Akira - Ek bara mala #1 Des musiciens prolifiques, on en trouve un peu partout... enfin partout oui sauf en France. Culturellement, l'artiste français, s'il est souvent réputé pour sa poésie textuelle, est rarement loué pour sa productivité... ce dans n'importe quel art. Se cachant derrière le cliché de la feuille blanche, se laissant bercer par les affres de l'absence d'inspiration, le musicien français, s'il est fréquemment taxé d'être talentueux et chantre du bon goût, n'en reste pas moins très souvent dilettante aux yeux des anglo-saxons ou des nordiques notamment. Un cliché ? Certes mais souvent avéré. L'exception culturelle hexagonale dans toute sa splendeur en sommes. Et là, c'est le moment où on annonce avec un petit effet de manche que l'on a trouvé l'exception de l'exception : Mathieu S. a.k.a Akira, l'homme derrière qui se cache le projet Akira & the Airborne Particles.
Remember, début 2008, ce musicien protéiforme, connu par son implication au sein d'Agora Fidelio lance son projet solo destiné à être générateur de collaborations à géométrie variable. Au mois de septembre, le premier album, entièrement écrit, interprété et produit par Akira himself voit le jour. Coup d'essai et coup de maître. Jusque là, rien de bien imprévisible, on s'y attendait à vrai dire un peu. Sauf que quelques jours, celui-ci nous confie qu'il planche déjà sur la suite, un projet collaboratif qui sort... en décembre. Là, on se dit qu'il s'est produit quelque chose... Mais Mathieu ne s'arrête toujours pas après ça, puisque début 2009, il s'attèle à ce qui est déjà le troisième effort d'Akira & the Airborne Particles. En attendant la sortie de celui-ci, on s'arrête donc sur le deuxième opus du projet avec Ek bara mala #1. Premier volume d'une série de disques collaboratifs devant, a priori, sortir à intervalles réguliers, cet EP réunit une pléiade de guests parmi lesquels on trouve la fine-fleur de la scène indie du sud-ouest de l'hexagone. Des membres d'Aeria Microcosme, Dona Confuse, My Own Private Alaska, Psykup, etc..., en clair l'entourage musical d'un artiste qui sait où il veut aller et maîtrise son sujet en chef d'orchestre instigateur d'une oeuvre qui s'annonce déjà fleuve...
Ek bara mala #1 donc... Cinq titres, une vingtaine de minutes de musique(s) et dès les premières secondes, l'impression latente qu'Akira s'est éloigné quelque peu des sphères de son premier album pour faire évoluer son art. A sa guise, sans complexe d'aucune sorte. Librement inspiré du roman graphique de Grant Morrisson et Dave Mac Kean, "Arkham Asylum", "The mathematics of mind" dévoile une collaboration tripartite réunissant Baptiste B. (Aeria Microcosme, Simone Choule), Yohan H (Aeria Microcosme, Cats on Trees, MOPA) et donc Akira. Titre ouvertement indie rock, ambiances old-school teintées de psychédélisme, ce premier acte marque les esprits par ses partis-pris artistiques. Un chant qui semble chercher à se déshumaniser pour plonger l'auditeur dans un univers irréel situé à la frontière de la raison et de la folie, arrangements raffinés, un soin tout particulière à l'atmosphère d'un titre lunatique, jouant les funambules avec un brio qui ne se dément jamais. Classe. Décidé à varier les plaisirs, "I can see" orchestre la rencontre entre Akira et les Dona Confuse. Nappes ambient/rock teintées d'électro vaporeuse, une musique lunaire et noctambule qui se dévoile à nous lentement mais sûrement. Akira et ses camarades de jeu déversent dans cette composition commune, les ingrédients d'un songwriting habilement ciselé, catalyseur d'émotions qui seront portées à ébullition lors du chapitre suivant : "Anoter | New | Next | Again". Un duo avec Bernard C. (Lady into Fox, Sybil Vane...) qui laisse les saveurs des mélodies passées se propager encore un peu, nous offrant quelques plaisirs fugaces qui résonnent comme autant de petites lueurs dans l'environnement fantomatique d'un disque ouaté aux lignes directrices en perpétuel mouvement. Des points de fuites que l'on distingue à peine sur "A psychopath in your bed", morceau sur lequel on retrouve notamment un ancien compagnon de route de Mathieu au sein d'Agora Fidelio (Stéphane B.), mais également un membre de Psykup et Simone Choule (Julien C.). Pour un résultat qui nous laisse confus, troublé... Un cinquième et dernier titre en forme d'épilogue avec un morceau chanté dans la langue de Voltaire ("L'Influence de la noire") et la présence de Benjamin V. (MacZde Carpate) en guest, nous voici parvenu au terme du premier épisode d'une série de collaborations artistiques dont on attend déjà la suite avec impatience...