Arcane Roots - Melancholia Hymns Arcane Roots, ou comment se forment les vagues ?

Parfois le nom d'un album ne dévoile en rien son contenu. Arcane Roots, lui, a le mérite de présenter ce qui sommeille au sein de son nouvel LP, en 2 mots :Melancholia hymns. Dix titres qui sont autant de vagues de mélancolie, construites comme des ondes océaniques : elles naissent d'abord doucement dans des sons electro pop épars, avec la voix de tête d'Andrew Groves d'abord très appuyée et mélodieuse, elles gagnent en puissance, s'épaississent avec des ajouts progressifs de multiples instruments, sonorités, en nappes, en boucles ou en ajouts rythmiques, pour s'abattre ensuite avec fracas, libérant soudainement des hurlements, des guitares saturées qui pilonnent l'air, des fûts martyrisés, puis disparaître doucement en écumes délicates.

Ce trio londonien, formé en 2007, est donc composé d'Andrew Groves au chant et à la guitare (seul membre originel), d'Adam Burton à la basse (depuis 2008) et de Jack Wrench (depuis seulement 2016) à la batterie. Après 2 EPs, il présente ce deuxième album, sorti en septembre 2017.

Arcane Roots, maîtrise la montée en puissance, le crescendo carthatique, l'ascension des émotions. A l'écoute de « Before me » qui démarre l'album, ou des premières mesures de pas mal de titres, on peut penser être tombé sur une pleureuse à la James Blunt qui va nous refiler de la soupe à la guimauve pendant une heure, mais il faut dépasser ce timbre de voix et se poser devant cet océan sonore, prendre le temps de tout appréhender, et laisser passer les titres. Arcane Roots les travaille méticuleusement, les destructure, les hache. Toute l'ingéniosité Arcane Roots réside dans la composition très travaillée des titres, découpés en séries séquentielles hétérogènes, pourtant intimement liées. Comme « Curtains » qui débute comme un Jay Jay Johansson ou un Anohni, avec en premier plan, la voix du chanteur accompagnée de chœurs discrets, un simple piano, un rythme trip-hop de base. Après presque 2 minutes, un gros son de synthé envahit l'espace. Une troisième séquence s'enchaîne avec une guitare qui plombe chaque temps, la batterie qui explose, tandis que la voix s'éraille et déraille. Enfin, une dernière séquence électro instrumentale termine le morceau, mais c'est pour mieux enchaîner avec le titre suivant.

On dit parfois que certains albums sont exigeants, alors qu'a priori, une œuvre musicale ne semble pas nécessiter un investissement quelconque de la part de l'auditeur. Mais sans un minimum d'ouverture d'esprit et d'implication personnelle, l'océan sonore d'Arcane Roots pourrait ressembler à des vaguelettes un peu trop pop qui font plouf, alors qu'il s'agit de murs de rock alternatif qui grossissent lentement, submergent l'esprit et inondent les tympans. Comme un tsunami musical.