aic_facelift.jpg Facelift est le premier album d'Alice in Chains, fruit de quelques années de gestation. Cet opus a incontestablement contribué à faire d'AIC un groupe à part dans cette scène "grunge" qui rétrospectivement, n'avait que très peu de pertinence, mis à part le fait de rassembler des groupes d'une même provenance géographique. Les intéressés eux-mêmes étaient d'ailleurs assez dubitatifs quant au fait d'être associés dans cette étiquette "grunge" avec les joyeux drilles des Presidents of USA, avec lesquels ils n'avaient pas grand chose en commun musicalement parlant. Les AIC se distinguaient de la masse de groupes proliférant à l'époque par une noirceur globale et des ambiances bien plus pesantes. Les guitares y sont résolument plus métalliques, les influences différentes (Black Sabbath, le glam rock), la violence des maux (des mots ?) est exacerbée. Les deux architectes du son made in AIC que sont Jerry Cantrell et Layne Staley y ont trouvé le moyen d'exorciser leurs démons en explorant les divers abîmes de la condition humaine.
Les hostilités démarrent avec un "We die young" percutant et incisif. Les ingrédients qui feront le succès d'AIC sont dores et déjà présent : le sens inné du riff racé pour le classieux Jerry Cantrell et le timbre de voix de Layne Staley qui s'avère malsain à souhait. Mettre en doute de la sincérité de Layne et d'ailleurs impossible tant cette voix est empreinte de désespoir et de souffrance : un garçon littéralement habité par les textes qu'il chante. On songerait volontiers à un Ozzy Osbourne (de la belle époque de Black Sabbath, d'ailleurs influence majeure de Layne) brut de décoffrage et décomplexé osant s'aventurer aux frontières d'un certain lyrisme (probablement grâce à cet héritage glam rock) Le résultat est édifiant et souvent d'un morbide savoureux. Les AIC poursuivent cette lente descente dans les profondeurs avec un "Man in the box" qui fait partie des classiques du groupe. La voix métallique de Layne et les riffs acérés de Jerry ne font souvent qu'un lors de belles envolées et rendent le propos du groupe d'autant plus riche en émotion. Les morceaux exceptionnels s'enchaînent sans véritable temps mort. Une énumération est vaine et fastidieuse tant les moments de bravoures sont extrêmement nombreux et font de ce Facelift une véritable succession de perles métalliques.
Les Alice in Chains mettent le niveau très haut pour un premier essai : l'album est une collection de moments sombres d'anthologie (prodigieux "Love hate love") et une minorité d'autres finalement plus banals (entre autres "Confusion"). Cet album est probablement le plus humain, à l'image d'une vie de groupe parsemée de hauts et de bas. C'est d'ailleurs dans cette recherche d'une "hauteur" constante et d'une production d'endorphines effrénée que Layne Staley finira par se brûler les ailes à petit feu tout en rendant AIC incontournable dans la galaxie du rock torturé.