes. Un arpège à sa naissance, une voix chaude, une légère mélodie, des petites notes, un refrain, une nappe de synthé et les premiers échos "Again, again, again" lancent le titre. Un harmonica déchire l'ambiance, lancinante, la mélopée se poursuit, les violons surgissent, se surimposent, suivis par une basse qui pourrait être tenue par Roger Waters, la tension monte et c'est elle, la basse, qui fait basculer le titre, change le tempo, l'atmosphère Floydienne s'installe, nous ensorcèle. Guitares distordues, nouvelle étape, davantage hypnotique, la musique cède à nouveau la première place au chant, qui me rappelle par moment Spor. Tout en ruptures et en continuités, ce titre est somptueux. La folie l'emporte au loin, il meurt, mais il ne lâche son dernier souffle qu'un peu plus tard quand le calme est revenu. "Numb" est plus tribal, [numb] plus violent, [numb] plus électrique, [numb] plus éprouvant, [numb] plus binaire. Le calme et la douceur de "Meon" sont donc appréciés, sans transition, Craig nous interpelle à nouveau de sa voix chaude et claire, là, c'est le clavier qui bouscule légèrement le morceau, lui fait changer d'orientation, amène une nouvelle instrumentation grandiose ... "focus babe..." et survient une voix féminine de toute beauté, "focus babe..." assure le relais. Emouvant. Ensuite, c'est plus vers Radiohead qu'il faut aller chercher la comparaison, "Goodbye" étant très pop, dépressif mais pas déprimant. Toujours sans transition arrive le piano de "Now and then" puis place à l'inquiètude de "Seamless", un instrumental qui sert de rampe de lancement à "Finding it so hard", deuxième morceau à dépasser le quart d'heure. Epique, épileptique, il carbure au tempo dédoublé machinalement sur lequel se place un chant lent et doux, le corps et l'esprit se dissocient. Break floydien, on y revient, sonorités à la "Welcome to the machine" et Archive se remet en route, nous démantibule, le trip est assuré sans substance illicite. Les choeurs nous prouvent qu'on est définitivement ailleurs, le paradis n'est pas loin. Et si "Fool" n'était pas séparé de ce titre, ils pourraient ne faire qu'un... Le bonheur se prolonge. Le rêve serait-il éternel ? La douce voix féminine nous ramène à la réalité, enfin, nous fait espérer qu'elle est réelle, retour sur Terre donc. Avec "Hate" et "Need", deux seuls titres qui sont (presque) abordables sans écouter tout l'album, reposants, ils semblent nous dire au revoir, nous saluer, nous remercier d'avoir prêté attention à leurs grands frères. Et sur un arpège, après une montée dans les aigus, Archive s'en va et reste dans notre esprit à tout jamais.