Alice in Chains - Rainier fog Comment ne pas être touché par Alice In Chains ? Quand tout allait bien (ou presque), le groupe était capable de transmettre des émotions fortes, aujourd'hui qu'il s'est reconstruit, il est difficile de ne pas se faire embarquer dans leurs histoires comme si on était de la famille puisqu'ils partagent tout avec nous : leurs doutes, leurs chagrins comme leurs aspirations.

Si les Américains restent au-dessus de la mêlée, c'est peut-être aussi qu'avec des fondations réellement six pieds sous terre, ils ne trichent pas, ni avec eux-mêmes ni avec nous. Ils sont toujours hantés par les fantômes de leur passé (le terme "Ghost" revient plusieurs fois) et même le jeunot William DuVall puise dans ses tristes expériences pour sublimer les compositions ("Never fade" peut faire autant référence à sa grand-mère qu'à Chris Cornell). Les autres ont des souvenirs douloureux mais ne les mettent pas de côté, préférant vivre avec, comme ils vivent avec cette image du Seattle des années 90, la ville qui s'est fait un nom en sortant du brouillard et de l'ombre du mont Rainier, la ville a changé, Layne et Mike sont partis, "Rainier fog", le titre comme l'album sont donc une ode au passé, un passé qui permet de bâtir un futur plus lumineux. Cela passe par un William DuVall plus à l'aise que jamais, pour la première fois il écrit seul un titre ("So far under" très old school musicalement) et son travail avec Jerry Cantrell atteint des sommets, en phase, les deux chanteurs se complètent et fondent leurs voix pour brouiller les pistes et faire en sorte que les idées de séparation et de solitude perdent de leur force (le somptueux "Maybe"). Autre moyen de combattre ces sensations, laisser participer un vieil ami, en l'occurrence Chris DeGarmo (ex-guitariste de Queensrÿche) qui pose quelques notes sur "Drone". Pour autant, la vraie réponse du groupe face à son histoire, c'est l'écriture de titres ultra dynamiques, pêchus en diable (ce "The one you know" pour lancer l'opus !) qui dénote une volonté de se battre et de faire face, un peu comme cet homme de dos sur l'artwork qui semble affronter son passé et essayer de voir à travers l'œil omniscient comme au travers d'un judas sur la porte du ciel. Bien entendu, on reste dans des niveaux de gris, du noir et blanc, le brouillard, la mélancolie habite et habitera toujours Alice In Chains, on leur en voudrait même s'ils venaient à s'en émanciper parce que c'est ce qui donne le goût à leur musique, les titres plus légers (comme "Fly" qui porte bien son nom) trouvent moins grâce à mes oreilles, je préfère quand le ciel est bas et lourd, quand ça bourdonne, quand ça traîne et ça s'embourbe comme ce "Deaf ears blind eyes" dans lequel on pourrait rester enlisé bien plus longtemps avec plaisir.

Alice In Chains ne se réinvente pas avec Rainier fog mais continue de grandir et de composer des titres éblouissants de classe malgré des sujets ô combien douloureux que les années et les drames semblent raviver plus qu'atténuer. Mais c'est tout ce qu'est et a toujours été Alice In Chains qui depuis ses débuts vit avec la mort, qu'elle les touche de très près ou d'un peu plus loin ("Killing yourself", "We die young", "Sunshine"...), et y survit par et grâce à la musique.