And So I Watch You From Afar - Heirs Petite polyphonie introductive, le tempo féroce se lance, les guitares s'entrelacent, les chœurs suivent, silence... La machine And So I Watch You From Afar est lancée avec "Run home", morceau introductif, autant énergique que planant. Ce titre sous tension marque l'empreinte d'un groupe déjà bien installé confortablement sur le territoire des musiques rock qui se veulent alambiquées, tout en dévoilant ses côtés chaleureux et un brin fédérateurs. Heirs, soit les héritiers en VF, est la dernière salve sonore des gars de Belfast. Un cocktail détonant de math-rock et de post-rock (pour faire court), une formule modulable faussement pop au sein de laquelle le groupe a déjà fait ses preuves, notamment avec All hail bright futures, dont la filiation pour le coup est plus que stupéfiante.

Les Nord-Irlandais sont toujours habiles quand il s'agit de rendre leur musique facile à l'écoute sans que leur maîtrise technique en devienne indigeste et prenne le pas sur le reste (un problème récurrent de pas mal de formations de nos jours). Bien au contraire, elle est même de plus en plus atténuée par un élément important dans l'évolution du quatuor : la présence du chant. "These secret kings I know" en est un bel exemple, tout en chœurs contrôlés, ce titre en sort bonifié car il sert mélodiquement la composition. Mais le groupe doit également se prémunir d'un excès d'orgueil sur ce point là, car au fil de la lecture du disque, les vocalises à base de "oh oh, oh oh oh, oh oh" peuvent vite devenir un cauchemar pour l'auditeur. Ce n'est évidemment pas le cas de tous les morceaux, même si on ressent cette facilité à toujours vouloir meubler de voix des parties de pistes qui n'en ont pas toujours besoin. Je pense par exemple à "Animal ghosts", qui en plus de cela intègre des bouts de trompettes qui n'apportent vraiment pas grand chose au morceau.

La volonté d'And So I Watch You From Afar de rendre ce Heirs le plus éclatant possible n'est pas un mal en soit. On aime son brin de folie totalement domptée, ses moments de quiétude tutoyant les cieux et sa "coolitude" assumée, mais certains morceaux un peu longs, dont "Heirs", fonctionnent beaucoup plus sur scène que sur disque. "Tryer, you", titre qui suit et sonne le glas d'une manière tendant vers quelque chose d'épique et censé être le bouquet final éblouissant comme dans un feu d'artifice, n'apporte déjà plus grand chose à ce stade de l'écoute car le cadeau est déjà ouvert depuis plusieurs dizaines de minutes. Peut-être aurait-il fallu revoir l'ordre d'apparition des chansons ? Dommage, mais cela n'enlève en rien la qualité relativement excellente de ce quatrième album.