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Biographie > aérien et lourd ?

C'est à la fin des années 90 qu'Aereogramme se monte, on est à Glasgow, en Ecosse et il pleut... Craig B (chant, guitare) compose l'essentiel du travail et joue avec Iain Cook (guitare), Campbell McNeil (basse) et Martin Scott (batterie) le résultat dans les bars de la ville. Ils commencent par sortir des petites démos (Translations et Hatred en 2000), puis avec l'aide de Chemikal Underground éditent un EP (Glam cripple, 2001) puis un album (A story in white, 2001). Ils tournent au Royaume-Uni, commencent à se faire connaître outre-Manche mais le groupe reste assez obscure... C'est en 2003 qu'ils vont passer dans la lumière avec un nouvel opus (Sleep and release) et un autre EP (Liver & lungs où l'on trouve une reprise du "Thriller" de Michael Jackson), ils intensifient alors leur présence sur scène des deux côtés de l'Atlantique et croisent Henry Rollins, Isis, Thursday, Idlewild et jouent même à Dour 2004. Ils signent ensuite chez Undergroove et sortent Seclusion, un EP dispo en France à partir de fin mars 2005... L'année suivante est assez chargé pour les écossais qui s'enferment en studio avec Isis dans le cadre des Fishtank Sessions (c.f: Isis | Aereogramme) avant de s'en aller enregistrer son troisième album studio My heart has a wish that you would not go.

Aereogramme / Chronique LP > My heart has a wish that you would not go

aereogramme_my_heart_has_a_wish_that_would_not_go.jpg A l'heure de son quatrième opus au titre fleuve : My heart has a wish that you would not go, Aereogramme est revenu porter les couleurs de son Ecosse natale en revenant chez Chemikal Underground (Arab Strap, Mogwai, Mother and addicts) son label d'origine, après une petite infidélité avec Undergroove Records, à l'occasion de Seclusion. Entre-temps, le groupe, qui n'a jamais su être très grand public a par contre partagé un split avec un grand nom de la scène metal indé : Isis : Isis | Aereogramme à l'occasion du 14e volume des Fishtank Sessions, ce qui fait qu'on attend beaucoup de cet opus. Un retour aux sources contractuel et affectif donc, qui pourtant va étonnamment contraster avec l'évolution musicale de cet album plus post-rock et apaisé qu'auparavant.
En réalité, cette évolution est autant voulue que forcée par le groupe, du fait des ennuis de santé de Craig B., vocaliste talentueux mais contraint d'économiser sa voix sur cet opus, lequel bénéficie donc d'un chant moins ravageur que sur Sleep and release par exemple. Instrumentalement, là où les précédents efforts du groupe pouvaient à tout moment s'enfoncer dans des tourments torturés, empreints d'une violence sourde et difficilement contenue, "Conscious life for coma boy" ou "Barriers" dévoilent des mélodies pop habilement plaquées sur des lignes de guitares qui ne sont pas sans évoquer un Oceansize en sourdine. Arrangements à cordes inspirés, ballades pastorales volubiles, le virage à 180° pris par le groupe a de quoi en dérouter plus d'un, tant tout ce qui faisait la force d'impact d'Aereogramme jusqu'à maintenant est aujourd'hui aux abonnés absents.
Même quand il est remplacé par des tonalités plus douces, quelques mélodies graciles, un post-rock céleste, enchanteur et épique ("Exits") aux mouvements progressifs subtilement amenés quand il ne s'égare pas en chemin (les poussifs "A life worth living", "You're always welcome"), on a du mal à suivre. En clair, le Aereogramme nouveau peine à convaincre. Evidemment, My heart has a wish that you would not go se laisse écouter sans déplaisir (mention spéciale tout de même à "Nightmares") mais le groupe semble avoir perdu une partie ce qui faisait toute l'intensité de sa musique, ce qui nous laisse sur notre faim et pas franchement surpris qu'il ait remisé le kilt quelques mois plus tard en scellant la fin de son aventure musicale.

Aereogramme / Chronique LP > Sleep and release

aereogramme : sleep& release Artwork assez énigmatique et un album (le deuxième du groupe) comme toujours avec les Ecossais d'Aereogramme assez difficile à classer dans tel ou tel style musical. Navigant à vue entre les genres, les natifs de Glasgow propose avec ce Sleep and release, dix titres d'un rock sombre et fouillé, mélange de post-rock et de crescendo métallique le tout surplombé de quelques discrètes textures éléctroniques. Sur le fil du rasoir, "Indiscretion number 243" ou "Black path", les deux premiers titres de cet album, se révèlent comme des morceaux qui n'ont que très peu de points communs, sinon une volonté affichée de la part des membres d'Aereogramme de proposer une musique riche, intense et exigeante.
Murs de guitare, mélodies au violon accompagnées par un clavier, accès de rage et sonorités à tendances éléctro, la musique du groupe oscille en permanence entre douceur et violence non contenue. Aereogramme distille ainsi tout au long des dix titres de cet album une tension sourde et une intensité émotionnelle rare. On le sent, si certains titres respirent une fragilité douce et mélodieuse ("A simple process of elimination"), la violence retenue de la musique du groupe peut nous exploser à la figure à tout instant ("Older" et ses fulgurances hardcores).
Avec cet album, on est constamment sur la corde raide, ne sachant jamais à quoi s'attendre, entre l'épure des vocalises de Craig B sur l'éléctro-rock "Not really everything is fine" ou le très pop "In gratitude", et les hurlements du même chanteur au milieu des grattes saturées deux titres plus loin ("Wood"). D'autant que le groupe nous gratifie de quelques touches éléctro typiquement expérimentales et au final, quelque peu absconses, mais qui contrastent sérieusement avec le minimalisme acoustique planant d'un "Winter's discord" ou de la légèreté et les petites touches de musiques traditionnelles du titre final de l'album.
A contre-courant de ce que l'on peut voir trop souvent avec des albums formatés et unidimensionnels, Aereogramme débarque sans au beau milieu de la scène rock britannique avec un disque riche, varié, radical et complètement imprévisibles. Cette fois, on est prévenu, cet album n'est pas conventionnel et rare sont ceux qui en sortiront indemnes.

Aereogramme / Chronique EP > Seclusion

aereogramme : seclusion Dour 2004, un peu par hasard (un peu car ils jouent sur la même scène que Mondo Generator...) je découvre Aereogramme, je reste scotché par leur concert et à mon retour je dégote des mp3 mais la production ne fait pas honneur, ils doivent sortir un EP à l'automne, attendons... Et puis au début 2005, surprise, Aereogramme débarque en France avec ce Seclusion que les Ecossais ont produit et enregistré eux-mêmes et qui a de la classe ! Premier contact avec l'artwork, signé Aaron Turner (Isis), on lance le CD et sur le PC, c'est la partie bonus multimedia qui s'offre à nous : une galerie de 8 photos montages du quatuor (en plus ou moins bon état) et 2 versions de "Seclusion", un court-métrage de Steven Morrison, profondément marqué par l'imagerie de The Ring qui sert surtout à montrer la capacité d'Aereogramme de transposer sa musique sur des images, passionés qu'ils sont de cinéma, ça pourrait donner des idées à certains...Passons à la trentaine de minutes découpées en 6 titres... Pas évident de classer ce groupe quelque part, il est difficile de s'aventurer au-delà de "pop rock" sans tomber dans des tiroirs peu évidents à ouvrir et à fermer... Car on trouve un titre de plus de 10 minutes chargé d'ambiances ("The unravelling"), un autre qui sert de musique à "Seclusion" et qui pourrait être rattaché au mouvement post-rock ("Alternate score"), un titre très doux ("I don't need your love"), d'autres plus rythmés ("Inkwell", "Lightning strikes the postman") et les lourdes triturations mentales apportées par "Dreams and bridges" sont difficilement classables... Le chant oscille joue sur les variations, flirtant aussi bien (et avec beaucoup de facilité) avec MJK (Tool, APC) que Ed Kowalczyk (Live). La musique d'Aereogramme doit être perçue comme une invitation au voyage, l'ensemble est très homogène tout en apportant de nombreuses choses différentes, tout comme l'océan, ils peuvent être paisaibles et déchainés, dans les deux cas, c'est toujours intense.