Alkalys - Choeur delys Le voyage, ...L'idée de voyage... quand l'âme se rit de l'espace et du temps... De la rage écumante des océans déchirés, au calme figé des paradis glacés, des contrées par-delà les mondes, si lointaines que seule la pensée et l'imagination y parviennent... telle est l'invitation ! La musique ici n'est qu'un des aspects, elle ne vient pas seulement vous rencontrer, elle vous porte, vous emporte, si vous l'acceptez,elle vous emmène ..chez elle .en vous ... Expérience sonore, atmosphère initiatique,délires hypnotiques ... Autant de définitions possibles que de sensibilités personnelles, à chacun de voir ... Alkalys. Rock progressif ? Un projet post-rock ? Littéralement oui, mais voilà ! Les mots ont leurs limites et là justement . Quand la profondeur de l'émotion ne se traduit plus en termes, quand l'alchimie lève le voile, l'analyse n'a plus de sens... C'est par ces quelques mots qu'Alkalys parle de sa musique... On aurait pu s'arrêter là, mais on va quand même tenter de pousser un peu plus loin.

Errance solitaire aux confins du réel, là où s'arrête le concret et où débute l'imaginaire, ce qui relève du phantasme, de l'utopie, le groupe l'explore par le biais d'un album qui stimule notre inconscient et façonne nos chimères. Dans cet esprit, Choeur délys s'ouvre à nous avec "Sink" et ses 5'39'' de (post) rock enfantin et aéré, une seule mélodie, une ritournelle ingénue sur laquelle vont venir se plaquer quelques accords de guitares ("Shamallow") qui vont lentement mais inexorablement apporter de l'amplitude à une seconde plage musicale qui s'étend à l'infini, jusqu'à dépasser le quart d'heure. Une batterie qui se fait discrètement omniprésente, une structure volontairement répétitive, toute en progressions mélodiques, laquelle suit fidèlement le crescendo émotionnel qui se fait au départ frémissant avant de se laisser tranquillement exploser. On approche de l'extase. Et pourtant, c'est là qu'Alkalys semble jouer de retenue, afin d'éviter le passage obligé du crescendo majestueux typiquement estampillé "post-rock" (classique du genre...). Un leitmotiv sur cet album qui, s'il ose jouer avec les codes pour mieux les faire imploser de l'intérieur (l'excellent mélange post-math-rock noisy "Main courante"), peut parfois manquer d'audace ("Happy carbonara" un peu en dedans). Mais quand il pousse son concept au maximum, le groupe parvient à s'affranchir des influences encombrantes pour développer une musique intrigante qui n'appartient qu'à lui. Pas toujours post-rock, encore moins ouvertement noise, quelques fois math-rock, Alkalys s'amuse à flirter avec les frontières musicales pour mieux enrichir les morceaux composant Choeur délys et de fait, les sublimer en leur donnant une vraie personnalité ("DB3,14IN"). Brumeux, planant, le (post)rock ambiant délivré par les Normands s'efforce de toucher les cieux, à l'image de son artwork, à l'onirisme céleste, et s'approche fréquemment des univers planants esquissés par Justin Broadrick avec le projet Jesu ("Rhododendron"). Dommage que le groupe se perde avec "Loup-ange", un morceau qui ne semble pas avoir grand chose à faire sur l'album et qui conclue de fait, sur une fausse note, un disque au magnétisme par ailleurs obsédant... Encore une très belle sortie made in Basement Apes Industries (General Lee, Purse Snatcher, Time to Burn) et une très agréable découverte...