Malgré des ajustements d'effectif (le changement de bassiste est-il une obligation contractuelle ?), Ant Nebulä continue de nous régaler à un rythme élevé (une prod' lors de chaque année paire !) avec un sacré cap de franchi cette fois-ci puisque Stars aligned machine est composé de 11 titres, un album complet qui ne peut pas nous laisser sur notre faim tant il nous régale.
Après un titre inaugural assez rocailleux, orienté stoner et au chant assez direct, le trio déploie son arme atomique, un morceau qui me fait rendre les armes immédiatement : "White noise". La touche Sleeppers est indéniable, le son de gratte est fabuleux, le riffing délicieux, la mélodie sombre vire à l'étincellement, les poils se hérissent, les attaques rythmiques ou guitaristiques n'y feront rien, on ne se sort pas de ces lignes vocales directrices, c'est une démonstration de tout ce qu'on aime chez les Bordelais... Conscients de leur génie, ils désossent leur œuvre pour n'en garder que la substantifique moelle, la déconstruire et l'habiller autrement avec la complicité du clavier de Dasha (qui joue une musique folk venu de l'Europe de l'Est avec Daroga) sur "White noise - The sequel". Les invités sont assez nombreux sur cet opus puisqu'on retrouve d'autres amis venus apporter plus qu'une présence sur quelques titres. Ainsi la voix de Deborah (chanteuse chez Herein) amène une douceur incroyable dans un monde très rugueux et fait de "Ninth life" (couplé à "Dead dream") un espace aéré au cœur d'un opus assez saturé. A l'opposé, la participation de Xav (qui opérait au sein de Jenx, combo bien connu de nos services) amplifie la densité de l'atmosphère avec un chant (avec ou sans filtre ?), ce "Trigger" comme "Ghostlike" montre combien l'ouverture d'Ant Nebulä leur permet une compatibilité avec d'autres univers. Bon, ok, pour "Ghostlike", c'est un peu facile car le guest n'est autre que Raf des Sleeppers, c'est là aussi, évidemment, un de mes titres favoris. J'aime beaucoup aussi leur reprise de "She's lost control", le gimmick aisément repérable des Joy Division finit par se faire ensevelir par des accords distordus de Mammouth pour que la cover soit totalement appropriée, revisitée et donc réussie. Au contraire, j'ai du mal avec "Fake me", ultra binaire et electro, je peine à comprendre le pourquoi du comment, peut-être qu'il aurait fallu le mettre en dernier ou en "morceau caché", même si ce n'est pas évident de placer le déstructuré "Stars aligned machine" plus tôt dans la trackliste. Ou alors, il fallait tout revoir et ne pas condenser autant de bons morceaux dès le début (je n'ai pas évoqué "Mythomaniac" qui bastonne pas mal aussi !), mais cela n'est qu'une considération très personnelle.
Machine à aligner les tubes, Ant Nebulä lance son album sur de très bons rails avant de s'autoriser des aventures sur des sentiers moins balisés qui plairont beaucoup plus ou un peu moins selon les appétences de chacun, mais qui témoignent d'un sens créatif particulièrement poussé. En attendait-on moins d'eux ?
Publié dans le Mag #70





