Arch Woodmann Ensemble au BBMix C'est dans un complexe culturel flambant neuf, ouvert il y a 3 ans, que nous arrivons ce soir pour assister à la deuxième journée du festival BBMix, évènement organisé par la mairie de cette ville du sud ouest parisien. Le Carré-Bellefeuille est un lieu propre pour une ville propre avec des gens propres et donc fatalement la musique proposée pour cette soirée sera propre. On a donc conscience d'où nous avons mis les pieds (donc aux antipodes d'une SMAC) et le temps de faire le tour d'une petite exposition consacrée à Georges Brassens (on fête cette année les 30 ans de sa mort), nous entrons dans une splendide salle aux sièges rouges où un duo plus tout jeune répondant au nom de John & Betty a pris place sur la grande scène. Voix, tom basse et tambourin pour Madame, guitare vintage et chœurs pour Monsieur, la musique de ce duo parisien laisse place à un blues-folk-pop influencé par Moldy Peaches, Adam Green, Herman Dune et Jeffrey Lewis. Le rendu sonore de la salle est classe et par conséquent bonifie la très jolie voix de Madame. Si musicalement John & Betty ne font pas avancer le schmilblick, leur simplicité, leur bonne humeur et leur imprévisibilité (notons la manière d'occuper le terrain et de se rattraper quand l'ampli de guitare lâche au bout de quelques titres et ce pendant un petit bout de temps) plait au public qui, je le rappelle, est assis ce soir. Arch Woodmann Ensemble au BBMix

La mise en bouche timide de la soirée va se transformer peu à peu en effervescence rock avec le quatuor Mrs Good. Sûrement issu d'une rencontre dans une de ces fameuses écoles de musique, ce qui ne m'étonnerais pas à la vue du talent indéniable des musiciens, ce groupe parisien étonne par ses compositions ambitieuses dégageant des effluves pop-rock 70's (look compris !) mêlées d'harmonies vocales et de mélodies assurées. Une prestation religieuse avec quelques tentatives de blagounettes, preuve qu'il ne suffit pas d'être seulement doués pour arriver à percer. Le groupe qui précède Arch Woodmann m'a, pour ainsi dire, mis une petite claque, le truc inattendu, un peu l'OVNI de la soirée qui n'a rien de rock, de pop, de folk, rien, nada. Ils sont cinq et s'appellent Arat Kilo et sur un décor sonore adéquate nous annonce que nous sommes à Addis Abeba, la suite ne se fait pas attendre : nous allons bouffer de l'éthio-jazz, un style que j'apprécie beaucoup car issu de divers courants dont la musique latine. Mais là où le quintet est fort, c'est qu'il va puiser ses influences bien au delà de cette musique éthiopienne en incluant par moment des phases hip-hop et dub. Sourdine, sax, kalimba, et autres guitare funky battent le pavé puis s'imprègnent durablement dans nos esgourdes pour terminer en déhanchement tribal. Enfin, dans nos pensées, puisque tout le monde reste encore bien assis au fond de son siège. Dommage.

L'intérêt de notre venue ce soir se résume à l'attendue prestation d'Arch Woodmann et de son ensemble clarinette, violon, violoncelle et trombone. Adoubé par une majeure partie de la presse spé et du public, Mighty Scotland va se faire refaire le portrait grâce à l'apport d'éléments harmonieux extérieurs. Une scène olympienne à l'éclairage soignée qui vous change du tout au tout un groupe. Car Arch Woodmann subit véritablement là une transformation, change d'ampleur, en somme. Là où les arrangements sur le disque sont assez important, le groupe n'arrivait pas toujours à rendre la pareille sur scène. Dans cette configuration vent-cuivre, ce détail est gommé et ce travail pointilleux a visiblement aidé en ce sens la formation. Quelques morceaux du premier album (dont l'excellente « Slowly singing ») viennent étoffer une set-list hantée de chœurs voluptueux. On fermera les yeux sur le désaccordage de la guitare d'Antoine à un moment donné (qui a du passer inaperçu auprès de l'audience) et des quelques « Lucie ! » lancé par Antoine quand elle omet d'appuyer sur la pédale d'effet. Bref, tout semblait laisser croire que cette parenthèse artistique allait tomber dans la démesure, mais il n'en sera rien. Arch Woodmann a fait preuve de modestie sur ce coup là et ne s'est pas lancé dans la grandiloquence orchestrale de certains artistes tel que The Notwist. Tout simplement parce qu'ils ne sont pas The Notwist. Si ce "4+4" passe par chez vous - car d'autres dates devraient être annoncées prochainement - foncez-y prendre votre dose de frissons.