Abrahma - Reflections in the bowel of a bird Par où commencer ? En déclarant l'évidence qui est qu'Abrahma est incontestablement devenu l'un (si ce n'est le) des meilleurs représentants de la scène heavy rock française ? En annonçant avec urgence, tel un lanceur d'alerte, qu'il faudra à présent les surveiller de très près ? Ou encore en prophétisant que la formation parisienne est porteuse de promesses d'avenir plus que réjouissantes ? Je serais même tenté de conclure dès maintenant en vous ordonnant d'aller acheter cet album le plus vite possible, mais pour avoir l'air un minimum impartial je vais quand même essayer d'argumenter et d'expliquer pourquoi Reflections in the bowel of a bird est un chef d'œuvre made in France comme on en voit que trop rarement et qui mériterait d'être défendu par Arnaud Montebourg lui-même.

Déjà, la pochette, rien que ça. Après tout c'est le premier contact que l'on a avec l'album, du moins quand on se les procure en physique. Alors commençons par le début : l'artwork est une véritable œuvre d'art signée Jàlon de Aquiles, dont les magnifiques travaux sont visibles à l'adresse http://enjalonate.blogspot.fr et qui signe ici une superbe peinture au psychédélisme aussi fascinant qu'effrayant. Un artiste probablement doué de synesthésie tant l'imagerie reflète à merveille la musique que son illustration renferme.

Car il y a à boire et à manger dans ce second effort livré par Abrahma, qui a notamment mis l'accent sur des compos aussi aériennes qu'heavy. Le titre d'ouverture à lui tout seul procure des sensations qu'on n' avait pas ressenties depuis la première écoute de Badmotorfinger. Le spectre des grandes heures de Soundgarden et d'Alice in Chains plane en effet au dessus de cet album aux multiples facettes. Ce qui n'empêche pas les Parisiens de posséder une personnalité bien affirmée ainsi qu'une obsession pour le songwriting de qualité qui habite la galette du début à la fin. La mettre dans le lecteur, c'est ouvrir une boîte de Pandore qui ne se referme jamais et dont on redécouvre le contenu à chaque écoute. Les ambiances crépusculaires, aussi complexes que prenantes, donnent à Reflections in the bowel of a bird un parfum d'épopée heavy épique, dangereuse et intense. Aussi sombres qu'envoûtants, les titres de l'album s'enchaînent avec maestria tels les versets d'un livre saint, la cohérence en plus.

Abrahma possède ce qu'il faut de fureur et de magie, alliant à la perfection les riffs burnés et les mélodies incantatoires d'outre-tombe. Dépeignant des paysages aussi apocalyptiques que vastes et magnifiques, le groupe nous invite dans un voyage interstellaire qui mettra notre imagination à mal. Jamais chiant, jamais trop long, jamais trop court, toujours passionnant et imprévisible, ce second album est une aventure quasi-cinématographique ambitieuse et aboutie qui n'a rien à envier aux canons anglo-saxons du genre. Ce n'est après tout pas pour rien si nos petits frenchies ont réussi à se faire leur trou au sein de Small Stone Records, avec la présence d'Ed Mundell en featuring pour la seconde fois, preuve que les grands esprits finissent toujours par se rencontrer, et faire de la grande musique.

Promis, ce n'est pas mon chauvinisme compulsif qui parle. Reflections in the bowel of a bird est indéniablement l'un des meilleurs albums de rock heavy qu'il m'ait été donné d'entendre jusqu'ici. Je tire donc tout simplement mon chapeau, en espérant qu'Abrahma saura trouver le public qu'il mérite chez nous comme à l'étranger. On a du mal à imaginer comment le prochain album pourrait dépasser une barre déjà si haute, mais de toute façon y a de quoi rêver pendant un bon bout de temps.